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par Patrick Schindler le 26 février 2022

Vite, le rat noir avant que mars attaque...

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Fin février, le Rat noir vous propose de découvrir l’écrivain grec, Mikhaïl Mitsakis, son Chercheur d’or et ses autres textes. Hôtel rouge, de la romancière grecque, Maria Estathiadi. Les Maisons vides de Brenda Navarro. Mikaël, du danois Herman Bang. Feuilleter la correspondance entre Victor Serge et Laurette Séjourné dans Ecris-moi du Mexique. Relire le Corydon d’André Gide. Avec Robert Bober, « Par instants, la vie n’est pas sûre ». Enfin, quelques petites notes du Manhattan Blues de Jean-Claude Charles et quelques Zigzags dans les villes européennes préférées des grands écrivains, en compagnie de Corina Ciocarlie.
« Caton déclarait que les sages tirent plus de profit de la fréquentation des sots, que ces derniers de celle des sages »
Plutarque, vies parallèles

Mikhaïl Mitsakis : Un chercheur d’or et autres textes



Mikhaïl Mitsakis est né en 1865. Elevé à Sparte par sa mère dans une famille de notables, il part s’installer à Athènes, âgé de 17 ans, abandonne ses études de droit et commence pour se vouer à l’écriture. Il commence par publier des textes brefs dans des journaux et revues. Considéré comme un « écrivain autodidacte et excentrique » dans les milieux littéraires, il est interné une première fois dans l’hôpital psychiatrique de Corfou, pour « état maniaque ». Puis, « ce fou errant dans les rues d’Athènes » est réinterné, ce qui ne l’empêche nullement de publier ses autres textes souvent prémonitoires. Grand solitaire, on ne lui connait aucune aventure féminine… Ou autre ! « Écrivain prolifique sans œuvre, poète sans lecteur », il laisse cependant une œuvre abondante, disséminée au petit hasard dans des journaux. Hormis Un chercheur d’or qu’il prend soin de faire publier avant d’être définitivement interné dans un asile de la banlieue athénienne. En Grèce, il est aujourd’hui considéré comme l’un des écrivains les plus attachants de la fin du XIXème siècle.




« La grande différence entre un grand nombre de fous et un grand nombre de soi-disant sains d’esprit, c’est sans doute l’incapacité dans laquelle se trouve le fou de trouver les mots qui lui permettraient de faire partager sa folie »
« Combien se trouvent de fous en liberté et de déments qui s’ignorent ?
»
Dans son introduction à Un chercher d’or et autres textes (éd. Finitude, le traducteur de l’ouvrage, Gilles Ortlied, nous dresse en détail le portrait de cet écrivain marginal, au destin si tragique.) Dans Un chercheur d’or, la plus longue nouvelle du recueil, nous suivons Kyr Dimitrakis, (le double de Mikhaïl Mitsakis), dans Psiri [note] . Au coin d’une rue, il se fait apostropher par une de ses connaissances. Celui-ci est accompagné d’un curieux personnage, bavard impénitent qui prétend non seulement après avoir exercé plusieurs métiers dont celui de géomètre, mais avoir aussi découvert une mine de l’Attique [note] qui regorge de chrome. Prétendant connaitre la famille du narrateur, il lui propose de s’associer. De guerre lasse, celui-ci de guerre lasse finit par accepter à contre cœur, mais amusé par le personnage. Nous sommes alors entrainés dans une sorte de roman du harcèlement des meilleurs dans le genre. La vie, met en scène un homme qui loue une carriole et son cocher pour visiter un monastère perché en haut d’une montagne. Durant l’ascension, le charretier lui raconte sa vie. Jusqu’à satiété du héros qui alors se réfugie dans ses pensées et la contemplation de la nature. La maison des fous, semble tout droit sortie de l’expérience vécue par Mikhaïl Mitsakis lors de son séjour dans l’hôpital psychiatrique de Corfou [note] . Il nous en décrit la vie quotidienne, nous présente quelques-uns pensionnaires. Tous ont leur petit jardin secret. Tels, un « mathématicien fou », deux sœurs « au bébé imaginaire » ou encore, un homme « qui convaincu d’être une femme » … Une sélection des Poèmes de la folie clos ce petit recueil, plus qu’original. Petit avant-goût. Le rat : « Nous avons demandé le secret du constructeur, on nous a répondu par des bêtises. Nous avons demandé le secret du peintre, on nous a répondu par des balivernes. Si nous demandons enfin, celui du poète, de l’inactif, peut-être nous sera-t-il répondu par des camouflets » Réponse de Mikhaïl Mitsakis à une jeune femme qui lui demande ce que pourrait faire d’autre un poète, que composer des vers exquis : « Madame, manger des rats cuits, assaisonnés de sang de poux et de culs de mouches ». Mikhaïl Mitsakis : l’inimitable.

