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par Francis PIAN le 29 mars 2021

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Vous retrouverez ici des présentations de livres consacrés à La Commune, 150e anniversaire oblige.




Du pinceau à l’idéal !
Hormis quelques artistes connus tels Courbet ou Dalou, ils sont nombreux ces jeunes créateurs qui refusent la pesanteur de l’académisme bourgeois des salons officiels. Menant une vie de bohème et sans ressources, ils s’engagent avec enthousiasme dans la construction de cette République universelle, démocratique et sociale.
Un dessinateur Nicola Gobbi, une scénariste, Carole Trébor et l’éminent spécialiste de la Commune, l’historien Jean-Louis Robert vont donner vie à ces journées au travers d’une bande dessinée s’appuyant sur une enquête policière, Rouges estampes.
Une couverture avec un drapeau rouge « Vive la Commune », des fleurs de magnolia d’où perlent des gouttes de sang, des femmes, des hommes qui se lèvent. Le ton est donné. Raoul, le jeune héros de cette histoire, graveur et dessinateur, s’engage dans la Garde nationale mais l’histoire commence par la fin. Il écrit à sa mère sur une de ses prisons flottantes dans le port de Brest en 1872.

Une tonalité de reportage
Les traits fins et précis en deux couleurs, le noir et le rouge, donnent une tonalité de reportage à cet ouvrage. Des scènes prises sur le vif accompagnent des gravures, des photos contemporaines des évènements. Le lecteur peut se laisser guider par l’histoire romanesque qui sert de trame à cette remontée dans l’Histoire.
Les auteurs s’attachent à nous faire participer aux évènements au travers d’un jeune couple, Raoul et Nathalie, institutrice à Montmartre dans l’esprit de Louise Michel… Tiens la voilà qui s’approche des soldats chargés d’emporter les canons de la Garde !! Une vignette magnifique quant à cette confrontation. D’autres adaptent des photographies de l’époque. S’entremêlent des considérations politiques et des appréciations sur la valeur des vies. « La vie des généraux et des bourgeois vaut-elle plus que celle des ouvriers ? »

Révolte et enthousiasme
Les personnages les plus connus sont mêlés au peuple. On reconnaît Varlin, Courbet, Bracquemond, Vallès. Dans les dialogues, les antagonismes entre Parisiens surgissent qui montrent la complexité des relations entre républicains communards et d’autres plus tentés par le compromis avec le gouvernement dans le souci de préserver la paix. A chaque page, des gueules du peuple, des ouvriers, des artisans, des enfants, des femmes. Ces dernières se battent souvent au premier rang, elles savent ce qu’elles peuvent perdre si Versailles l’emporte. Tous ces acquis grâce à la Commune animent les pages (séparation des Eglises et de l’Etat, égalité des salaires, liberté d’expression et de réunion, école professionnelle pour les filles). Pourtant inexorablement les troupes versaillaises avancent, la photo des ruines du fort d’Issy assaille le lecteur et annonce la violence des combats. Les planches présentant l’entrée des versaillais par la Porte du Point-du-jour montrent qu’il n’y aura pas de quartier.
Et l’enquête policière dans cette histoire ? A vous de la découvrir !! L’avenir de ce jeune couple porteur d’idéal ? A vous de le deviner en admirant la beauté et la tendresse de la page 112 ! Un livre de cette force ouvre des perspectives à l’esprit. Non, elle n’est vraiment pas morte cette Commune.

Rouges estampes, une enquête pendant la Commune de Paris, Jean-Louis ROBERT, Carole TREBOR, Nicola GOBBI
Ed. STEINKIS, 2021




Une femme de combats
Quelle énergie ! c’est souvent le mot qui vient à l’esprit lorsque nous lisons des biographies de militants politiques ou syndicaux au XIXème siècle, période où tout est à construire. Cette réflexion trouve encore plus son sens pour la vie d’André Léo, militante exigeant de lier le socialisme et le féminisme. Il faut se battre pour construire un monde de justice sociale mais aussi pour faire reconnaître aux femmes, le droit à la parole, à l’action y compris dans les milieux progressistes. Françoise Tarrande nous livre une passionnante biographie d’une femme qui produisit un grand nombre de romans, d’articles mais qui eut le tort, aux yeux de la société bien-pensante, d’avoir été une communarde de premier plan. Quittant Lusignan dans le Poitou, elle épouse Grégoire Champseix qui la pousse à écrire constatant son talent. Elle prendra les prénoms de ses enfants comme pseudonyme pour avoir le droit d’exister littérairement. Ces romans sont des actes militants notamment à l’égard du mariage qui rappellent Balzac et Léon Blum sur le même thème. Amie des Reclus, elle défendra le mariage civique, hors église et mairie. « L’amour vrai, l’amour pur, n’existe que dans la liberté ». Principe qu’elle défendra avec Benoît Malon de dix-sept ans son cadet.
Être libre et responsable
L’ouvrage présente, sous une agréable forme romancée, les idées, les positions politiques d’André Léo à partir de ses romans et de ses articles, certains passages sont d’une actualité rare. Elle écrit en 1868, « L’homme a besoin de pouvoir, non sur ses semblables, mais sur le monde. Pour créer… il faut être responsable et libre ».
La Commune est porteuse d’espoir pour elle qui écrit sans doute « l’appel au travailleur des campagnes », mais elle connaît aussi la fuite, la peur, l’exil, les aigreurs des proscrits comme le racontera notamment Lucien Descaves dans Philémon, Les vieux de la vieille. Elle connut ainsi l’errance entre la Suisse et l’Italie, cherchant à concilier son idéal d’indépendance de femme libre vivant de ses écrits, son amour envers ses enfants, le féminisme et le socialisme sur la longue durée, « nos espérances sont de longues échéances, hélas ». Elle rentrera en France mais elle ne retrouvera jamais sa notoriété d’avant la Commune, on s’éloigne d’elle aux idées un peu sulfureuses, et tombera dans l’oubli jusque dans les années 1980. Puisse cet ouvrage à la typographie un peu trop dense contribuer à faire connaître cette femme qui ne s’est pas reniée.

André Léo, une femme entre deux luttes, socialisme et féminisme
, Françoise Tarrade. Ed. Ressouvenances, 2020

Bonnes lectures !...

Rappel de la 1ère fournée


PAR : Francis PIAN
Groupe La Commune de Paris
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Mémoires d’une communarde mais pas seulement !!
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