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par Patrick Schindler le 15 août 2021

Mi-août, voilà le rat noir !

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Mois d’août : grand raout. Qui démarre par un bon polar de Petros Makaris, maître grec du genre. Petit crochet par la Turquie, en compagnie Cengiz Aktar ; petit saut dans la Suisse des années 1920 avec Simon Tanner, l’étonnant héros de Robert Walser ; Pour sa part, Horst Krüger nous ramène dans sa banlieue est-berlinoise, 30 ans après la chute d’Hitler, où il va essayer de comprendre quels étaient ces « bons Allemands » d’alors ; Véronique Wimmmann Huilleau, quant à elle, nous emporte dans un récit cru où « elle ne sait même plus la tête qu’il avait » ; un petit polar féministe pour respirer un peu : La noyade de Polichinelle de Sarah Dunant ; avant que Naomi Ragen nous explique le pourquoi du Silence de Tamar…

Petros Makaris : le Che s’est suicidé




Petros Markaris est né à Istanbul d’un père arménien et d’une mère grecque. Il fait ses études secondaires à l’école autrichienne, parle couramment quatre langues et se revendique cosmopolite. Scénariste, traducteur de Goethe et Frank Wederkind, il est également considéré comme un spécialiste de Bertolt Brecht. Il commence à écrire des polars à l’âge de 57 ans. Ils mettent en scène l’Athènes et la Grèce contemporaine, avec sa série du commissaire Kostas Chatiros, flic désabusé, râleur et hargneux, en poste depuis l’époque des colonels…




Plus on le lit, plus on s’attache aux polars de Markaris. Inimitables. Le Che s’est suicidé commence sur un banc public. Le commissaire Kostas Charitos essaie de le partager avec une chatte récalcitrante. Peu habitué à l’inaction, il doit bien trouver des dérivatifs durant les trois mois de convalescence qu’il doit à une grave blessure subie lors d’une de ses précédentes enquêtes. Homme d’action, ce repos forcé n’a rien pour lui de réjouissant. Soumis aux désidératas de sa femme, « véritable tyran domestique », qui l’étouffe avec ses attentions. Dans une Athènes en pleine effervescence cette année-là tandis que la ville se prépare à accueillir les Jeux olympiques de 2004 qui va révolutionner la structure de la ville en prise aux gros contrats d’aménagement. A ce propos, rentré chez lui, le commissaire Charitos assiste en direct à la télé au suicide de Phaviéros, l’un des gros entrepreneurs immobiliers, pendant le journal. Pourtant, pour cet ancien résistant à la junte des colonels, engagé à gauche mais ami du pouvoir en place, tout allait pour le mieux. Stupeur. Les journalistes supputent. A-t-il cédé au chantage de nationalistes fou-furieux lui reprochant d’avoir embauché des migrants sur ses chantiers ? Était-il la proie de la mafia ? Était-il dépressif ? Suicidaire ? Homosexuel refoulé ? La police patauge. Le supérieur de Charitos, paumé, l’appelle à la rescousse, pour qu’il mène l’enquête, mais officieusement puisqu’il est en arrêt maladie… Nous allons donc le suivre dans le milieu grec dévoyé des affaires. Voilà pour l’intrigue. Mais comme dans chaque polar de Markaris, c’est la personnalité du commissaire qui en fait le charme. Ses humeurs, variables comme le temps, son esprit un peu machiste, un peu xénophobe (sans être raciste, comme tout « bon » grec qui se respecte !). Charitos et ses petites manies qui cherche la clé des énigmes dans les définitions de son dictionnaire Dimitrakos… Charitos, toujours en train de râler après quelque-chose. Sur les transports, sur les embouteillages ou sur le temps : « A Athènes, le temps se défoule comme ses habitants ; une brève explosion, qui met tout sens dessus dessous, puis le retour à la normale, comme s’il ne s’était rien passé ». Charitos qui grogne après « l’état voleur » : « Tout Grec se respectant, qui ne soit pas intimement convaincu que le Trésor public le plume, comme une volaille et n’éprouve pas le besoin de lui rendre la monnaie de sa pièce est soit un fou furieux, soit un Bulgare » ! Charitos qui dit des politiques : « Agir comme tout homme politique grec qui se respecte c’est faire l’autruche ». Charitos qui regrette le bon vieux temps de l’Athènes d’avant : « Jadis en Grèce, on servait l’ouzo avec des amuse-gueules : des canapés à la tomate fraîche avec une olive, une petite tranche de saucisse, un ou deux anchois. La quantité de hors-d’œuvre augmentait avec le nombre de verres. Au dixième ouzo, on vous apportait carrément une assiette. Aujourd’hui, qu’on boive de l’ouzo, du whisky ou du cognac, c’est du pareil au même. On vous jette un petit bol de cacahuètes et de noisettes pour toute pâture. » Enfin Charitas ! Mais grâce à son flair légendaire et à son caractère bien trempé qui ne lâche jamais rien, il finira bien sûr par trouver pourquoi plusieurs hommes d’affaires bien en vue se suicident en série à la télé… Un vrai polar d’été !

