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Littérature
par Patrick Schindler le 11 juillet 2021

Interview de Barbara Pascarel

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Barbara, bien arrivée dans le Péloponnèse après l’interview !

Le rat noir : Barbara, comme tu le sais, ici à Athènes, on se tutoie rapidement si affinités. Donc, avant de TE lancer dans cette aventure « farguienne », tu as dû beaucoup réfléchir à la meilleure manière d’agencer ce premier volume des œuvres de LPF. Pourquoi as-tu finalement opté pour une présentation chronologique de ses chroniques plutôt, par exemple, que thématique ?

Barbara Pascarel : Ce volume s’inscrit dans un projet d’ensemble, fondé sur l’organisation d’un vaste matériau : les écrits de Fargue (LPF comme tu dis), éparpillés en recueils et dans les périodiques. Le travail de recension bibliographique a commencé lors de ma thèse de doctorat, il y a vingt-cinq ans… Je rêvais déjà d’une édition critique qui rendrait justice à la double vocation de Fargue, poète et chroniqueur. Il faut rappeler que Fargue est devenu journaliste sur le tard : à l’approche de la soixantaine, il a déjà produit une œuvre poétique considérable mais qui ne suffit pas à assurer les frais de sa « vie de patachon ». Il adopte ce nouveau métier par nécessité, n’étant ni rentier comme son ami Larbaud, ni académicien comme Valéry, ni diplomate comme Claudel. La fabrique de céramique héritée de son père fut détruite par les travaux d’extension de la gare de l’Est en 1926, puis la crise passa par là… Ses amis journalistes, comme son cadet André Beucler ou Florent Fels, directeur de l’hebdomadaire Voilà, lui firent miroiter les revenus qu’il pourrait tirer d’une presse, alors en plein essor.

Que se passe-t-il dans la vie de LPF vers la fin des années 1930 ?


Dès 1935, ses reportages pour Voilà le mènent de bars en boîtes de nuit, de la Mosquée à la Bibliothèque nationale, révélant une verve et une connaissance de la capitale que seuls ses amis et compagnons de bistrot avaient eu jusque-là le privilège de connaître, à travers ses conversations. Il s’ensuit une intense production journalistique et ce, jusqu’à sa mort en 1947. Il traite de toutes sortes de sujets, actualité, mode, littérature, musique, mœurs... et Paris reste son sujet de prédilection. Ce premier volume est donc à la fois thématique et chronologique : il rassemble les centaines de chroniques et courts essais que Fargue a consacrés à la capitale, dont une sélection avait été publiée dans Le Piéton de Paris (1939), titre emblématique qui ouvre naturellement le volume. Ensuite j’ai adopté l’ordre chronologique de parution dans la presse pour remettre dans leur continuité des textes qui ont parfois été édités dans des recueils (comme Refuges ou Déjeuners de soleil) de façon disparate, sans appareil critique, ou qui étaient restés inédits.

Ancien documentaliste (entre autres) moi-même, j’ai remarqué que tu avais dû effectuer un travail considérable de recherches, notamment pour rédiger les nombreuses notes qui figurent en bas de pages et donnent au lecteur toutes sortes de précisions sur les lieux et personnages que LPF rencontre lors de ses errances ?

Oui, d’autant que Fargue adore accumuler les noms propres, c’est du name dropping avant la lettre ! Le travail d’annotation est passionnant car il oblige à une lecture en profondeur : retrouver les contemporains parfois oubliés, artistes de music-hall ou révolutionnaires tchèques, expliciter des allusions ou références qui étaient évidentes pour le lecteur de l’époque et qui ne disent plus rien à personne. Une citation latine, un fait divers (qui se souvient du procès Weidmann [note] ?) ou d’une brasserie disparue, alors connue du tout-Paris… C’est une véritable chasse au trésor à l’intérieur du texte, mais il faut rester synthétique. Parfois tu lis un article ou un bouquin entier sur un personnage et tu en tires une note de quatre lignes, c’est frustrant, mais aussi généralement passionnant. La difficulté est de savoir où s’arrêter, je me suis beaucoup freinée pour ne pas envahir la page avec les notes !

Tu accompagnes ces notes de nombreuses pointes d’humour, pour n’en citer qu’une : « Sous la IIIe République, les politiciens collectionnaient les livres et parfois ... les lisaient » ! Tu as dû en marge du travail réalisé, parfois beaucoup t’amuser en les écrivant ?

