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par Francis Pian le 30 mai 2021

Des idées et des luttes : Comment vivre après Tchernobyl ?

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Le 26 avril 1986, dans le Nord de l’Ukraine, alors république de l’Union soviétique, le réacteur n°4 de la grande centrale nucléaire de Tchernobyl explose . L’onde de choc sanitaire, technologique, économique et politique se fait encore sentir aujourd’hui. Les régimes politiques de l’Ukraine, de Biélorussie et de Russie n’arrangent bien évidemment rien. La radioactivité est présente pour longtemps, les habitants souffrent et meurent dans l’indifférence mondiale. C’est peu de dire que les anarchistes sont opposés au nucléaire et au régime policier qui en résulte pour assurer une illusoire sécurité sanitaire.
Kate Brown, historienne américaine, professeur de science et de technologie, revient dans son livre, Tchernobyl par la preuve, sur 35 ans de drames, de mensonges, de souffrances.




Le lecteur trouvera dans un langage clair, un vocabulaire accessible, les faits relatés par de nombreux témoins, corroborés par des documents déclassés pendant la période relativement « ouverte » de la perestroïka. La quête aux informations est beaucoup compliquée aujourd’hui. Les héritiers de la dictature stalinienne ont repris du poil de la bête et restent experts en manipulation et propagande. La crainte que l’on peut avoir à la lecture d’un ouvrage produit par un occidental, c’est la critique systématique et unilatérale, l’accident est dû à la négligence, la fragilité de la technologie utilisée, à la médiocrité des politiciens soviétiques, sous-entendu, cela ne serait jamais passé en Occident. Or Kate Brown souligne la responsabilité de tous les États détenteurs de technologies nucléaires diverses dans la diffusion de la radioactivité sur la surface de la Terre.

La manipulation en guise de mesures sanitaires !!



Photo: Igor Kostine. Les marques blanches au bas de la photographie sont des brûlure causées par la radioactivité sur la pellicule.Toit du réacteur no. 3 mitoyen au réacteur no. 4 qui avait explosé et dont les débris radioactifs jonchaient les alentours, dont ce toit.

Chacun se souvient ou peut découvrir les films représentant ces hommes, des pompiers équipés de combinaisons inefficaces s’enfonçant dans la fournaise pour y mourir tentant de bloquer la propagation de l’incendie. Le discours officiel parle précisément de 54 morts d’une contamination radioactive. Soulignons cette précision caractéristique des régimes totalitaires, ce n’est pas une cinquantaine, non, on vous donne le chiffre précis pour faire croire que la transparence est une réalité du régime.
Évidemment c’est faux. Le chiffre exact ne sera sans doute jamais connu. Greenpeace évoque 200 000 personnes mais qui comptabiliser ? Les enfants, les femmes, les hommes décédés des suites d’un cancer, de la consommation de légumes, de lait, de viande, produits gorgés de radioactivité et jusqu’à quelle date ? il est intéressant de constater que les pouvoirs publics internationaux, les agences onusiennes minimisent les conséquences.
Évidemment les coûts d’indemnisation seraient faramineux, sur certains territoires agricoles les récoltes contiennent encore le danger et elles sont diffusées parfois dans le monde entier. On a ainsi retrouvé plusieurs tonnes de baies radioactives provenant d’Ukraine au Canada…
La raison d’État, la raison du fric, la mondialisation permettent de diffuser céréales, légumes, champignons, carcasses de bétail sans réel contrôle, il suffit de falsifier les certificats…

En Union soviétique, les autorités savaient, le KGB reconnaît la catastrophe mais il en fait cacher l’ampleur aux yeux de la population et de l’Occident. Une semaine après l’accident, les autorités ordonnent le maintien de la fête du 1er mai à Kiev malgré la pollution aérienne. Seulement 75 000 personnes seront évacuées plus tard, trop tard !! La censure a paralysé les tentatives de réaction des médecins, des carrières ont été brisées, des personnes emprisonnées. Comme le constate Kate Brown, « le réacteur, en explosant, n’avait pas seulement contaminé le sol et l’air, il avait aussi vicié l’atmosphère politique et la confiance générale dans la science. Et ce, pour une durée indéterminée. » Les discours rassurants tenus à l’Est et à l’Ouest sont destinés à préserver l’ordre de la société en évitant les mouvements de foule paniquée et aussi en préservant l’image du nucléaire, le nucléaire civil est « bon », il soigne, il réchauffe, il ne pollue pas… Il occulte le nucléaire militaire dont les symboles restent Hiroshima et Nagasaki.