Maria Efstathiadi : Hôtel rouge




Maria Efstathiadi est née à Athènes en 1949. Elle y étudie les sciences politiques, ainsi qu’à Paris. Directrice de collection durant plusieurs années, elle traduit en grec, Marivaux ; Huysmans ; Klossowski ; Nathalie Sarraute ; Marguerite Duras ; Michaux ; Bataille, etc. avant de se consacrer à l’écriture et au théâtre.



L’inclassable roman de Maria Efstatiadi, Hôtel rouge (Quidam éditeur, traduit du grec par Anne-Laure Brisac), se présente sous la forme d’un texte mémoriel et théâtral. Quatre groupes d’intervenants. Tantôt témoins à charge, tantôt témoins à déchargent s’interpellent dans la réflexion d’une jeune femme écorchée, à la recherche de sa vérité. Les « oreillyeux » évoquent le passé d’Elli, ces « morts qui ont le sommeil léger et complotent dans les fondations des maisons tandis que leurs rêves nous étouffent ». La « voix » et le « souffle » répondent aux « oreillyeux ». Nous entrons alors dans l’histoire de cette petite fille de riches athéniens. Au père souvent absent et à la mère, véritable tyran « Tout ce que je lui disais, elle le retournait contre moi. Elle m’a écrasé ». Petite fille gâtée mais combien même révoltée. Confrontée à l’autorité de gouvernantes oppressantes. Ses échappées chez de sympathiques voisins pour se soustraire « à l’enfer de sa famille et de son théâtre ». Quête infernale d’un moi disparu. Multiple « Chaque fois que je me représente mes souvenirs, je me métamorphose ». Souvenirs enfouis qu’elle s’acharne à déraciner jusqu’au point de « les arracher à la peau même ». Elli parviendra-t-elle au bout de sa recherche du temps perdu ? Caché dans un « Miroir qui même cassé en mille morceaux, reste un miroir » !

Brenda Navarro : Maisons vides




Diplômée de l’Université nationale autonome du Mexique et de L’Université de Barcelone, Brenda Navarro est une sociologue et économiste féministe. Tour à tour, rédactrice, scénariste, journaliste et éditrice, elle a également travaillé pour plusieurs ONG des droits humains et fondé un projet éditorial, voué à la publication d’ouvrages écrits par des femmes. Son premier roman, Maisons vides (éd. Mémoires d’encrier)



« Daniel a disparu depuis trois mois, deux jours, huit heures après son anniversaire. Il avait trois ans. C’était mon fils. La dernière fois que je l’ai vu, il se trouvait entre la balançoire et le toboggan du parc où je l’emmenais les après-midi ». Oui, Daniel a disparu. Ou plutôt, il a été enlevé. Alors : Comment d’un côté, éviter qu’une mère mexicaine, vivant dans un milieu privilégié et mariée avec un homme qu’elle n’aime pas, ne tombe dans le désespoir le plus total lorsqu’après un instant de d’inattention, elle s’aperçoit avec effroi que Daniel, son enfant, a disparu ? Comment dès lors, ne pas trainer une culpabilité indéfectible ? Comment continuer à vivre avec « un fantôme qui vous poursuit comme s’il faisait partie de votre corps » ? En arriver à regretter d’avoir mis en enfant au monde ? Comment s’empêcher d’y penser à chaque instant, au point d’en devenir folle ? Comment refouler l’envie de « demander à tout un chacun : où est mon enfant » ? Comment ne pas souhaiter « Que tout finisse une fois pour toute » pour qu’enfin le cauchemar s’arrête ? Et comment de l’autre côté du miroir, une autre femme, elle « bronzée » et issue d’un quartier populaire de Mexico, (vivant aussi aux côtés d’un homme qu’elle n’aime pas ». Désespérée, frustrée de ne pas avoir eu d’enfant, comment résister à la tentation d’en enlever un dans un parc ? Et nous lecteurs de nous demander comment elle a pu en arriver à cette extrémité. Petit à petit, nous allons sinon l’accepter du moins le comprendre. Mais, l’arrivée du petit Daniel dans sa vie y changera-t-elle grand-chose ? Surtout quand elle va s’apercevoir qu’il est… Autiste...