Cengiz Aktar et le malaise turc




D’origine turque, Cengiz Aktar a suivi ses études secondaires au Lycée de Galatasaray avant de les achever à La Sorbonne et devenir docteur en économie à la Faculté de Bahcesehir. Il a publié en Turquie de nombreux livres et articles sur l’UE, avant de travailler pour l’ONU sur les politiques de migration et d’asile. L’assassinat de son ami Hrant Dink, journaliste turc d’origine arménienne, l’ont conduit à mener une pétition pour la reconnaissance par le peuple turc du génocide arménien. Il a également, entre autres, critiqué publiquement la fermeture de l’Association homosexuelle stambouliote Lambdaistanbul.




Dans Le malaise turc, (un petit essai publié par les éditions Empreintes (9,80€), Cengiz Aktar nous amène à pénétrer dans la fascination mutuelle qui depuis un millénaire existe entre la Turquie et l’Europe, au-delà de son expression guerrière, de contre-conquêtes et reconquêtes. Relation intime avec une occidentalisation volontaire moderne, qui se perpétue encore aujourd’hui, malgré l’échec de l’intégration à l’Union européenne et la prise du pouvoir par le tyran Erdogan. Le livre de Cengiz Aktar démarre par l’histoire de la Turquie (actuelle) à partir de l’an 1453, dans une Constantinople assiégée, en pleine décadence. Comptant alors à peine quarante mille âmes, tandis que des mercenaires musulmans, entre autres, la défendent contre les Ottomans. Constantinople, la ville « qui ne s’est jamais remise de l’invasion et du saccage des Latins de 1204. » Il nous explique ensuite comment dès le XIVème siècle, des dizaines de petites souverainetés auparavant émancipées en Anatolie, dans le Caucase, les Balkans, en Mésopotamie, au Maghreb, profitant de l’affaiblissement du pouvoir central byzantin, acceptèrent de gré ou de force le pouvoir ottoman de façon à assurer la pax ottomanica. Puis, l’avènement de la domination de l’Empire ottoman et son hégémonie sur toute la partie est du bassin méditerranéen, du nord au sud jusqu’aux portes de l’Orient. Ainsi jusqu’à son déclin, à la signature du Traité de Lausanne en 1923, pour devenir la Turquie actuelle. Voyage passionnant.

La seconde partie de l’ouvrage interroge sur le pourquoi d’un pays, qui autrefois si ouvert, multiculturel a pu ne pas reconnaitre le génocide des Arméniens, admettre la politique d’exclusion contre les kurdes ou l’invasion du nord de Chypre. Ce dont il souffre encore aujourd’hui. Peuple qui, après l’espoir d’une intégration européenne, s’est retrouvé sous le joug d’un despote belliqueux, liberticide, se réclamant d’un « turquisme pur », et entré dans une guerre permanente non seulement avec tous les états voisins, mais aussi contre tous les turcs « dissidents, ennemis de l’intérieur » qui moisissent dans ses prisons surpeuplées. Un ouvrage essentiel pour mieux aborder le mal-être de ces Turcs contemporains, confrontés à une nouvelle crise « que les occidentaux tentent de gérer, entre incompréhension et impuissance ». Concis et bien documenté, il nous donne les outils d’analyse pour comprendre « l’écartèlement d’une société prise entre Etat, nation, religion, mythe impérial et Occident ». En fin d’ouvrage, Cengiz Aktar nous propose deux interviews, l’une de l’historien spécialiste du monde turc, Etienne Copeaux et l’autre de Nilüfer Göle, sociologue qui nous décrivent le quotidien des Trucs d’aujourd’hui. Mais qui, pas plus que nous, ne peuvent prédire aujourd’hui, l’évolution de cette Turquie qui célébrera le centenaire de la fondation de sa République en 2023 …

