Littérature > Emma
Littérature
par Sylvain Boulouque le 17 octobre 2021

Emma

Lien permanent : https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=6015



L’ouvrage est passionnant et le recueil riche, même s’il est bien moins inédit qu’il ne se présente, une grande partie des textes avait déjà été publiée dans L’Anarchisme récemment traduit par les éditions Nada, dans La Tragédie de l’émancipation féminine publiée par les éditions Des femmes ou bien encore dans La Rébellion de Kronstadt et autres essais publiés par les éditions la Digitale. Cette remarque liminaire n’entache en rien l’intérêt des textes, même s’il est possible par ailleurs de regretter que le préfacier ait davantage tiré les textes d’Emma Goldman vers le contemporain, plutôt que d’en proposer une mise en perspective historique ou encore ait une tendance à tirer des généralisations des expériences libertaires souvent éphémères. Néanmoins dans ce recueil tout Goldman est là et le Goldman spirit en quelque sorte est présent et revit avec sa force et sa générosité.

Rappelons pour mémoire qu’Emma Goldman est née à Knowo en 1869 dans la zone de résidence des populations juives de l’Empire russe, dans l’actuelle Lituanie. Elle rejoint le mouvement libertaire quelques années après son arrivée à New York. Très vite, elle est l’une des figures du mouvement libertaire en raison notamment de ses talents d’oratrice. Elle soutient son compagnon, Alexandre Berkman, qui a tenté d’assassiner un patron qui s’était opposé à une grève dans son usine métallurgique. Réfléchissant sur la propagande par le fait et son échec, elle devient partisane d’une transformation collective de la société par la force de la conviction. C’est une des raisons pour lesquelles, elle fonde la revue Mother Earth.
Expulsée des États-Unis, elle retourne en Russie en 1917 avec son conjoint Alexandre Berkman. Initialement favorables aux bolcheviques, tous deux se rendent vite compte de leurs erreurs et deviennent des adversaires irréconciliables du pouvoir communiste. Ils poursuivent l’agitation politique réalisant des conférences pour le mouvement libertaire aux quatre coins de la planète jusqu’à leur mort respective en 1936 et en 1940.
L’actuel recueil s’ouvre sur deux textes définissant son anarchisme : « ce que je crois » et « ce que l’anarchisme représente vraiment ». Elle affirme son identité libertaire et les détestations qui anime les compagnons : la propriété privée, toutes les formes de gouvernement, l’armée, l’Église ou la prison. La déclaration s’accompagne d’une énonciation positive de l’anarchisme. La liberté absolue de l’individu, solitaire et solidaire, libre d’aimer qui il veut, peut se résumer à la formule du poète libertaire écossais, John Henry Mackay, qui se définit en quelques mots le refus de toutes les formes de domination : « Je suis un anarchiste ! Pourquoi ? Je ne veux pas dominer, pas plus qu’être dominé ! ».
Emma Goldman analyse aussi le rapport à la violence des anarchistes. Son analyse évolue au fil des années. Après avoir été favorable à ses débuts à l’action violente, lors de la période de la propagande par le fait, elle se montre de plus en plus critique expliquant que la force de la conviction doit venir de la parole tout en soulignant qu’il s’agit d’une réponse de quelques individus marqués eux-mêmes par la violence de la société. Son rapport à la violence évolue, elle l’abhorre après 1920, voyant les ravages qu’elle engendre sur la vie en Russie.

Le recueil est contient plusieurs autres articles passionnants qui proposent une nouvelle déclaration d’indépendance refondant la société américaine et d’un texte beaucoup plus tardif de 1933 consacré à son hostilité à toute forme de peine de mort.
Bref, des textes qui demeurent incontournables pour comprendre la pensée et l’œuvre de cette anarchiste au grand cœur.

Sylvain Boulouque

La liberté ou rien. Contre l’état, le capitalisme et le patriarcat.Emma Goldman. Collection "L’instinct de liberté ". Éditions Lux. 18 € septembre 2021

PAR : Sylvain Boulouque
SES ARTICLES RÉCENTS :
Soyons féroces avec les bouffeurs d’hostie
Au travail !
Emile
Portraits de staliniens
La mémoire d’un vaincu ?
Les filles du Kurdistan Une révolution féministe
Joe Hill
Terreur d’État en URSS
Francisco Ferrer, assassiné par l’Église avec la complicité de l’État
Le coin-lecture du 15 mars
Réagir à cet article
Écrire un commentaire ...
Poster le commentaire
Annuler

1

le 17 octobre 2021 21:38:27 par Luisa

Merci !