Outre une intrigue menée d’une main de maître, Maison vide est un grand roman politico-sociologique qui pose l’éternelle question du mythe de la maternité. Ainsi, entre les nombreuses questions soulevées par Brenda Navarro à ce sujet, l’allaitement serait-il « le reflet des mères qui veulent noyer leur enfant, faute de ne pas pouvoir les manger » ? Ceci dans le contexte d’un Mexique contemporain confronté à de brûlants problèmes sociétaux. Différences de classe, racisme, dépendance des femmes dans un pays machiste. D’où le titre « Nous les femmes, nous ne sommes que des maisons vides » Pays où l’avortement n’a été dépénalisé qu’en 2021. Pays où des centaines d’enfants disparaissent, où certains sont vendus ou séquestrés pour les transformer en « jouets de pédophiles ». Pays fermé au nord par un mur qui le sépare du reste du monde. Au pied duquel des dizaines de « fuyards » sont abattus faute d’avoir pu passer de l’autre côté. Pays où « le joueur d’orgue a beau très bien jouer, mais où Dieu n’existe pas » !

Herman Bang : Mikaël




Herman Joachim Bang est né en 1857, à Als (Jutland, Danemark). Fils de pasteur, il se retrouve très tôt orphelin de sa mère. Grand désespoir et grande frustration qui ressort dans toute son œuvre. Notamment dans son premier roman Familles sans espoir. Ses premiers articles paraissent dans divers recueils alors qu’il est à peine âgé de 20 ans. Il quitte le Danemark dans la seconde moitié des années 1880. Un pays trop réactionnaire et punitif vis-à-vis des mœurs et plus précisément de l’homosexualité. On le devine dans ses œuvres, notamment Mikaël, même si les personnages y sont peints comme hétérosexuels. Bang est considéré comme un des maîtres de la littérature danoise pour ses portraits psychologiques féminins. Au gré de ses rencontres à Berlin, Vienne, Prague et Paris, il évolue vers l’impressionnisme.



C’est lors de son séjour à Paris de 1893 à 1907, qu’Herman Bang écrit Michaël (éd. Libretto, traduction du Danois : Elena Bazamo). Il y fréquente des artistes d’avant-garde et de la bohème dont Paul Verlaine, le Norvégien Knut Hamsun et le Suédois, August Strinberg. Klaus Mann, grand admirateur de Mikaël, dira de son auteur « La foi qu’Herman Bang a voué à la vie est pétrie d’angoisse. Son amour pour la vie comme pour le corps est toujours hésitant, toujours en train de battre en retraite. Seule la tristesse que lui inspire la vie est grande et forte, elle rendra son chant immortel. » Il ajoute à propos de Claude Zonet, le héros de Mikaël « Il aime le garçon qui l’a trahi, avec une telle dévotion, une telle abnégation, peut-être est-ce cela que nous aimons chez lui ». Conclue : «Mikaël est le roman d’amour le plus triste de tous les temps. Le livre du maître qui est seul et du jeune homme qui aime une femme. »

Nous faisons la connaissance du Maître Claude Zonet, « peintre de génie vieillissant, à la recherche de l’inaccessible beauté » alors qu’il travaille dans son atelier, situé en face du jardin des Tuileries à Paris. Son assistant et fils adoptif, n’est autre que le jeune et fougueux Mickaël. Tous deux se remémorent avec plaisir les belles années et heureuses années qu’ils ont passé ensemble à Prague. En triant son courrier, Zonet tombe sur une carte de visite de la comtesse russe, Lucia Zamikof. Celle-ci souhaite se faire « portraiturer » par le Maître, ce qui est loin d’emballer ce dernier. Nous assistons dans la scène suivante digne de l’atmosphère de La recherche du temps perdu, à un dîner donné par le maître à quelques aristocrates des salons. Entre autres sujets « de haute volée », les convives évoquent l’actualité du Tout Paris. L’épicentre étant la présence de l’énigmatique princesse russe dans la « capitale des arts ». Celle-ci, après bien des difficultés, finit par convaincre le peintre de faire son portrait. Et nous lecteurs, arrivés dans le vif du sujet. Dans l’atelier, la comtesse tombe en arrêt devant L’Athénien messager de la victoire, une des toiles du maître qui représente un splendide jeune éphèbe nu. Dont le modèle n’est autre que… Mikaël. Lucia veut à tout prix acquérir le portrait. Il n’est pas à vendre. Les dés sont jetés : à défaut de ne pouvoir acheter le portrait, elle va mettre son dévolu sur le modèle ! Amour fou et tragique à l’issue fatale. Désincarnation du vieux peintre qui « secoue sans cesse sa grosse tête, tel un taureau victime d’un coup de soleil » ! Tragédie écrite dans en finesse, en nuances, en demi-mots qui se termine sur ces mots « Nous souffrons et nous faisons souffrir les autres. Nous n’en savons pas davantage » …