Des populations sacrifiées
Ainsi en Ukraine, les paysans ont été sciemment sacrifiés dans leurs villages, sur leurs terres. Pour éviter la propagation du nuage nucléaire, l’aviation soviétique a provoqué avec de l’iodure d’argent la pluie qui a ainsi fixé la radioactivité sur les terres agricoles de Biélorussie. La population de ce pays n’a décidément pas de chance !! Le système totalitaire se révèle dans toute sa splendeur lors d’une réunion du Politburo où chacun, comme au bon temps du stalinisme pur et dur, reporte sur d’autres une réponse que l’on ne veut pas assumer. Un passage du livre à découvrir. La complicité des autorités politiques et médicales est démontrée au fil des pages. Il faut produire à tout prix, préserver les réacteurs RBMK donnant aussi du plutonium utile sur un plan militaire. On rassure… « Des techniciens en blouse blanche et des policiers, blocs-notes à la main, transmettaient le message que l’Etat faisait tout son possible pour « liquider » l’accident.»

La complicité des États et des instances internationales visait à cacher les conséquences sur les populations dans le monde entier. Si la vérité apparaît trop nettement sur Tchernobyl, il y aura un effet « boule-de-neige ». Or les États-Unis ne veulent pas reconnaître les conséquences des essais nucléaires sur les populations des Iles Marshall, du Nevada, il en est de même pour la France à Mururoa et pour tous les pays détenteurs de la technologie nucléaire. Tout le monde sait que des accidents nucléaires plus ou moins spectaculaires ont eu lieu dans le monde. Alors, on minimise, on discrédite les chercheurs, même à l’Ouest, on brise des carrières, le lobby nucléaire ne veut pas que l’on en sache trop. Pourtant, avec un immense courage, des opposants se mobilisent à l’Est, ils finissent parfois en prison. Les aides émanant de l’Ouest, y compris d’ONG ne sont pas toujours très bien comprises. Parfois, derrière de bons sentiments se cachent des intérêts financiers.

Dans ces pays de l’Est, rien ne paraît changer et pourtant les drames sont sous-jacents. Les pages relatives aux souffrances des familles illustrent bien le désastre. Cela démontre « combien les agences étatiques et les organisations internationales ont failli à leurs obligations envers celles et ceux qu’elles étaient censées protéger ». On pourrait penser que les leçons ont été tirées… Non !! le drame de Fukushima montre la même impréparation, le même sacrifice des populations, la même quête du profit, le même dédain pour l’environnement. Songeons que le Japon souhaite déverser de l’eau radioactive dans le Pacifique, le réacteur n°4 de Tchernobyl s’est récemment rappeler à notre souvenir…
Kate Brown cite l’anthropologue Sarah Phillips qui s’interroge : « N’avons-nous donc rien appris de Tchernobyl ? »
Ce livre contribue à nourrir le débat, à apporter des preuves, à renforcer nos arguments pour agir.

Francis Pian


Tchernobyl par la preuve. Vivre avec le désastre et après, Kate Brown. Ed. Actes Sud, 2021








PAR : Francis Pian
Groupe La Commune de Paris
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1

le 1 juin 2021 18:59:55 par Luisa

Oui, je suis témoin direct, touchée par cette saloperie, cette horreur ! Depuis, je ne me suis pas remise ( ... ). Il faut bien comprendre qu’on n’en sort pas indemne et que personne, absolument personne, est à l’abri.
Les survivants portent la marque. Aux suivants !
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