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Actus anarchistes
par Patrick Schindler le 16 juin 2020

Maurice Rajsfus, une discrétion de pâquerette dans une peau de militant acharné

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Notre camarade Maurice Rajsfus, né en avril 1928 à Aubervilliers vient d’éteindre sa flamme le 13 juin dernier.




Ses parents juifs-polonais étaient arrivés en France en 1920. En juillet 1942, alors qu’il était âgé de quatorze ans, un policier ancien voisin de palier de leur appartement de Vincennes, vint l’arrêter avec ses parents et sa sœur aînée Eugénie (16 ans), lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver. Maurice a raconté cet épisode tragique de sa vie dans La rafle du Vel d’Hiv (éd. Cherche-midi). Tandis que ses parents n’en revinrent pas et furent déportés, lui et sa sœur réussirent à échapper au pire grâce à un ordre aléatoire excluant les enfants de 14 à 16 de la déportation.
Épisode traumatisant s’il en est, Maurice qui ne l’a jamais oublié a passé sa vie à dénoncer et combattre le fascisme et les violences policières.
Je l’ai connu à Ras-le-Front où j’ai découvert sa petite revue Que fait la police ? L’Observatoire des libertés publiques. Un petit quatre pages ronéoté que Maurice et son infatigable camarade de lutte fabriquaient et distribuaient à deux grâce à leur réseau antifasciste et à un agenda de militants (le tarif était d’autant de timbres que les moyens des abonnés pouvaient leur envoyer à la rédaction) qui augmenta au fil des années. Ce petit fascicule mensuel rassemblait toutes les dérives autoritaires faites par les "cognes" et qui fut bien utile à nous toutes et tous pendant de nombreuses années et notamment pour écrire les brèves de combat du Monde libertaire. Les camarades du CRML de cette époque ne peuvent pas l’avoir oublié.
Maurice était très proche des milieux anarchistes, notamment à son âge mûr. Il a écrit une quarantaine de livres (dont plusieurs édités aux Éditions du Monde libertaire) sur le génocide des juifs en France et les violences policières sous Vichy et les violences contemporaines. J’en ai corrigé quelques-uns et me souviens des manuscrits tapés à la machine qu’il déposait à la librairie Publico à cet effet. Il n’était pas question pour Maurice de se mettre à la "bête internet".
Il était également un grand habitué des studios de Radio libertaire et des débats à Publico. Il venait toujours fidèle, ainsi que sa discrète compagne aux Salons du livre libertaire de Merlieux organisés par le groupe Kropotkine de la FA. Infatigable jusqu’à la fin, il ne refusait jamais une invitation militante pour condamner les atteintes aux libertés de l’individu.
Mon meilleur souvenir restera le jour où nous avons mangé ensemble un boudin purée dans un petit bistrot près de la gare de l’Est. Maurice m’a tellement ému lors de ce déjeuner. Il passait de ses terribles souvenirs à l’évocation du projet que nous avions de rassembler autour de lui dans un écrit, le philosophe René Schérer et le poète Daniel Giraud afin de réaliser un petit fascicule sur la criminalisation de l’immigration. Entre ces deux sujets, Maurice n’eut de cesse de m’offrir un bouquet de blague juives.
Je me souviendrais longtemps de son petit rire, de son visage si doux, de sa petite moustache batailleuse et de ses yeux rieurs et si chaleureux et sa sempiternelle écharpe rouge.
Le débat qui suivit la publication du petit bouquin à Publico est aussi un de mes meilleurs souvenirs parmi tant d’autres. Maurice devisant avec mon ancien prof de philo René (98 ans aux prunes), l’un sur une onde, l’onde sur une autre et n’ayant de cesse de se céder mutuellement la parole avec une politesse d’un autre temps...
Il était très difficile de joindre Maurice dans les dernières années. Il s’était réfugié avec ses souvenirs et ses proches dans son petit home de banlieue. Mais jusqu’à ce qu’il en eut la force, Maurice continua à rester fidèle à tous ses amis qui regretterons longtemps sa gentillesse, sa générosité, son humilité et son infatigable combat contre toutes les injustices.

Patrick Schindler (groupe Botul FA)
PAR : Patrick Schindler
groupe "Botul"
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1

le 23 juin 2020 15:52:08 par Luisa

Oui, on sait bien qu’il faut mourir, mais il n’y avait vraiment pas urgence pour Maurice !
On te continuera avec fidélité et sincérité, l’humour yiddish en bandoulière !
Un Grand MERCI à Toi ???