Victor Serge et Laurette Séjourné : Ecris-moi de Mexico




Viktor Lvivitch Kibaltchitch (Victor Serge) est né à Bruxelles en 1890. Son père, sympathisant de la Narodnaïa Volia, fuit la Russie après l’assassinat d’Alexandre II. Antimilitariste, il commence à fréquenter les milieux anarchistes bruxellois en 1906. Il écrit dans plusieurs revues libertaires, ce qui lui vaut plusieurs arrestations. Il s’installe à Paris. Bien que méfiant au sujet des anarchistes illégalistes, il héberge les principaux membres de la Bande à Bonnot et écope de 5 ans de prison. Libéré, il part à Barcelone, comme ouvrier typographe. Il y participe à une tentative de soulèvement anarchiste, revient en France où il est à nouveau emprisonné. En 1919, il est échangé avec d’autres prisonniers et gagne la Russie. Il adhère alors au PC russe. Membre de l’opposition de gauche animée par Léon Trotski, il dénonce avec les anarchistes, les dérives du stalinisme. Il est exclu du PC, mis sous haute surveillance, puis déporté en Oural et déchu de la nationalité russe. De retour en Belgique puis en France, il dénonce les grands procès staliniens et prône le rapprochement entre les anarchistes et les marxistes durant la Guerre d’Espagne. Réfugié à Marseille en 1940, Victor Serge, exilé apatride, embarque en mars de l’année suivante sur le cargo Paul Lemerle, avec Vlady, son fils peintre. Et entre autres passagers qui fuient l’Europe : André et Jacqueline Breton, Wilfredo Lam et Claude Lévi-Strauss. Mais, à son grand regret Victor laisse à Marseille, Laurette Séjourné, sa compagne italienne (plus jeune que lui d’une vingtaine d’années) qui évolue dans le milieu du cinéma. Il laisse également leurs deux enfants, Jeanine et René, issus de deux lits différents. Il n’arrive au Mexique qu’en septembre au terme d’un « voyage épuisant ». Il ne lui reste plus que six années pour écrire son témoignage sur les procès de Moscou, ses mémoires et sa Vie de Léon Trotski. Octavio Paz dira de lui : « Un homme simple et généreux, d’une intelligence humide et une humanité certainement due à sa jeunesse anarchiste et à son grand cœur. »



Ecris-moi à Mexico (éd. Signes et Balises) nous offre la correspondance intime, jusque-là inédite, entre Victor et Laurette, mais aussi des lettres de leurs amis, dont Max Ernst, Benjamin Perret, etc. Victor Serge arrive en République dominicaine en juin 1941, rejoint La Havane où il est accueilli par des réfugiés de la Guerre d’Espagne. Dans ses lettres à Laurette, il décrit les difficultés de l’exil « au milieu de conflits paralysants ». Mais ce qui en fait aussi le charme, c’est l’évocation outre leurs souvenirs, de la vie quotidienne d’un exilé « perdu au milieu de paysages tropicaux d’une beauté fulgurante ». Quelques-unes des lettres de Laurette ont réussi à passer la censure vichyiste. Elle s’y plaint du manque de nourriture et des attaques de leurs ennemis voulant salir l’image de Victor. En perpétuelle attente de visas pour elle, Jeanine et René. De son côté, Victor est inquiet et craint qu’elle ne craque. Laurette lui répète qu’il est le seul homme qui compte dans sa vie. Victor Serge atteint enfin Mexico en septembre 41. Tout en livrant ses inquiétudes à Laurette, il n’a de cesse de la rassurer en permanence. Lettres d’autant plus touchantes qu’elles viennent d’un homme si exigeant et vindicatif dans ses convictions et choix politiques. Laurette arrive finalement début 1942 à Mexico alors que Victor termine L’affaire Toulaev qui dénonce les procès de Moscou. Ecris-moi à Mexico, une occasion unique de suivre au jour le jour, l’intimité d’un couple peu ordinaire et de la vie de ce grand révolutionnaire qui « marcha toujours droit vers son destin » !

Corydon d’André Gide




André Gide est né en 1869. Après une jeunesse perturbée par le puritanisme de son milieu, il se lie d’amitié avec Pierre Loÿs et fréquente Oscar Wilde. Après la mort de sa mère, Gide décide de vivre enfin son homosexualité, mais se marie et aura une fille. Dreyfusard convaincu, il commence une carrière littéraire et fonde la Nouvelle Revue française. Parallèlement à ses grands romans, il publie Corydon en 1924. Un plaidoyer en faveur l’homosexualité [note] qui lui vaudra l’opprobre de ses contemporains. Il se marie alors avec sa cousine Madeleine et voyage en Afrique, où il dénonce le colonialisme. Puis s’enthousiasme pour le régime soviétique avant de s’en démarquer en 1936, et de publier Retour d’URSS. Récit de son voyage au pays des Soviets dans lequel il décrit son désenchantement. Ouvrage qui lui attire les virulentes attaques des communistes. Il s’engage alors auprès des intellectuels antifascistes. Après avoir montré une attitude ambigüe aux premiers jours du gouvernement Vichy, il s’en démarque rapidement. Accablé, il abandonne la littérature et le militantisme et se retire sur la Côte d’Azur, puis en Afrique du Nord. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1947 et meurt quatre ans après.



