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Arts et Spectacles
par Evelyne Trân le 24 février 2020

Le brigadier prend le Tramway, correspondance à Mouette

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2 propositions cette semaine...

UN TRAMWAY NOMME DESIR de TENNESSEE WILLIAMS




Mise en scène : Manuel OLINGER
Adaptation : Pierre LAVILLE
Lumière : Théo Guirmand
Avec :
Julie DELAURENTI, Manuel OLINGER, Tiffany HOFSTETTER ou Murielle HUET DES AUNAY, Philipp WEISSERT ou Gilles Vincent KAPPS, Jean-Pierre OLINGER

Nous aurions tendance à oublier qu’un Tramway nommé désir est avant tout une pièce de théâtre créée en 1947 dans un théâtre de Broadway tant son adaptation au cinéma en 1951 par Elia Kazan est restée dans les mémoires.

C’est sous une lumière crue que s’exposent les protagonistes de la pièce. Cette lumière accuse la promiscuité inconfortable que subissent les personnages.
Curieux lieu de vie que cet appartement « minable » de 2 pièces à la Nouvelle Orléans. Avec le recul, son décor devient exotique avec le rappel d’éléments représentatifs : balcon en fer forgé, murs en lames de bois, ventilateur au plafond, réverbères.
La frugalité du mobilier qui se limite à une table et des chaises et surtout le grand lit du couple qui envahit la pièce de vie tandis que la 2ème pièce est juste bornée par un paravent en dit long sur la précarité sociale des occupants.
En résumé, il s’agit d’un drame social et intime de facture réaliste qui explore le mal être existentiel inhérent aux contraintes qu’impose la cohabitation.

En dépit de leur misère, Stanley un jeune ouvrier d’origine polonaise et sa femme Stella paraissent vivre le parfait amour. L’irruption dans leur appartement de la sœur de Stella, Blanche va déranger profondément Stanley qui manifestera violemment son hostilité à l’encontre de sa belle-sœur. Il profitera de sa faiblesse pour l’expulser de chez lui en lui assenant le coup de grâce l’enfermement dans un asile d’aliénés malgré le désaveu de Stella.
Blanche est un personnage complexe plus au moins mythomane une femme enfant qui n’assume pas le décalage entre ses rêves auxquels elle continue à s’accrocher et la brutalité de la réalité que représente le viril Stanley qui méprise ostensiblement les minauderies de Blanche et ses postures de femme fatale.

La démonstration est évidente. Les forts écraseront toujours les faibles par égoïsme assumé pour garantir leur territoire. Stanley n’a pas d’état d’âme - ou du moins s’il en a c’est uniquement vis-à-vis à de lui-même – contrairement aux autres protagonistes, Stella qui aime sincèrement sa sœur et le prétendant de Blanche qui aurait souhaité la présenter à sa mère mourante avant de se dédire après avoir découvert le passé sulfureux de Blanche.

Evidemment, il s’agit d’un point de vue extérieur, à l’état brut. Il appartient aux comédiens de suggérer l’ambivalence de chacun des personnages au-delà de leurs apparences.
La violence de Stanley, alcoolique, qui en vient à donner des coups à sa femme bien aimée, est un signal de faiblesse, de désarroi, ce même désarroi qu’il devine chez Blanche. Mais il ne veut surtout pas perdre la face vis-à-vis de Stella qui l’adule. Ce qui réagit en lui, c’est « le sauve qui peut » et tant pis pour Blanche.

Une telle pièce est criante d’actualité sur la condition des femmes, les ravages de l’alcool, les femmes battues, la folie, la dépression…

Mais au-delà de l’évidence qui étiquette chaque personnage, il y a cette angoisse, sortilège de l’inquiétude qui embarrasse le quotidien des protagonistes, leurs non-dits. Difficile de saisir le mal qui les ronge puisqu’il est impératif de faire bonne figure, de tenir bon, de se cramponner à l’essentiel en passant sous silence ses états d’âme.
Le comportement des personnages - il n’est pas difficile de cerner chez eux ce qui les mobilise, l’attente d’un enfant pour Stella, le désir d’évolution sociale pour Stanley, l’émigré, la quête éperdue d’amour pour Blanche - ne cesse d’abuser le spectateur.
Une menace gronde que personne ne voit venir, une sorte d’incendie qui provoquera l’effondrement de Blanche. Qui a allumé la mèche ? Était-ce inévitable ?
Nous comprendrons peut-être que Stanley se fout du sort réservé à sa belle-sœur et que sa vie avec Stella va reprendre son cours comme si de rien n’était, rien n’avait eu lieu. Exit Blanche, n’en parlons plus.