J’ai essayé d’être discrète mais tu m’as vite repérée ! Fargue était connu pour son sens de la repartie et du bon mot un brin moqueur. J’essaie de ne pas le trahir, en privilégiant le registre de l’ironie... Envers Fargue lui-même à l’occasion, quand il énumère les membres de l’aristocratie à la façon d’un bottin mondain ou quand j’identifie une chronique donnée à trois journaux successifs sous des titres différents. Mais ce sont des péchés bénins, on ne s’ennuie pas avec Fargue, même quand il se répète un peu, c’est comme la conversation d’un vieil ami avec qui on aime se raconter les mêmes histoires. J’aime aussi glisser dans les notes des citations qui ressuscitent les personnages mais aussi le contexte culturel, visuel, sonore des textes. Quand je tombe sur une allusion à L’Éponge de porcelaine de Vincent Hyspa, à La Parisine de Nestor Roqueplan, ou encore à un refrain à la mode, je ne résiste pas au plaisir de les citer.

Oui, et d’ailleurs, quel fourmillement dans les errances parisiennes de LPF. On aurait parfois envie de rester plus longtemps en sa compagnie par exemple sur la place du Théâtre Français, mais on dirait qu’un vent sans cesse nouveau le pousse ailleurs, vers de nouvelles découvertes ?

Fargue ne se lance pas dans des descriptions détaillées à la Balzac, il reste au plus près des sensations, de ce que les lieux suggèrent, les souvenirs et les pensées qu’ils suscitent. La brièveté tient aussi pour beaucoup aux contraintes de la chronique, à son format qui interdit les longs développements et doit accrocher le lecteur. Mais tu as raison, même dans des essais plus longs, Fargue privilégie la forme du fragment, comme dans Charme de Paris, où il fait des sauts de puce d’un quartier à l’autre.

Oui, lorsque j’ai lu l’article sur Montmartre, je n’ai pu m’empêcher de penser à la fameuse chanson de Fréhel « Où sont-ils donc ». Tout comme Fréhel, LPF semble regretter ce Montmartre dont la spécificité, comme Le beau phénix d’Apollinaire, est « s’il meurt un soir, au matin de voir sa renaissance » ?

Tout à fait, Fargue fait penser à Fréhel… « Mais Montmartre semble disparaître / Car hélas de saison en saison/ Des Abbesses à la Place du Tertre, /On démolit nos vieilles maisons ! ». La nostalgie est un sentiment clef chez Fargue, comme pour beaucoup d’écrivains de Paris, ville qui donne à ceux qui la connaissent depuis toujours, l’impression d’être sans cesse détruite, défigurée, dénaturée, frelatée, gentrifiée... Moi-même il m’arrive de repenser au Paris des années 80 en soupirant ! Montmartre n’est pas le seul quartier dont il regrette l’authenticité, mais il reste pour lui un exemple criant de la disparition de la vie de bohème, symbolisée par le Chat noir, le Lapin à Gill et les cabarets de rapins. Du reste, Fargue cite beaucoup de refrains qui participent de cette culture populaire dans laquelle il aime à naviguer et qui forment la bande sonore du livre. On pourrait faire un disque reprenant toutes ces chansons, la play-list de l’Esprit de Paris !

Barbara, c’est assez étourdissant parfois, dans chaque article de LPF, on tombe sur un « bonbon à sucer », comme par exemple, le « fantôme d’Auteuil », ou la « viandarde lesbienne » qui se fait rôtir vivante ou encore, l’histoire du comte qui se fournit chez son bouquiniste pour masquer ses 5 à 7 ! On se croirait parfois en plein Feydeau, comment as-tu réussi à limiter tes commentaires qui pourraient parfois, j’ose le dire, faire l’objet d’un volume entier ?

Les chroniques de Fargue sont émaillées d’anecdotes probablement entendues, répétées et enjolivées par l’imagination du poète. Fargue n’a jamais écrit de roman, mis à part une tentative de récit semi-autobiographique, Marie Pamelart ou la rue Lepic (qui figurera dans le 2ème volume). On ne sent pas chez lui le goût de la construction romanesque, de l’approfondissement d’une situation ou d’un personnage fictif, mais il sait attraper au vol le fait divers ou l’épisode incongru qui mettra du piquant dans sa chronique et lui donnera un côté théâtral. Quant aux commentaires, j’ai pris le parti de m’en abstenir autant que possible, et de ne livrer dans mes notes que des éclairages sur les personnes, les lieux, les événements ou les œuvres qui facilitent la compréhension du texte, d’expliciter des allusions autant que possible… Un lecteur attentif devinera mon avis sur Louise de Charpentier ou sur tel ou tel personnage dont je me contente de donner quelques éléments biographiques (sur tel anti-dreyfusard ou tel romancier à succès tombé dans l’oubli) qui semblent suffisamment parlants. J’ai souvent été tentée de faire des rapprochements avec d’autres textes antérieurs ou contemporains, mais j’ai évité les considérations littéraires, pour des raisons de place essentiellement.