Robert Walser et les enfants Tanner




Curieux destin que celui de Robert Walser. Né à Bienne en Suisse (dans le canton de Berne) en 1878, il est l’avant dernier d’une famille de huit enfants. Tandis que les affaires de son père, relieur, périclitent, il se trouve dans l’obligation d’abandonner l’école pour devenir commis de banque. Il ne tarde pas à s’enfuir, s’essaie en tant qu’acteur à Zurich puis pratique plusieurs métiers (qui lui inspireront ses grands textes) afin de gagner sa vie. Mais sa passion, c’est la poésie. Il fréquente les milieux avant-gardistes munichois avant d’écrire son premier roman et s’installe ensuite chez son frère à Berlin, peintre et décorateur de théâtre. Il rédige trois romans dont Les Enfants Tanner, largement autobiographique, et réussit à placer ses textes et poèmes dans des revues littéraires. Ils sont remarqués par Robert Musil, Walter Benjamin ou encore, Franz Kafka. Pour des raisons mystérieuses, il quitte tout et retourne en Suisse, où il continue cependant à écrire jusqu’en 1933. Transféré contre son gré dans une clinique psychiatrique, il y séjourne jusqu’au jour de Noël de 1956 et meurt tandis qu’il faisait une promenade dans la neige…




Simon, un jeune homme, avant dernier de la fratrie Tanner, refuse de passer toute sa vie à « croupir derrière un bureau ». Il ne doute de rien et essaie tous les métiers pour « satisfaire sa soif de se rendre utile ». Tour à tour, infirmier, libraire, etc. Trente-six métiers, trente-six misères ! Ce qui déplait fortement à son grand frère, le Dr Klaus qui, bienveillant, lui envoie une lettre dans laquelle il tente de le raisonner, lui reproche son manque de maturité, son instabilité et de « trop raser les murs et passer à travers les trous ». Simon n’en a cure, « homme qui marche », il continue sa quête. S’essayant un temps au métier d’avocat, d’apprenti banquier, à peine avons-nous le temps de souffler entre deux pages, entre deux personnages singuliers de rencontre. Ainsi, Kaspar, le petit frère préféré de Simon, peintre, lui aussi vagabond ; Madame Klara Aggapaia, femme d’un riche homme d’affaires toujours parti en voyage, etc. N’entrons pas plus dans le détail, car nous voilà déjà repartis en compagnie de Simon qui affirme : « En hiver je suis beaucoup plus intelligent et entreprenant qu’en été. » Toujours en mouvement, jamais satisfait : « J’ai toujours gaspillé ma vie parce que je l’ai toujours voulu ainsi, parce qu’elle m’est toujours parue sans valeur. » Simon qui marche, marche et ne s’arrête que quand il est fatigué. Nous faisons encore connaissance avec sa sœur Hedwig, institutrice solitaire, ce qui constitue un très beau passage du roman. Mais Simon n’y reste qu’une saison avant de devenir homme de ménage et ceci, toujours avec la même curiosité : « J’aime tout apprendre et c’est pourquoi je ne suis pas aussi craintif que ceux qui ne songent qu’à régler leur avenir. » Et repartir toujours vers d’autres horizons, d’autres métiers pour finir copiste. Mais, le plus important : arrivé au bout de sa quête, Simon rencontrera-t-il enfin quelqu’un qui l’écoute ? Un roman philosophique, décliné sur un ton simple et pourtant magistral.

Horst Krüger : Un bon Allemand




Horst Krüger a passé son enfance et sa jeunesse à Berlin, dans le quartier populaire d’Eichkamp. Il poursuit ses études de philosophie et de littérature à Berlin et Fribourg-en-Brisgau. En 1939, il est arrêté par la Gestapo pour « préparatif de haute trahison ». Dans son autobiographie, Un bon Allemand, écrit en 1964, il s’interroge après avoir assisté aux procès d’Auschwitz en 1963 en tant qu’observateur, sur la dérive nazie de tant de « bons Allemands ». Si ce livre le rend célèbre, il n’en écrit pas moins des récits de voyage socio-ethnographiques d’une grande qualité littéraire.