Corydon, un dialogue socratique qui pourrait nous sembler aujourd’hui quelque peu daté. Et pourtant incontournable dans la mesure où, précurseur de « l’outing », il confronta André Gide à un grand risque après sa diffusion à grande échelle en 1924, engageant son nom et sa réputation. Il écrit d’ailleurs dans son introduction « Mes amis me répètent que ce petit livre est de nature à me faire le plus grand tort. Or, je n’ai jamais cherché à plaire au public ». Gide ne se trompe guère… La première version de Corydon ne fut éditée en 1911, à une douzaine d’exemplaires qui restèrent une douzaine d’année dans un des tiroirs de l’écrivain. En 1920, il décide d’y ajouter deux dialogues avant de le republier.

Corydon, deuxième édition, se présente sous la forme de quatre dialogues entre deux amis de lycées, dix ans après qu’ils se sont perdus de vue. Devenu médecin, Corydon (double de Gide) s’apprête à publier un livre défendant l’homosexualité. Mais avant, il veut en parler avec son ancien condisciple. Dans le premier dialogue, ils évoquent les nombreux procès intentés à l’époque en Europe, contre les mœurs homosexuelles d’Oscar Wild, du prince Philip von Eulenburg, de Friedrich Alfred Krupp et autres William McDonald. Pour étayer son discours, Corydon fait référence aux premiers écrits abordant ce « sujet tabou ». Ceux plus ou moins assumés de Walt Whitman et de Marcel Prous. Ceux plus revendicatifs du Dr Magnus Hirchfeld, en Allemagne. Corydon évoque la représentation « féminisée » de l’homosexuelle chez ces auteurs, avant d’aborder l’histoire de la « pédérastie ». Pratique revendiquée dans les dialogues de Platon ou dans les écrits de Bergson, mais condamnée par Rousseau et Schopenhauer, qui revendiquent les « valeurs de la procréation et de la famille ». Dans le deuxième dialogue, face aux réactions sceptiques du narrateur, Corydon se place alors en tant que médecin et naturaliste. Il oppose les écrits de Montaigne « le jouisseur » aux discours liberticides qui en vantant trop l’hétérosexualité, « ne font finalement que pousser les adolescents aux pratiques homosexuelles ». S’ensuit un long raisonnement qui s’appuie sur les théories naturalistes de Darwin et les réflexions de Lester Wald, sur la tendance dite « naturelle » à la reproduction. Passages très intéressants sur le rôle de la « parure » en matière de séduction chez les animaux et chez les humains [note] . Dans les, troisième et quatrième dialogues, Corydon évoque les amours masculines représentées dans les œuvres d’Eschyle, de Sophocle, Aristote, Théocrite, Bion de Smyrne, Virgile ou encore, Shakespeare. L’éloge fait au corps masculin dans les œuvres des grands peintres italiens (Michel-Ange, Caravaggio) avant de s’arrêter longuement sur la question du mariage dans la société occidentale. Enfin, le dernier dialogue traite des questions aussi diverses que la symbolique du mariage en occident, du code civil, de la misogynie. Dans l’appendice de son Corydon, André Gide reproduit la lettre ouverte qu’il adresse à François Porché au sujet de L’amour qui n’ose pas dire son nom et la réponse de ce dernier à propos de Corydon. Le volume s’achève par une lettre de Benjamin Crémieux sur le même sujet.

Robert Bober : Par instants la vie n’est pas sûre




Robert Bober est né à Berlin en 1931, de parents juifs polonais. Fuyant le nazisme, la famille se réfugie en France en 1933. Ils réussissent in extremis, à échapper à la Rafle du Vélodrome d’Hiver. Après son certificat d’études, Robert devient apprenti tailleur, puis potier et éducateur. Dans les années 50, cet autodidacte devient documentariste pour la télévision et collabore, notamment avec Pierre Dumayet. Rober Bober, ami entre autres, de François Truffaut, Georges Perrec et Robert Doisneau aborde autant dans ses documentaires que dans ses romans des sujets aussi grave que la Seconde guerre mondiale ou l’Holocauste d’une manière très simple, pudique mais laissant deviner une sensibilité à fleur de peau. Sensibilité qu’il préfère voir exprimée par les personnes qu’il interroge !