<em>Au fil de ses chroniques, on remarque que LPF fréquente autant les gens classés à droite que ceux classés à gauche durant toute cette période. Etait-il peu politisé, ou se plaçait-il au-delà ou en deçà de la politique, justement dans des périodes clés de l’histoire contemporaine ?

Fargue aimait explorer toutes les strates de la société, de la grande bourgeoisie aux milieux du cinéma, de la presse, de la mode ou de la politique. Il décrit les musiciens de jazz nègre, les courtisanes, les artisans, les princesses et les bistrotiers avec une équanimité que je qualifierais de pataphysique ! Il a été proche d’hommes du Front populaire comme Jean Zay, ministre de l’Instruction publique assassiné par la milice en 1944 ou de Jean Cassou, et cite non sans fierté ses amitiés dans la haute administration publique. Ce genre de carrière le faisait rêver, un peu abstraitement, car son mode de vie était assez incompatible avec la vie de bureau et les dossiers administratifs… Il a publié en 1941 un très beau « Plaidoyer pour le désordre » (dans Haute solitude, à lire dans le volume 2 des OC) plus révélateur de sa façon de penser qu’un discours théorique. Quant à la Politique elle-même, il s’en méfiait de façon assez radicale et on ne lui connaît aucun engagement partisan. Quand il se risque à des commentaires sur l’actualité, on voit qu’il n’y comprend pas grand-chose ! Son attachement aux valeurs humanistes, à la culture, à la fraternité semble lui servir de guide, ainsi que sa sympathie pour les individus plutôt que pour leurs idées. Il écrit ainsi en 1939 un article virulent contre l’antisémitisme (à lire dans le volume 3 !) qu’il considère comme une absurdité totale, mais sans en analyser les tenants idéologiques ou les conséquences. Après la guerre, il a écrit sur la question de l’engagement des écrivains : pour lui, l’œuvre n’a pas à être mise au service d’une idée.

A ce sujet, lors de ces chroniques écrites durant l’Occupation, on a l’impression qu’il parle de tout sauf de la présence allemande. En parle-t-il dans d’autres de ses articles ? Est-ce un parti-pris de sa part de ne pas le faire dans les Chroniques parisiennes ?

Soyons réaliste, après 1940, Fargue a continué à écrire dans la presse autorisée par l’Occupant pour des raisons alimentaires… Il n’y en avait pas d’autre. Au début dans le quotidien Aujourd’hui fondé par Henri Jeanson, vite remplacé par Suarez, plus proche des autorités allemandes. Puis Le petit Parisien, Comœdia, Paris-Soir, tous étaient sous contrôle, il convenait donc d’être discret : on peut parler des privations de tabac et d’essence, de l’ingéniosité des élégantes, du retour du vélo et du cheval, mais guère plus. Ainsi la longue chronique Paris 1941 (parue dans la revue pétainiste Patrie !) décrit la vie quotidienne des Parisiens tels qu’ils furent pour la majorité d’entre eux, ni héros ni traîtres, ce qui fait sans doute sa valeur, loin des stéréotypes des livres d’histoire. Du moins, contrairement à d’autres écrivains ou journalistes, Fargue n’a-t-il jamais écrit une ligne en faveur de l’occupant. Rappelons aussi qu’en avril 1943, une attaque cérébrale a immobilisé Fargue qui a continué à écrire dans son lit. Pour étoffer ses articles, il se faisait aider par une documentaliste, la jeune Andrée Jacob qui, limogée de la Bibliothèque nationale en raison de ses origines juives, avait besoin de travailler… discrètement. Elle nous a raconté comment elle s’était réfugiée chez lui boulevard du Montparnasse lorsqu’elle allait être arrêtée pour faits de Résistance (elle faisait partie du réseau NAP, Noyautage des administrations publiques). Fargue recevait tous les dimanches des écrivains, de jeunes poètes, partageant les victuailles que lui et Chériane se procuraient par l’entremise de copains débrouillards. Comme beaucoup d’autres, il fit le dos rond. Il n’en a pas moins réfléchi sur cette période sombre et sur la façon d’en sortir : voir, cet intéressant texte publié en 1946 Petit diagnostic de Paris avant, pendant et après, où il porte un regard rétrospectif sur « les horribles boues dans lesquelles nous avons trempé ensemble ».