S’il est des livres incontournables, Un bon Allemand en est. Pour qui souhaite répondre à cette simple question : « Pourquoi autant de « bons Allemands » se sont laissé séduire par les discours haineux d’Hitler et de ses nazis » ? Pour tenter d’y répondre, Horst Krüger, trente ans après la prise du pouvoir par Hitler retourne sur les traces de sa propre enfance, dans son quartier d’Eichkamp une banlieue située à 20 minutes de S-Bahn, de Berlin. Univers préservé, petit bourgeois où l’on évitait à l’époque de ses parents, la « racaille rouge » et où l’on ne votait que pour Hindenburg. Mais ce que veut découvrir Horst Krüger, c’est pourquoi, à partir du fameux été 1933, « Ces Allemands inoffensifs qui n’ont jamais été nazis mais sans qui les nazis ne seraient jamais venus à leurs fins » en sont arrivés là. Ce sont ses souvenirs d’adolescent, ravivés par son retour sur les lieux qui vont le lui révéler. Tandis qu’il « vivait comme un automate » dans ce milieu fermé où l’on apprenait très tôt « qu’un bon Allemand est toujours apolitique ». Durant ces années sombres au sein d’une « famille ordinaire à la vie très ordinaire ». Tout ceci relaté avec un recul et une extrême lucidité d’analyse qui, à plusieurs reprises, fait froid dans le dos. Témoignage crucial, incontournable et magistralement écrit.

Je ne sais même plus quelle tête il a !




A présent, un petit recueil magique, Je ne sais même plus quelle tête il a, de Véronique Willlmann Huilleau. Petit texte offert au lecteur comme un bouquet de souvenirs « dont les fleurs tantôt noires ou grises et parfois avec un peu de bleu », s’entrechoquent ou s’entremêlent au fil des pages et des images. Images souvent violentes qui refoulent « un passé qui ne veut pas passer », comme le disait mieux que moi, ce brave Léo Ferré. Nous, lecteurs, invités à nous « démerder » tous seuls dans ce fouillis, ce défilé de visions souvent déchirantes, parfois idylliques. Quelques flashs :

« Sa mémoire ressemble à un capharnaüm »

« Un énorme camion de chantier dissimule le corps, écrasé sous les roues en caoutchouc jaune. Elle reconnait dans ce pantin disloqué la figure de son passé »

« C’est déjà l’été. L’homme au bouc m’attend. Nous sommes assis, ma main est posée sur sa cuisse. Celle-ci transpire et les poils sont collés. Je ne veux pas qu’il comprenne que je suis vaguement dégoûtée, mais la sensation l’emporte »
« Baudelaire écrit que le beau est bizarre
»

« Un jour, l’élastique a craqué »

« Une femme lit un texte, des mots à moi, elle dit mon corps qui a écrit, ma chair, mes os, elle lit mon corps qui est vivant »

A nous à présent d’essayer de recoller les morceaux de ce tragique, mais néanmoins magnifique texte-puzzle, séquelle d’une histoire simple, hélas trop banale, trop brutale pour ne pas laisser de traces sur une jeune fille ...

La noyade de Polichinelle




Sur le conseil de Caroline Granier, féministe libertaire, auteure de A armes égales, nous avons découvert La noyade de Polichinelle, de Sarah Dunant (éd. Calmann Levy, trad. Augustine Mahé, 20€). L’héroïne du polar, Hannah Wolfe, toujours fauchée et devenue détective privée par les hasards de la vie, à court de ressources, accepte de mener l’enquête que lui propose l’agence de l’ex-flic, Constant Réconfort. Il s’agit de retrouver une danseuse, Carolyn Hamilton, âgée de 23 ans. Or, il s’avère rapidement qu’enceinte de huit mois, disparue depuis sept mois et demi, elle est soudain réapparue … mais, à l’état de cadavre, noyée dans la Tamise. Hannah ne croit pas à un suicide. Elle veut découvrir la vérité et les dessous de l’affaire. Parallèlement à l’intrigue policière riche de rebondissements, brille la personnalité très attachante d’Hannah Wolfe. Vielle routarde, « on ne lui fait pas » à cette jeune femme qui affirme qu’un « ex-hippie ne meure jamais, mais en général disparait dans une bouffée de fumée. » Elle n’aime pas les flics : « Quand deux policiers, qui mènent l’enquête, l’un est les yeux, l’autre les oreilles. Il ne reste plus personne pour le cerveau » … Célibataire endurcie, elle picole, fume des joints et a du mal à comprendre sa grande sœur « casée » : « C’est extraordinaire la maternité. Les mères de famille sont comme les droguées, une fois qu’elles sont accros, elles veulent absolument faire partager leur came à toutes les autres femmes. » Ou encore ceci : « Parfois, je me dis que la maternité est comme une conversion soudaine à une religion, la foi mène là où la raison ne peut plus suivre. Mais personne n’ignore que même les athées sont troublés par cette question de la foi. » On suit donc cette anglaise peu banale dans les meilleurs et pires moments de son enquête, jusqu’à Senlis qu’elle découvre et où elle va peut-être découvrir le pourquoi du comment… Quel plaisir d’accompagner une « privée » féministe. Ça change des sempiternels enquêteurs gros machos !