Robert Bober dédie Par instants la vie n’est pas sûre (éd. POL) à Pierre Dumayet, son ami et co-animateur de l’émission mythique Lectures pour tous. Il le présente comme un recueil de souvenirs « décousus et livrés en vrac ». Celui-ci s’ouvre sur une longue lettre posthume que Robert Bober destine à son ami Pierre Dumayet « J’appelle des visages, des souvenirs et ce ne sont pas toujours ceux que j’appelle qui se présentent à moi ». Ainsi, Bober nous entraine-t-il sur une délicieuse histoire juive ! Il nous détaille ensuite le principe de l’émission Lecture pour tous qui demandait, en gros, à des volontaires de souligner dans les ouvrages qu’on leur proposait, les passages qui leur avaient plus, ou déplus. Nous ne sommes pas déçus de leurs réponses ! Robert Bober enchaîne sur son apprentissage, juste après-guerre du métier de tailleur dans le quartier de la place Maubert, à Paris. Sautant du coq à l’âne, ce qui devient pour nous un jeu et un véritable plaisir, il mêle nombres d’anecdotes à ses souvenirs sous l’Occupation, puis la Libération, mais à travers le prisme du regard « d’un gamin de Paris ». Il revient souvent sur sa complicité avec Pierre Dumayet, son compagnon de route. Ce dernier qui avait pour habitude de dire « Ce serait plus facile d’interviewer un écrivain mort qu’un écrivain vivant » ! Aussi interrogèrent-ils les grandes personnalités du moment. Quelques passages piochés. Quand Roland Dubillard leur lance « Je tiens beaucoup à ce que je ne dis pas ». Ou quand ils écoutent « respectueusement » les silences de Marguerite Duras. Quand ils organisent une improbable rencontre entre Simone Veil et Daniel Darrieux… Toujours « la plume au vent », Robert Bober nous promène ensuite tour à tour dans son quartier de la Butte-aux-Cailles, sur les traces de la Commune au Temps des cerises. Puis sur les circonstances de l’attentat contre les journalistes de Charlie Hebdo qui lui rappelle le calvaire des fusillés de l’Affiche Rouge. Passionnantes réflexions au passage sur le yiddish, cette « langue sacrifiée ». Petits focus sur ses écrivains et préférés. Martin Buber, fondateur avec d’autres anarchistes, du Sozialistisher Bund ; Erri de Lucca ; Jean Vigo ; Truffaut et Harpo Marx. Le tout émaillé de magnifiques photos qu’il décrypte pour nous au passage. Celle d’un lynchage dans le Minnesota en 1882. Ou bien celle qui met le doigt sur les mystères cachés dans le tableau de Paul Cézanne, Les Joueurs de cartes. Autres anecdotes sur de parfais anonymes. Sur des immigrés polonais dans les années 20, ou encore cet homme qui en 1912, se jeta, déguisé en oiseau, de la tour Eiffel, pensant s’envoler. Sacré Bober qui, tandis que quelqu’un lui demande si en tant que Juif, il mange du cochon, répond : « Non, non bien sûr, sauf s’il est circoncis » ! Un livre à lire sans modération. Ou à relire car comme le disait Pierre Dumayet son grand complice « Les personnes qui n’aiment pas relire les livres qu’elles ont aimé me font penser à un fat qui dirait d’une femme : Je l’ai déjà lue » !

Jean-Claude Charles, Manhattan Blues




Jean-Claude Charles est né en 1949 à Port-au-Prince (Haïti). Il quitte son île natale à l’âge de 21 ans pour s’inscrire à la faculté de médecine de Guadalajara (Mexique). Il abandonne rapidement ses études et s’exile aux Etats-Unis. Romancier, poète et journaliste, Marguerite Duras, grande adepte de Manhattan Blues, voyait en Jean-Claude Charles, « le meilleur écrivain d’aujourd’hui »