On a souvent l’impression en effet, que LPF voit tout et survole tout. Parfois il lâche au passage, un petit commentaire méprisant sur le « populo », mais on sent qu’il ne peut pas se passer de sa présence, parfois, il observe les bourgeois des beaux quartiers. Si tu avais à le définir, LPF te semble plutôt éclectique, plutôt superficiel, plutôt... Comment ?

Son acuité est extraordinaire, il a l’œil du peintre : ce sont les détails qui forment le tableau à la manière d’un kaléidoscope, il n’a pas de vision d’ensemble. Fargue adolescent fut tenté par la peinture, sa première passion, et ses premiers écrits furent des critiques d’art, quand il courait les galeries avec son petit ami Alfred Jarry : la découverte des Nabis, de Gauguin à Vuillard, la jeune peinture l’a vivement impressionnée. Il a lui-même raconté que devant tant de nouveauté et de génie, il sentait qu’il ne serait pas à la hauteur et a préféré renoncer. Quant à sa proximité avec le « populo », elle n’est pas feinte : il vient lui-même d’un milieu populaire par sa mère, une modeste couturière d’extraction paysanne. Son ascendance paternelle est plus bourgeoise, ce qui d’ailleurs a provoqué un traumatisme d’enfance, puisque ses parents n’ont pas eu le droit de se marier et sa naissance fut donc illégitime. Il aime réellement les petits bistrots d’ouvriers, la fréquentation des blanchisseuses et des maraîchers des Halles, mais il reste à sa place : un monsieur en costume à qui on fait bon accueil parce que c’est un merveilleux compagnon de comptoir, enclin à la plaisanterie (parfois grivoise, à ce qu’on dit), aux anecdotes truculentes et aux coq-à-l’âne poétiques. J’ajouterais qu’il n’éprouve pas la fascination d’un Carco pour les bas-fonds et la pègre. S’il fréquenta sans doute les bordels, cela relève de sa vie privée sur laquelle il est très discret dans son œuvre.

« Plaisanterie grivoise », à ce sujet, en lisant certaines de ses chroniques, LPF m’a parfois laissé l’impression amère d’être un « bon gros machiste ». S’agissait-il d’un « mal du temps » ?

Le féminisme n’est pas son fort, il faut l’admettre, et son portrait de « La Parisienne » n’échappe pas au cliché, même charmant. Il a une vision héritée de la fin du XIXe siècle, assez peu progressiste de la place de la femme dans le couple. Il resta du reste célibataire presque toute sa vie. Je pense à une chronique parue en 1937 dans Paris-Soir (elle sera dans le 3e volume !) intitulée « L’homme à la cuisine c’est la démission de Dieu », où il s’inquiète de voir les hommes accomplir les tâches ménagères, sur un ton de plaisanterie, mais qui en dit long… Plus sérieusement, son rapport avec les femmes est ambigu. Il a connu des déceptions sentimentales. Sa poésie laisse deviner une extrême sensibilité et une grande pudeur : « On est toujours seul, tout a pour but la solitude », écrit-il dans un très beau poème inspiré par Lilita Abreu (celle des Lettres à Lilita de Giraudoux) dont il était amoureux en 1912. Il avait une fâcheuse tendance à s’éprendre de femmes inaccessibles... Sur le plan intellectuel il a eu beaucoup d’amitiés féminines avec des poétesses, des artistes, la libraire Adrienne Monnier et sa sœur Marie, l’avocate Raymonde Linossier… Il est plein d’admiration pour les comédiennes, les aviatrices, les femmes hors du commun. Dans le chapitre Music-Hall de L’Esprit de Paris, une saynète dialoguée entre Fargue et une élégante, sur un ton badin qui évoque presque Sacha Guitry, laisse deviner la complicité qui pouvait s’instaurer par la conversation entre lui et ses amies. A partir de 1939, il a vécu ses dernières années avec une peintre, Chériane, qui avait une personnalité indépendante.

Pour terminer aujourd’hui au sujet de LPF, j’ai cru comprendre en t’écoutant que vous comptez avec ton éditeur donner une suite à ce premier volume ?


Oui, deux autres volumes sont prévus pour former les Œuvres complètes de Fargue. Le 2e volume, qui occupe une position centrale, sera consacré à l’œuvre poétique, qui comporte principalement des poèmes en prose et des récits poétiques. Comme je te le disais, Fargue a d’abord été poète, avant de se mettre au journalisme. Depuis le provocant Tancrède, qu’il publie à l’âge de vingt ans dans une petite revue à Haute Solitude (1941), chef d’œuvre de la maturité, en passant par les proses des années 20 publiées dans la revue Commerce qu’il co-dirigeait avec Larbaud et Valéry, ou encore les gracieux Ludions (mis en musique par Erik Satie), il a donné une œuvre inclassable, qui fait le pont entre le symbolisme et le surréalisme, en faisant preuve d’une formidable invention verbale.

