Arts et Spectacles > Le nouveau brigadier
Arts et Spectacles
par Evelyne Trân le 8 mars 2022

Le nouveau brigadier

Lien permanent : https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=6291

08/03/2022

JEAN ZAY, l’homme complet [création]





Adaptation et jeu : Xavier BEJA
Mise en scène : Michel COCHET
Décor, Costumes : Philippe Varache
Vidéo : Dominique Aru
Lumières : Charly Thicot
Création sonore : Alvaro Bello

Mais qui était donc Jean ZAY ?
De nombreuses écoles aujourd’hui portent son nom. Il a été panthéonisé en 2014 sous le gouvernement de François Hollande. Pourtant, il n’est pas sûr que les jeunes se souviennent de cet homme qui fut une figure phare du Front populaire. Pendant quatre années d’intense activité, en tant que ministre de l’Éducation Nationale et des Beaux-Arts, il engagea de nombreuses réformes révolutionnaires pour l’époque, non sans de terribles luttes, écrira-t -il. Ayant cristallisé la haine de l’extrême droite antisémite laquelle a pu s’exprimer pleinement sous le régime de Vichy, il fut assassiné le 20 juin 1944 par des miliciens à l’aube de la libération de la France.

Son livre Souvenirs et solitude, écrit en prison peut tenir entre toutes les mains. Rédigé avec une grande clarté, dans un réel souci de lisibilité, il constitue un témoignage précieux sur la condition d’un prisonnier ainsi que sur la situation de la France sous la collaboration. Il s’agit d’un livre « compagnon » qui pourrait même être un livre de chevet pour ceux qui doivent s’armer de patience et de courage dès lors que leurs valeurs de liberté, de justice sont menacées ou bafouées.

Il exprime la tentative d’un être de rapprocher sa solitude individuelle « indicible »de l’évènement extérieur et donc du monde extérieur qui l’a provoquée. Jean Zay comprend que ce qu’il endure, d’autres individus le vivent. Cet homme auréolé de son précédent prestige de ministre devient solidaire en quelque sorte de tous les prisonniers qu’ils soient politiques ou de droit commun. Se projetant toujours dans l’avenir, il est résolu à partager son expérience. Ecrasé, il résiste et dès lors sa lecture, son analyse de son propre bouleversement, à travers ses chemins de pensée, il le sait, peuvent former l’appel d’air où s’engouffreront d’autres voix après lui. Une tentative parce qu’on n’est jamais sûr de rien. Jean ZAY se pense parfois rayé du monde des vivants ou à l’antichambre de la mort. Comment dans ces conditions ne pas céder à la dépression, au désespoir ? Dans ces propos, on ne perçoit aucune vanité, juste le sentiment du travail accompli, honnête et généreux. Il ne se prend pas pour un héros. Il sera assassiné alors même qu’il avait atteint une sorte de sérénité, celle d’un homme au moins heureux d’avoir trouvé au fond de lui une capacité de résistance intérieure – sa liberté – à l’ignominie.

Xavier BEJA, l’adaptateur pour le théâtre de Souvenirs et solitude est l’interprète de Jean ZAY. En plus d’une similitude physique avec ce dernier, il incarne un homme dans toute la force de l’âge – Jean ZAY n’avait que 35 ans lorsqu’il fut emprisonné – livré à lui-même à cause de sa solitude contrainte mais ses démons – qui n’en a pas- c’est une soif de vivre et de liberté auxquelles il refusera jusqu’au bout de renoncer. D’éprouver cette force de vie chez un homme meurtri ne peut que nous le rendre plus proche, plus sensible, plus attachant.

Xavier BEJA est impressionnant de justesse. Sa voix se frotte au silence, aux murs, à l’obscurité, elle les jugule comme si elle pouvait s’étonner elle-même de retentir dans la pénombre. Et elle retentit, traverse les murs. Toutes ces zones d’ombre, elle les habille, les recouvre de sa présence pour leur faire front. La voix n’est jamais monotone, elle peut être basse, quasi intérieure et parfois haute, cinglante lorsqu’elle exprime l’indignation.

La mise en scène sobre de Michel COCHET est parfaitement dosée. Elle n’enferme par le personnage dans un monologue pesant. Quelques images d’archives et vidéo illustrent le passé de Jean ZAY. Elles sont en étroite relation avec l’ambiance musicale recherchée de Alvaro BELLO. Et puis, il faut entendre Jean ZAY parler du bonheur simple de l‘apparition du soleil et se réciter des vers de Baudelaire : « Si le ciel et la mer sont noirs comme l’encre, Mon cœur, que tu connais, est rempli de rayons ! ».