Manhattan Blues (réédité par les éditions Mémoires d’encrier) comme à deux heures du matin. Dans un hôtel de Manhattan. Ferdinand, nu dans son lit, pense à Jenny, son ex. Il faut qu’il l’appelle, afin qu’elle lui donne les clés de son appartement en ville, où il se sentira plus à l’aise pour écrire. Ecrire le scénario du film qu’il prépare. Pour l’instant : une page blanche. Manquent le texte et le pognon pour le réaliser ! Au matin, Ferdinand retrouve Jenny qui s’occupe de « kids en déroute » dans le Bronx. Elle veut bien lui donner les clés de son appart (puisqu’elle habite dorénavant chez son nouveau compagnon), mais à une condition : que Ferdinand « écrive autre chose que ses conneries habituelles » ! Réponse du berger à la bergère « Désolé, mais pour le moment, je ne peux écrire avec autre chose que ce que je connais : mes tripes et mes couilles » ! Suit une petite explication de texte salée, où Jenny lui assène au sujet de leur ancienne relation : « Avec toi, je ne risque plus grand-chose. Le pire est passé. L’avenir est derrière nous ». C’est dit. Mots d’un vieux couple qui ne s’aime plus. Ferdinand, une fois seul ne peut s’empêcher de remuer tous dans sa tête tous les bons moments qu’ils ont eu avant. Avant que Ferdinand ne devienne « ce fou que personne ne pense à enfermer » ! Aussi, retourne-t-il dans les endroits qu’ils aimaient fréquenter, dans le sud Manhattan. Quartier qui a bien changé. Cinés pornos, peep-shows, voleurs à la tire, trafiquants et drogués, flics, putes et fast-foods : joies d’un capitalisme triomphant… New-York où les voix de Billie Holliday et de Sarah Vaughan se sont tues à jamais. Brooklyn. La statue de la Liberté « cette vieille salope qui domine la baie avec son cornet de glace mégalo ». Comment Ferdinand, cet écrivain en déroute, ce traînard invétéré, désabusé, finira-t-il échapper à une nostalgie vénéneuse ? Parviendra-tt-il enfin à effacer les séquelles d’un amour mort ? Un nouvel amour pourrait-il se transformer en baume ? Contre toute attente, c’est ce qui va lui arriver. Mais pour un couple mixte, New-York cette mégapole pourtant ouverte et cosmopolite, cache toujours un ennemi du bonheur quelque part. Il y aura toujours quelque part l’œil d’un « cop » (un flic), pour les regarder de travers. Surtout, le couple en question a l’air heureux ! « Racisme d’un regard. Racisme des plus perfides qui soient. Qui ne parle pas, ne frappe pas. Sensation qu’aucune personne non-victime de discrimination ne peut comprendre ». Manhattan Blues : « Qu’on m’aime ou me déteste en tant que Noir, ça me fout en rogne. Qu’on m’aime parce que j’ai du talent ou qu’on me déteste parce que je suis con : d’accord » !

Corina Ciocarlie : Europe Zigzag</strong>



Europe Zigzag (éd. Signes et Balises) est une sorte d’odyssée moderne écrite à plusieurs mains et orchestrée par l’écrivaine Roumaine, Corina Ciocarlie. Invitation au voyage. Voyage littéraire embarqué au Port du Pirée pour les destinations mythiques d’une Europe bien spéciale : celle où de grands écrivains ont laissé leurs traces. Voyage chargé. Boucle parfaite qui, tout comme le voyage d’Ulysse, commence et se termine sur l’île d’Ithaque.

Première étape : l’Italie. L’éternelle. La Rome de Stendhal. Son Panthéon, « bâti par des Empereurs qui voulaient tout simplement être agréables aux Romains ». Le Tibre. Ses ponts. Ses rives où les « ragazzi » de Pier Paolo Pasolini faisaient leurs bravaches. Le Tibre du Requiem d’Antonio Tabucchi / Petit saut devant les remparts de Ferrare, derrière lesquels se cachent les énigmatiques Jardins des Finzi-Contini, du poignant roman de Georges Bassini / Trieste. Ses jardins publics vus par Italo Svevo : « Jardins des délices et des supplices » / Milan. L’église de San Carlo al Lazzaretto et Les Fiancés d’Alessandro Manzoni / Turin. Les collines de Superga pour Les femmes seules de Cesare Pavese / Direction Lisbonne : les rues de Baixa, si chères au grand poète Fernando Passao / Londres. L’énigmatique phare de Chapman disparu, tout comme Joseph Conrad, dans l’estuaire de la Tamise. Les horloges de Westminster, ou le rythme cardiaque de Mrs. Dalloway de Virginia Wolf. Promenade laconique avec elle dans Regent Park, la « forêt urbaine londonienne ». Le Senate House, version Gorge Orwell de 1984. Les terrifiants gratte-ciels de JG Ballard / Paris. Les escaliers de la Madeleine, avec le Bel-Ami de Guy de Maupassant. Puis, en compagnie de Marcel Proust, lors du mariage d’Elaine Greffuhle. Le Bacchus de la rue de l’Assomption, avec Georges Perec. Dans la mansarde d’EM Cioran, rue de l’Odéon. Les statues des reines de France des Jardins du Luxembourg, vues par William Faulker, Milan Kundera et Jean Echenoz. Les deux bonnes adresses de Patrick Modiano, à Montparnasse et place Pigalle. Bruxelles avec Arthur Rimbaud et de WH Auden / Luxembourg et le parc Gerlache : La Mémoire de la baleine de Jean Portante / Copenhague : Quatre jours en mars dans les jardins du roi, avec Christian Grondhal / Berlin. Alexander Platz, « l’éternel Phoenix » d’Alfred Döblin / Prague. Déambulations dans son cimetière juif, avec Umberto Ecco. Le balcon du Palais Kinsky (qui vit tant de défenestrés) avec Milan Kundera / Bucarest. Les jardins du Palais de la reine Marie et les Géographies élastiques de Paul Morand. L’hypothétique rue S. et Le secret du Docteur Honigberger, de Mircea Eliade. La maison du Peuple (tant haïe) tout comme les délires mégalomaniaques de Ceausescu, sous le regard de Mircea Catarescu. La Rasinari des Carpates, sortie tout droit du Précis de la décomposition, d’EM Cioran / Dernière étape. « Last but not the least” : l’île d’Ithaque à Noël, avec Gilles Ortlieb ou en compagnie d’Ulysse ou encore, en compagnie de Constantin Cavafy… /
Ouf ! Le premier pied posé à terre, il ne nous reste plus qu’à nous précipiter dans notre librairie préférée et nous procurer tant de trésors suggérés…