Barbara, laissons LPF seul au comptoir pour en savoir un peu plus sur toi, si tu le permets. Tu cumules bien des activités. Pataphysicienne, spécialiste de Fargue, auteure sur l’Ubu d’Alfred Jarry. Qu’as-tu encore publié d’autre ?

Mis à part quelques articles pour le Collège de Pataphysique, j’ai surtout publié, avec mon complice Pierre Loubier, la petite revue Ludions de la Société des lecteurs de Léon-Paul Fargue que nous avons fondée il y a 25 ans. Le numéro 20, paraîtra en octobre prochain et sera présent au Salon de la Revue. Cela semble sans rapport, mais je m’occupe aussi de l’œuvre de F’murrr, un ami disparu en 2018, formidable dessinateur du Génie des Alpages mais aussi du Char de l’État dérape sur le sentier de la guerre et d’autres albums que je souhaite faire rééditer dans les années qui viennent. J’ai créé l’an dernier, avec une autre amie de l’artiste, un Fonds de dotation « F’murrr au Futur » pour le faire mieux connaître des jeunes générations. Il était un grand lecteur de Fargue et nous avait fait le plaisir d’illustrer tous les numéros de Ludions depuis sa création, croquant la silhouette de Léon-Paul à merveille ; il nous manque beaucoup.

Ah ! Le Génie des Alpages ! En discutant, nous venons aussi de nous rendre compte que nous allions aux mêmes concerts du groupe Les Champêtres de Joie au cabaret Le Zèbre de Belleville, comme Paris est petit et Athènes aussi finalement ! A ce sujet, pourquoi choisissez-vous avec Tomasz, Exarcheia comme point d’attache ? Serais-tu un peu, comme LPF le fut de Paris, « une amoureuse des lieux » ?

Je viens en Grèce régulièrement depuis longtemps, un peu grâce à ma mère qui m’a emmenée très jeune dans les Cyclades et à Athènes. Je me suis toujours intéressée à l’histoire de la Grèce, au philhellénisme, à la littérature grecque. À Athènes, je trouvais l’antidote à Paris qui par moment finissait par m’être trop familier. Tomasz et moi nous sommes beaucoup amusés à arpenter les quartiers très variés d’Athènes, où l’on ne connaissait personne mais où le contact était facile pour peu qu’on aime la musique, les livres [note] et les bistrots… Nous avons découvert Exarcheia il y a des années, l’histoire de ce quartier autogéré, fief libertaire où planait toujours le souvenir du 17 novembre , nous plaisait de façon un peu romantique sans doute… De fait, nous nous sommes tout de suite sentis chez nous dans ces ruelles pleines de terrasses, de librairies, d’imprimeries... Exarcheia est devenue notre base. Sur le toit de Nosotros, au K-Vox, nous avons fait de belles rencontres. Nous y avons ressenti, les affres du mémorandum de 2015 et l’espoir du « OXI » (NON). Depuis, la gentrification accomplit son œuvre destructrice. Mais nous restons attachés à ce quartier qui n’a pas (encore) tout à fait perdu son âme. Souhaitons qu’il résiste…

Avant de vous laisser tous les deux, prendre votre bus pour le Péloponnèse : une dernière question. Jamais tu ne te reposes ? Que fais-tu en vacances ? Tu continues à répondre à des interviews, tu prends des notes ? Des photos, ou jouis-tu tout simplement des bons moments avec ton compagnon Tomasz ?!

L’interview en vacances, c’est une première ! Autrefois je prenais beaucoup de notes, des journaux de voyage, mais je le fais moins, par paresse sans doute. Je prends quelques photos. J’aime prendre le temps de regarder, écouter, rencontrer les gens. Je cherche surtout à profiter de l’instant présent, la mémoire fera le tri…

Merci Barbara et Tomasz pour ce moment privilégié passé ensemble, merci à toi, Barbara d’avoir éclairé les lecteurs du Monde libertaire sur la vie et l’œuvre de Léon Paul Fargue. Ya sas et Kalo taxidi ! (Salut et bon voyage à vous deux) …

Patrick Schindler, individuel FA Athènes
PAR : Patrick Schindler
Individuel FA. Athènes
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