D’un point de vue réaliste, la mise en scène de Manuel OLINGER se révèle très efficace. La tension est perceptible tout au long de la pièce mais le mal qui rôde, qui chaloupe tous les agissements des personnages reste extérieur.

Cela dit, l’ambiance « moite et chaude » de la Nouvelle-Orleans est fort bien restituée, la scénographie épatante, l’interprétation des comédiens très juste et les interventions des musiciens de jazz tout à fait bienvenues.

C’est à notre sens le charme de cette représentation d’un Tramway nommé désir, de nous replonger dans l’atmosphère fébrile de la Nouvelle Orleans, celle qu’a connue Tennessee Williams, qui dans cette pièce, remue les cendres de sa propre tragédie familiale, notamment, la lobotomie de sa sœur internée dans un asile.

AU THEATRE LA SCENE PARISIENNE 34, rue Richer 75009 PARIS du 14 Janvier au 12 Avril 2020. Du mardi au samedi à 21 H, le dimanche à 19 H.
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CORRESPONDANCE AVEC LA MOUETTE D’après ANTON TCHEKHOV & LIKA MIZINOVA




D’après la correspondance entre Anton Tchekhov et Lika Mizinova
Traduction, adaptation, mise en scène Nicolas Struve
Geste scénographique Georges Vafias
Lumières Antoine Duris
Chorégraphie Sophie Mayer
Jeu David Gouhier, Stéphanie Schwartzbrod
Coréalisation La Reine Blanche – Les Déchargeurs & Cie l’Oubli Des Cerisers Production Cie l’Oubli des cerisiers


Par esprit, rien que par esprit, c’est-à-dire sur le mode de l’évocation un peu comme lorsque Mallarmé dit « Une rose » et celle-ci apparait.
Cette légèreté est perméable dans les lettres que s’échangent Lika Mizinova et Tchekhov durant une dizaine d’années. Il y plane l’instant et le sentiment de l’éternité celle de l’attente d’ultimes retrouvailles parce qu’il y a, c’est compréhensible à demi-mot, à la fois le désir et la crainte de cette fusion entre deux êtres qui s’appelle l’amour.

Lika Mizinova, c’est quasiment l’âme sœur de Tchekhov. Chacun s’inquiète l’un pour l’autre et parmi leurs pensées certaines semblent jetées comme des bouteilles à la mer toujours dans l’espérance de leur réception, mais aussi avec la prégnance de l’incertitude, de l’écume des jours et de l’inconnue de la vie de l’autre.
Il y a cette fulgurance de l’instant évanoui. La pensée se pose s’éternise au bout des lèvres et puis s’envole un peu comme un oiseau, cette mouette si indépendante qu’elle ne se soucie pas d’être regardée et toujours au moment où l’on ne s’y attend pas s’élève dans le ciel.

Ah ces mots qui ne seraient là que pour toujours retenir une âme prête à s’envoler vers une destination inconnue ou chez l’être espéré, invoqué qu’il ne faut surtout pas brusquer sinon par quelques flèches d’humour, de moquerie pour l’entendre comme s’il était vraiment là, rire et sourire tel un rayon de soleil soudain envahit une pièce solitaire. Qui est là derrière le soleil sinon l’être aimé.

La mise en scène inspirée de Nicolas STRUVE, sobre et retenue comme sur un fil invisible, donne toute liberté aux deux comédiens de suggérer sur leur nuage, telle une partition comment ils rêvent leur amour bien au-dessus des parapets des mots.

Rimbaud souhaitait peindre des vertiges, nous spectateurs nous les avons touchés, devinés, car l’histoire d’amour entre Lika et Tchekhov est aussi charnelle et la chair n’est pas triste si l’amour est là. Que dire de plus sinon que Stéphanie et David forment un prodigieux couple de mouettes ! Ne manquez pas ce spectacle !

Paris, le 14 Février 2020
Evelyne Trân

Les Déchargeurs 3, rue des Déchargeurs RDC Fond Cour 75001 Paris – Date(s) : du 4 fév 2020 au 29 fév 2020 – Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 19h – Durée : 1h10

PAR : Evelyne Trân
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