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Chroniques du temps réel
par Evelyne Trân le 14 juin 2020

Mais ne dîtes pas n’importe quoi !

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Mais ne dîtes pas n’importe quoi !
Mais comment donc ? Vais-je me laisser clouer le bec par cette parole cinglante ? Mon locuteur laisse entendre que je suis une imbécile et j’avoue n’avoir guère le choix, soit monter au créneau et étayer d’arguments ma position qui a déclenché l’invective, soit la boucler parce que je sais d’avance que je ne réussirai pas à convaincre mon interlocuteur barricadé dans ses convictions depuis des lustres.

Ce dernier croit à la supériorité de certains hommes notamment les grands patrons, les grands entrepreneurs qui seraient les moteurs du progrès économique et scientifique. En un mot, il défend le libéralisme.


Le concept de supériorité d’une classe d’hommes sur une autre est-il inscrit dans nos gènes ? Ce concept a été le fer de lance du colonialisme, de l’esclavage, du patriarcat etc. et nous savons qu’il est toujours à l’œuvre dans l’organisation de la société.

Ce concept est d’autant plus révoltant qu’il est insidieux. Et cela commence déjà à l’école avec cette distinction entre les bons et les mauvais élèves.

Comment un individu peut-il tirer un sentiment de supériorité du fait de sa position sociale et matérielle justifiant la soumission d’un autre considéré comme inférieur ?

L’éducation évidemment joue un rôle . Si l’on vous inculque au biberon que vous faîtes partie d’une classe supérieure, comment se dépêtrer d’une telle croyance ou illusion ? Cela touche à la construction de votre identité et de votre for intérieur. Qui voudrait de toute façon se ranger du côté des plus fiables, des plus démunis, des plus sots ?

Il y a des gens qui s’imposent par leur seule suffisance mais ceux qui sont désignés petits, empêtrés dans leurs difficultés, quelles sont leurs armes ? Doivent-ils les déposer aux pieds de leurs seigneurs en signe d’allégeance ? Comment échapper aux sempiternels rapports de force ?

« Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente » chante Brassens.

La plupart des gens honnêtes qui feraient partie de la majorité silencieuse ne montent pas au créneau. Faut-il donc être touché dans ses tripes, avoir conscience que sa dignité d’être humain est en jeu, pour se révolter ?

A titre personnel, je me souviens d’avoir été envahie par une violente émotion lorsque mon chef d’agence immobilière a lâché à la sortie d’un locataire noir récalcitrant « Il faudrait mettre un panneau « Interdit aux noirs ». J’ai bondi et ai sur le champ fait part de mon indignation aux patrons ébaudis par ma colère.

Aujourd’hui, je ne puis m’empêcher de plaindre un homme réduit à en mépriser un autre pour asseoir sa pseudo supériorité.

L’indignation fait partie des émotions qui ont des répercussions morales et peuvent vous poursuivre toute l’existence. Il n’est pourtant pas vivable de rester toujours sous le coup de ses émotions. Vient le temps de la réflexion et du questionnement.
Il arrive que je la boucle face à un interlocuteur indécrottable mais une chose est sûre, il ne m’empêchera pas de penser ni de témoigner.

Eze, le 14 Juin 2020
Evelyne Trân



PAR : Evelyne Trân
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1

le 21 novembre 2020 22:33:43 par Loue

Bravo pour cet article, Evelyne... Mais par quel moyen faire prendre conscience à un être, lorsque celui-ci est satisfait de sa propre servitude volontaire ?