Naomi Ragen et le Silence de Tamar




Naomi Ragen est née à New-York où elle reçoit une éducation juive orthodoxe. Après sa scolarité au Brooklyn Collège, elle s’installe en Israël où elle obtient une maîtrise en littérature. Ses trois principaux romans décrivent la vie des femmes Haredim (juives orthodoxes) en Israël et aux Etats-Unis. Ils abordent les thèmes, jamais encore évoqués, de cette micro-société dans laquelle règnent à côté des « bons sentiments », la violence conjugale, l’adultère et le viol.




Le silence de Tamar (Yodéa éditions, 22€) met en scène une jeune femme de la communauté juive orthodoxe de Brooklyn qui vit avec son jeune époux Josh, rabbin de son état. Or, être la femme d’un rabbin comporte un nombre impressionnant d’interdits de toutes sortes (port de la perruque, rapports sexuels codifiés, codes vestimentaires strictes, interdictions multiples et notamment à l’accès à la connaissance). Sans parler du contrôle permanent des bigotes du quartier orthodoxe de New-York, où les murs ont des oreilles. Difficile à vivre pour une jeune femme un peu naïve, attachée à son mari et aux traditions familiales, plutôt par habitude que par conviction profonde. Mais la vie de Tamar va, un jour « pas fait comme les autres », basculer dans l’horreur, après un viol. Comment vivre avec cette « impureté » qui colle à sa peau au sein d’une communauté où quoi qu’elle fasse, quoi qu’il lui arrive, une femme est forcément coupable. D’autant que le violeur est un Noir. Tamar va choisir le silence. Mais, n’en dévoilons pas trop. C’est en tous cas la base de ce roman, qui nous permet de pénétrer dans un monde différent, fermé, codé, étouffant. Mais le véritable talent de Naomi Ragen est, parallèlement à l’intrigue, de nous faire vivre à travers ses trois héroïnes, dans l’intimité des femmes de la communauté juive orthodoxe dans le Brooklyn des années 50 à 70. Nous les découvrons leur enfance puis leur adolescence dans toutes leurs différences, et enfin leurs années de maturité. Tamar, l’héroïne, introvertie, fille de parents anciens déportés ; Jenny la mouvante, orpheline de père et Hadassa, l’extravertie, riche fille du grand rebbe de Kovnitz. Nous survolons leur évolution, de leur découverte, encore gamines, du journal d’Anne Franck à leurs aventures dans cette Amérique-là, marquée par l’assassinat de Kenedy, de Martin Luther King, jusqu’à la révolution sexuelle. Partagées entre leur « rassurant ghetto » de Brooklyn et le rêve américain. Plus loin, réunies à l’occasion des déboires de Tamar, essayant de trouver la meilleure solution pour elle. Prétexte à un déballage passionnant de ce que chacune gardait bien caché au plus profond d’elle-même, n’avait encore jamais osé se dire, « ne faisant que le penser très fort » … Parlant toutes avec la même sincérité de leurs expériences de la vie, de leurs choix divergents, parfois surprenants, même inattendus. Essayant de survivre à la dépendance totale aux « valeurs » incarnées par ces hommes pour lesquels « une femme n’est plus une femme à partir du moment où elle n’est plus kasher » ! Pour en revenir à Tamar, quelles vont être les conséquences de son choix sur sa vie future ? Arrivera-t-elle finalement à s’affranchir de l’immémorial carcan patriarcal ? En fin de volume, nous est offert, en prime, un glossaire traduisant les nombreux termes d’hébreu et de yiddish utilisés tout au long de cette histoire aussi émouvante qu’édifiante.

Patrick Schindler, individuel FA Athènes






PAR : Patrick Schindler
Individuel FA, Athènes.
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le 30 août 2021 10:34:00 par Eyaflalojokül

Merci pour cette revue de livres. C’est sympa ! grâce à ta revue j’ai retenu deux livres ’’ Le Malaise Turc’’ et ’’ Un bon Allemand’’. Deux livres que je n’aurais jamais connus sans toi. Ta revue de livres est très utile. Tout mes encouragements à ce que tu continu.