Littérature > La bibliothèque Communale 5e fournée
Littérature
par Francis Pian le 19 avril 2021

La bibliothèque Communale 5e fournée

Lien permanent : https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=5611




Vous retrouverez ici des présentations de livres consacrés à La Commune, 150e anniversaire oblige.

La Commune de Paris par les femmes




Elles sont au premier plan. Certes elles ne votent pas, elles ne sont pas élues dans les instances politiques de la Commune. Et pourtant les voici dans le très beau livre D’Édith Thomas, enfin réédité sous son titre comme un étendard défiant les Versaillais : Les « Pétroleuses ». Elles alertent Paris le 18 mars, créent des clubs, préconisent des réformes visionnaires dans l’enseignement, la vie civile, la reconnaissance de l’union libre, le débat public, l’égalité entre les femmes et les hommes. Elles soutiennent les combattants et leurs familles dans les cantines, les ambulances, les sociétés de secours et de solidarité.

Les femmes du peuple
C’est un réel plaisir de retrouver le style enflammé D’Édith Thomas, une femme de conviction, qui fait partager la vie de ces combattantes. Parmi celles-ci, nous côtoyons les grandes figures comme Victorine Brocher, Marcelle Tinayre, Elisabeth Demetrieff, Nathalie Le Mel, évidemment l’icône Louise Michel, mais aussi des inconnues, les femmes du peuple. Il en est qui feront le coup de feu, par exemple Honorine Siméon dans les tranchées à Clamart. A la barricade une crémière, une blanchisseuse, une passementière, certaines y meurent, d’autres seront fusillées sans procès.

De la dignité et du courage
Les portraits de ces héroïnes constituent de réels bijoux littéraires en plus de l’intérêt historique. Il ne faut pas croire que tous les hommes de la Commune comprennent leur combat. Certains d’entre eux expriment une condescendance moqueuse à leur égard. Édith Thomas n’élude aucune question notamment celle de l’origine du terme « pétroleuse ». Elle aborde aussi les grands procès, ceux de Béatrix Excoffon, de Louise Michel, par contumace d’Anne Jaclard mais aussi de Marie Schmitt qui crânement devant le conseil de guerre affirme : « Je regrette de ne pas avoir fait tout ce qu’on me reproche. » Plus courageuses que bien des hommes de la Commune, ces dames du peuple.

Pourquoi se sont-elles battues avec autant d’énergie ? Sans doute parce qu’elles avaient plus à gagner. A la question, « quel effet vous fait la vie que nous menons ? », montant la garde de nuit à la gare de Clamart, une femme au large front, Louise, répond : « Mais l’effet de voir devant nous une rive qu’il faut atteindre. »

Les pétroleuses, Édith Thomas. Ed. Gallimard, collection folio histoire, 2021

L’espace d’une nuit




Il fait frais, sur Clamart et Issy, cette nuit du 29 au 30 avril 1871. Une femme, Louise Michel et un homme, un zouave pontifical rallié à la Commune vont veiller dans les tranchées autour de la gare de Clamart à deux pas des versaillais et échanger sur leur vision du monde, de la beauté, de leur culture respective, de la liberté. Ils vont et viennent toute la nuit jusqu’au petit matin en attendant que Maxime Lisbonne les relève. C’est long une vraie nuit, sombre, profonde avec de temps en temps des coups de canon et les cris d’en face. Voilà qui permet à Florence Belenfant de parcourir l’œuvre de Louise Michel, de montrer le chemin à accomplir.

Elle connaît bien Clamart, Florence. Elle sait que la butte du Moulin de pierre domine la cuvette de la gare. Après le conflit, la violence des combats conduira à la démolition des lieux, Moulin de pierre, gare et fort d’Issy. Il reste les souvenirs et les évocations.

Une pièce de théâtre est née

Mais comment peut-on avoir l’idée d’écrire une pièce, une fantaisie communarde dans ce cadre ? Florence nous le révèle dans sa Genèse remaniée, la découverte d’un manuscrit et l’alchimie opère, les rencontres, la lecture des textes de Louise… une pièce de théâtre est née. L’imagination de son auteur côtoie les propos de Louise. Les lecteurs avertis retrouveront des échos de ses livres. « Le fort est magnifique, une forteresse spectrale, mordue en haut par les Prussiens.[…]Voici les femmes avec leur drapeau rouge percé de balles que saluent les fédérés. »

Un temps de poésie : « On va au Fort d’Issy par une petite montée entre des haies, le chemin est tout fleuri de violettes qu’écrasent les obus. » Tout est exact, la petite montée, c’est la saison des violettes en avril. La vie et la violence des armes. Le zouave aussi a existé, il faisait partie du bataillon de Victorine Brocher.

Comment peut-on vivre dans ces combats ? « Quel effet vous fait la vie que nous menons ? » demande le Zouave. Louise répond : « L’effet de voir devant nous une rive à laquelle il faut atteindre ». Lui : « Moi, ça me fait l’effet de lire un livre avec des images ». Différence de cultures, nécessité de l’échange. Le thème de la beauté et de ses canons qui diffèrent selon les origines est un beau point de départ, tout comme les souvenirs de leurs enfances en Afrique et en Haute-Marne.

« Une rive à laquelle il faut atteindre »
Évidemment la Commune, ses aspirations, le statut des femmes les occupent tous deux. Louise : « La Commune est née de l’indignation contre les lâchetés, des incapacités de ceux qui nous gouvernaient. »
Le texte de la pièce est très dense et reflète bien les différentes préoccupations de Louise Michel, même la souffrance des animaux, celle des êtres humains, son impossibilité à se sentir libre si d’autres personnes ne le sont pas, Bakounine n’est pas loin.

La nuit s’achève, les balles sifflent, Lisbonne arrive mais Louise ne s’arrêtera pas là devant cette gare de Clamart. Elle poursuivra son combat face à ses juges et jusqu’au bout. Sur le bateau vers le bagne, elle prend conscience que le pouvoir est maudit et devient anarchiste. Les derniers mots du Zouave et de la pièce, peut-être les plus forts : « La Louise que je préfère est une femme à la fois forte et douce, comme sa voix. […] Le plus important : Louise, qui ne transigeait pas, n’a jamais trahi ses idées. »

Pour mieux comprendre cet échange, Florence Belenfant nous livre quelques trésors comme le conte écrit par Louise en 1872, la vieille Chéchette, sa réponse à l’enquête sur la Commune dans la Revue Blanche dirigée par Félix Fénéon, une biographie démontrant la complexité de ses actions et de sa volonté, les faits saillants de son rôle pendant la Commune. Ses conférences diffusaient une énergie hors du commun pour donner le courage de combattre, drapeau noir en tête. « C’est en dansant sur le contretemps que l’énergie de Louise Michel nous ravive et que ses faiblesses nous rassurent. »

La combattante et le zouave noir, Florence Belenfant. Éditions du Monde libertaire, 2021

Rappel de la 1ère fournée 2e fournée 3e fournée 4e fournée
PAR : Francis Pian
Groupe La Commune de Paris
SES ARTICLES RÉCENTS :
La bibliothèque Communale 7e fournée
La bibliothèque Communale 6e fournée
La bibliothèque Communale 4e fournée
La bibliothèque
La bibliothèque
La bibliothèque
Mémoires d’une communarde mais pas seulement !!
Réagir à cet article
Écrire un commentaire ...
Poster le commentaire
Annuler