L’espace clos de la prison devient une forêt de signes. Toutes les perles de sueur d’un homme adossé aux grilles, étincellent pour nous parler humblement mais assurément de sa présence au monde, plus que jamais nécessaire ici et maintenant.

Le 7 Mars 2022 Evelyne Trân

Tournée 2022 :
- Anis Gras - Le lieu de l’Autre à Arcueil, du 17 au 19 février
- Au Studio Raspail à Paris, le 21 mars
- Le Théâtre des Vents (Festival off d’Avignon), du 7 au 30 juillet à 11h30
- Le Théâtre Le Local à Paris, du 30 septembre au 24 octobre
- Anis Gras - Le lieu de l’Autre à Arcueil, du 24 au 26 novembre, représentation scolaire le 25 novembre à 14h30

Souvenirs et solitude de Jean ZAY aux Editions BELIN
PAR : Evelyne Trân
SES ARTICLES RÉCENTS :
Le brigadier se "ballade" à Paris
Témoignage d’une passagère d’autobus
Le brigadier se met à table
le brigadier va piano
Quoi ! Quoi ! quoisse le brigadier fou.
Le brigadier qui ne dit mots, passant...
Le brigadier, festivalier en Avignon
Le brigadier se fait faire la lecture
REPAS DE SOUTIEN AU PROCES DE TRAN TO NGA
Un spectacle musical pour le brigadier
Mais de quoi as-tu l’air ?
Quand le brigadier "rewind" la dernière bande
Le Brigadier connait-il Nora ?
Le brigadier se souvient de ce temps-là
Marguerite et le brigadier
Belle rencontre pour le brigadier
La femme est l’avenir du brigadier
S’accompagnant d’un doigt ou quelques doigts le brigadier se clowne.
Assieds-toi, brigadier !
Le brigadier au chevet
Le brigadier et le sourire noir de Mémé
Ne Bruscon pas le brigadier...
Brigadier, écoute... Elles te parlent...
AY Brigadier !
Le brigadier témoin de l’Histoire
Joséphine BAKER. Les dernières années. La renaissance d’une étoile.
Le brigadier nous dit qu’au milieu coule une frontière
Un livre : Correspondance avec la Mouette Anton TCHEKHOV et Lydia MIZINOVA
En hiver, le brigadier songe à une mouette en avril
Le Brigadier à perdre la raison
Le brigadier aux violons
Joséphine Baker racontée par un de ses enfants
Le brigadier et lui
Un brigadier slave
Le brigadier sur l’autre rive
Brigadier, un double !
Le brigadier, en attendant Antigone...
Agent orange : un film.
Le brigadier connaît la chanson
La passeggiata del brigadiere a Roma, città aperta
Conférence de soutien à Tran To Nga
Le brigadier a l’âme slave
Le soleil n’a pas encore disparu !
Des nouvelles du procès de Tran To Nga contre les fabricants de l’agent orange
Le brigadier en ce début d’octobre
Le brigadier rencontre Romain Gary
Le brigadier rencontre Camus
Le brigadier du temps perdu
La rentrée du brigadier
Exposition sur l’agent orange
Affect ou éthique?
Le vigile et la flûte traversière
Le brigadier a-t-il son pass ?...
Poupée en chiffons
Quand le brigadier rencontre Proudhon et Courbet
Bon anniversaire Francis Blanche !
Le brigadier toujours en Avignon
le brigadier festivalier
Le brigadier en Avignon
Le brigadier pour ce premier jour d’été
le brigadier de la mi-juin
Le brigadier frappe à la porte du ML
Ecoutez, c’est le brigadier...
Les voilà, Les trois coups du brigadier
Procès intenté par Madame TRAN To Nga à l’encontre de 14 firmes américaines.
L’agent orange-dioxine. Le tribunal d’Evry fait la sourde oreille
V’la le brigadier qui va reprendre du service
???? Cascade d’un poème ou quelle mouche te pique ????
L’agent orange-dioxine
Histoire d’un maillon faible
Vive les librairies d’occasion !
De Déborah Levy à George Orwell
Le printemps de la poésie
Les chants révolutionnaires d’EUGENE POTTIER (1816-1887)
Ma Chère Montagne
Ma terre empoisonnée de Tran To Nga
Les Grandes Traversées d’Helen JUREN
Brigadier même pas mort !
D’Anne Sylvestre à Camus
L’agent orange-dioxine : Résumé du procès qui a débuté ce 25 Janvier 2021 à Evry.
L’agent orange-dioxine
Passé, présent, futur
Pour qui vous prenez-vous ?
Bas les masques !
Les mots parlent d’eux mêmes
En attendant Godot... Isabelle Sprung.
Histoire de bus.
le brigadier tapera trois fois
Un biptyque
Elle
A propos de l’aquoibonisme
Bol d’air
Le théâtre de la vie
Double visite du brigadier
Une fantaisie du brigadier
le brigadier et la SORCIERE
Le brigadier néanmoins
Le retour du brigadier libertaire
Connaissiez-vous Henry Pessar ?
11e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Liberté j’écris ton nom
Connaissez-vous Velibor Čolić ?
Le RAT-roseur Rat-rosé...
10e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
9e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Mais ne dîtes pas n’importe quoi !
8e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Fourmi humaine
Sans visage
7e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Tous ces visages qui disent « ouf »
6e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
5e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
COVID 19 encore et encore
4e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
En relisant Baudelaire
3e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Suite des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Qui se cache derrière son masque ?
CAMUS
Avoir ou ne pas avoir le coronavirus
Confidence de femme
Brigadier !
Candide, le brigadier ?
Le brigadier prend le Tramway, correspondance à Mouette
Et revoilà le brigadier !
L’essence d’un individu c’est son intimité
Le brigadier est de retour...
Je m’appelle Erik Satie, comme tout le monde
Et pendant ce temps Simone veille
Poètes ? Deux papiers...
A voir, deux spectacles au féminin
deux pièces (de théâtre) à visiter au 36, rue des Mathurins
du théâtre en ce début d’année : Saigon / Paris Aller Simple
aux vagues d’un poète
Spectacles de résistance à découvrir au théâtre
SPECTACLES AU FEMININ A LA MANUFACTURE DES ABBESSES
Nouveaux coups paisibles du brigadier : BERLIN 33
Au théâtre : POINTS DE NON-RETOUR. QUAIS DE SEINE
théâtre : l’analphabète
Au théâtre "Change me"
c’est encore du théâtre : Killing robots
Théâtre : QUAIS DE SEINE
théâtre : Et là-haut les oiseaux
Théâtre : TANT QU’IL Y AURA DES COQUELICOTS...
théâtre : l’ingénu de Voltaire
théâtre : Les témoins
Théâtre : un sac de billes
théâtre : Pour un oui ou pour un non
Les coups paisibles du brigadier. Chroniques théâtrales de septembre 2019
Au bord du trottoir
Histoire d’un poète
au poète orgueilleux
La brodeuse
Dans quel monde vivons-nous ?
Portrait d’hybride
Tout va bien
La lutte
Page 57
théâtre : Sang négrier
Théâtre : CROCODILES -L’HISTOIRE VRAIE D’UN JEUNE EN EXIL
Théâtre : Europa (Esperanza)
Théâtre : Léo et Lui
théâtre : THIAROYE - POINT DE NON RETOUR
"Pas pleurer"
Réagir à cet article
Écrire un commentaire ...
Poster le commentaire
Annuler

