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par Pierre Sommermeyer le 11 juillet 2022

L’indépendance algérienne...en mémoire, 60 ans après

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Comme beaucoup de Français je réalise en 1956 qu’il y a un problème en Algérie. J’ai 14 ans. J’avais suivi à la radio, jour après jour la chute de Dien Bien Phu. C’était la fin de la guerre d’Indochine, donc la fin de la guerre tout court. Guy Mollet, c’était la gauche qui arrivait au pouvoir, qui allait régler cela comme Mendès-France avait terminé celle d’Indochine. Raté.
1958, le putsch, je suis dans la rue avec les jeunes de ma cité de la banlieue parisienne. Une déclaration rédigée en commun par ces jeunes et bidouillée le lendemain par le PCF. La question de la justification de l’insurrection ne se pose pas. Nous sommes encore, pour ceux qui sont à gauche, dans l’atmosphère de la résistance. Il faudra que j’attende l’année suivante, 1959-1960 pour que je m’interroge sur la question de la violence armée.
Je participe au Quartier latin aux manifestations organisées par l’UNEF, moi qui ne suis qu’un petit ouvrier horticole. Là où je travaille, il y a un ouvrier algérien plus vieux que moi. Nous faisons front ensemble contre les autres, car ni lui ni moi ne buvons d’alcool. Je suis témoin à travers les récits de collègues revenus d’Algérie de leur racisme anti-arabe et de leur haine radicale vis-à-vis des pieds noirs. De fil en aiguille, nous nous lions d’amitié. Je me souviens encore de son prénom et de son nom Lakhdar Yacoubi. Un samedi il m’emmène à Nanterre, dans le bidonville. Je ne comprends pas ce que je fais là.
Les manifs du Quartier latin me semblent de plus en plus nulles, on court dans un sens, on court dans l’autre avec les flics derrière. Du fait d’une certaine histoire familiale, je rejoins des groupes non-violents qui tiennent des vigiles statiques de protestation. Pour moi la question des armes est résolue. Je n’aurais jamais la tentation de passer de l’autre côté. Ce qui est arrivé après l’indépendance n’était pas un accident mais la suite logique de l’insurrection armée.

1961, ne voulant pas aller en prison je pars en Allemagne puis au Maroc. Je rentre 2 ans après, prison puis service civil national. Avant de partir j’avais lu tout ce qui se publiait sur la guerre, les feuilles plus ou moins clandestines comme, Témoignages et Documents ou Vérité-Liberté, France Observateur, et La question d’Alleg.
Au fond à cette époque je ne connais comme personnalité que Ben Bella et Ferhat Abbas. Je n’entendrais parler de Messali Hadj que bien plus tard. Plus tard, ce qui me confirme dans la complexité de la situation, je vois La Bataille d’Alger qui montre bien que celui qui utilise la violence armée n’en est pas maître. Elle a une logique propre. En restant dans la complexité, j’ai dû intervenir plusieurs fois, dans le milieu libertaire à propos de cette phrase de Camus où il préfère sa mère.

Aujourd’hui, je ne peux que déplorer que la guerre d’Algérie continue, sous une forme larvée mais prégnante. Le Printemps arabe a touché avec bien du retard l’Algérie à travers le Hirak, mais grâce au covid la classe armée gouvernante a sauvé sa peau.




Algériens réunis à Paris pour protester contre le maintien au pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika. 17/03/2019

Les rancœurs, les haines recuites, l’incapacité politique des dirigeants des deux côtés empêchent de formaliser ce qui existe de fait, la communauté maghrébo-française.

Pierre Sommermeyer
PAR : Pierre Sommermeyer
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