Patrick Schindler, individuel FA Athènes







PAR : Patrick Schindler
individuel FA Athènes
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Le rat noir, du temps de Jules au temps d’Auguste
Le rat, à l’ombre des livres
Interview de Barbara Pascarel
Le rat noir, fin juin, toujours le museau dans les livres
Un bon juin, de bons livres, voilà le rat
On est encore en mai, le rat lit encore ce qui lui plait
En mai le rat lit ce qui lui plait
Fin avril, le rat noir s’est découvert au fil de la lecture
Un rat noir, mi-avril
Une nouvelle Casse-rôle sur le feu !
Qu’est Exarcheia devenue ?
V’là printemps et le rat noir en direct d’Athènes
Le rat noir de la librairie. Mois de mars ou mois d’arès ? Ni dieu ni maître nom de Zeus !!!
Librairie athénienne. un message du rat noir
Le rat noir de la librairie athénienne. Février de cette année-là.
Le rat noir d’Athènes mi-janvier 2021
Le rat noir de la bibliothèque nous offre un peu de poésie pour fêter l’année nouvelle...
Volage, le rat noir de la bibliothèque change d’herbage
Octobre... Tiens, le rat noir de la bibliothèque est de retour...
Le rat noir de la bibliothèque pense à nous avant de grandes vacances...
Maurice Rajsfus, une discrétion de pâquerette dans une peau de militant acharné
Juin copieux pour le rat noir de la bibliothèque.
Juin et le rat noir de la bibliothèque
Mai : Le rat noir de la bibliothèque
Séropositif.ves ou non : Attention, une épidémie peut en cacher une autre !
Mai bientôt là, le rat de la bibliothèque lira ce qui lui plaira
Toujours confiné, le rat de la bibliothèque a dévoré
Début de printemps, le rat noir de la bibliothèque a grignoté...
Ancien article Des « PD-anars » contre la normalisation gay !
mars, le rat noir de la bibliothèque est de retour
Janvier, voilà le rat noir de la bibliothèque...
Vert/Brun : un "Drôle de couple" en Autriche !
Ancien article : Stéphane S., le poète-philosophe libertaire au « Sang Graal »
Algérie : l’abstention comme arme contre le pouvoir
Décembre 2019 : Le rat noir de la bibliothèque
1er décembre, journée mondiale contre le sida : les jeunes de moins en moins sensibilisés sur la contamination
A Paris, bientôt de la police, partout, partout !
Les Bonnes de Jean Genet vues par Robyn Orlin
N° 1 du rat noir de la bibliothèque
En octobre et novembre le ML avait reçu, le ML avait aimé
Razzia sur la culture en Turquie
Ces GJ isolés qui en veulent aux homos !
Service national universel pour les jeunes : attention, danger !
Vers l’acceptation de la diversité des familles dans la loi ?
Une petite info venue de Grèce
Le philosophe à l’épreuve des faits
La Madeleine Proust, Une vie (deuxième tome : Ma drôle de guerre, 1939-1940)
Loi sur la pénalisation des clients : billet d’humeur
Les anarchistes, toujours contre le mur !
Le Berry aux enchères
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1

le 1 mars 2022 09:46:27 par Rimbaud

L’éclectisme et la culture de Patrick Schindler me fascineront toujours ! Il n’y a plus qu’à faire son marché dans ce qu’il a lu pour nous...

2

le 16 mars 2022 15:08:34 par Viviane

Merci, cher Patrick pour ce magnifique travail ! Tes pépites littéraires ouvrent l’esprit, et la tête ( ce qui n’est pas la même chose !! ). je découvre des auteurs inconnus, et tu me donnes envie de relire les autres.. Merci à toi, et à l’équipe du journal..