1

le 8 mars 2022 09:38:31 par Luisa

MERCI beaucoup pour cet article

2

le 9 mars 2022 21:20:06 par JB

NON MERCI. si je lis le monde libertaire, c’est pas pour y trouver des articles qui font l’éloge de ministres et veulent faire croire que les réformes peuvent être révolutionaires

3

le 12 mars 2022 07:45:27 par Luisa

- « …. témoignage précieux sur la condition d’un prisonnier ainsi que sur la situation de la France sous la collaboration. »
- « Jean Zay comprend que ce qu’il endure, d’autres individus le vivent. »

À la suite de quatre années de prison dans les pires conditions de l’époque, trois virils miliciens ont assassiné Jean Zay.
Effarant de s’acharner sur une victime expiatoire puisque de toutes façons, les quarante millions de français de l’Hexagone ne brillaient pas par l’excellence de leur mentalité confite dans la haine ancestrale du Juif, du libre penseur.
Aujourd’hui encore, pas besoin d’être ou d’avoir été ministre pour en prendre plein la gueule ( … ).

4

le 12 mars 2022 08:53:32 par Luisa

- « L’ABOLITION de la prison »
de Jacques Lesage De La Haye
chez Libertalia [8€]

5

le 15 mars 2022 20:53:03 par Évelyne Tran

Je réponds à un commentaire. L article que j’ ai écrit n a pas pour but de faire l éloge d un ministre mais de rendre compte d un livre et de son adaptation au théâtre. Il fallait faire évoluer l éducation et sous le Front populaire Jean Zay s était engagé dans cette voie provoquant l hostilité de l extrême droite. Personnellement j ai apprécié l écriture de cet homme et j ai été sensible à son témoignage . Effectivement pas besoin d être ou avoir été ministre pour en prendre plein la gueule aujourd’hui.