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par Philippe Pelletier le 9 janvier 2026

Neige, neigera-pas, le pathétique de l’éco-anxiété

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Bordeaux, Allées de Tourny sous la neige vers 1910

Il était une fois un pays — parmi les plus riches et les mieux équipés du monde disait-on — où un conglomérat politico-scientiste relayé par des médias aussi puissants que notoirement peu compétents sur des questions complexes avait trouvé la parade pour calmer la colère du peuple frustré par la panade économique, la corruption à tous les étages et la promesse non tenue d’un système technicien qui devait résoudre tous les problèmes. Sans parler du fameux « ruissellement » où la richesse entassée par une poignée de nababs devait ruisseler jusqu’aux braves mains de celles et ceux qui l’avaient permises grâce à leur sueur.

Toujours la faute au climat


Cette parade, qui relève d’une bonne et vieille stratégie politique élaborée depuis Machiavel, au moins, à savoir faire régner la peur pour mieux tétaniser le peuple, a pris le nom de « climatérisme », c’est-à-dire le fait de mettre n’importe quel dysfonctionnement sur le dos du « climat ». En réalité, autre tour de passe-passe sémantique et politique, il s’agit du « temps qu’il fait », lequel « change » par définition. Une zone pavillonnaire ou commerciale inondée ? C’est la faute au « climat », pas au plan d’occupation des sols. Une récolte détruite ? C’est encore la faute au « climat », pas au mode cultural inadapté au milieu originel. Le trait de côte qui recule ? C’est toujours la faute au « climat », pas au manque de sable et d’alluvions retenus depuis plusieurs décennies par une quantité de barrages situés sur les fleuves et cours d’eau en amont. Une chute de neige en hiver ? Vous avez dit en hiver ? Sous les latitudes moyennes, quel scoop, quelle surprise !
Le climatérisme était tellement puissant dans ce pays que la jeunesse, dûment endoctrinée par l’école de l’Etat, assoiffée de formules aussi radicales que toutes faites, et chapitrée par les télé-écologistes semant la peur du koala en voie de disparition ou de l’ours polaire errant sur la banquise (mais, rassurez-vous, peu d’images sur le sarcophage mité de Tchernobyl ou les ruissellements radioactifs de Fukushima), sombrait quelque peu dans l’écoanxiété et qui, en France, le jour où l’armée du nouveau tsar russe envahit l’Ukraine défila dans les rues pour « sauver le climat ».
Qu’on se le dise, fichtre, le « climat » était décidément une question « urgente » ! Le citoyen de base se disait naïvement que tous les moyens allaient être mis en œuvre. Mais une chute de neige au début janvier 2026 révéla quelques failles au sein du dispositif scientiste, médiatique et politique.
En décembre 2025, des rumeurs avaient circulé sur la Toile comme quoi l’hiver s’annonçait rude. La doxa climatériste réagissa aussitôt pour dénoncer une fake news, sans pour autant, elle non plus, avancer des arguments crédibles. Patatras, les chutes de neige de la première semaine de janvier 2026 créa un beau bazar dans près de la moitié septentrionale de l’Hexagone, à la grande rigolade des observateurs canadiens ou finlandais habitués à bien autre chose.
Dans le monde de l’I-A et des algorithmes, un aiguillage qui gèle ou un conducteur absent parce qu’il n’a pas pu gagner son poste de travail à temps à cause des embouteillages provoqués par ladite neige devient un élément incongru qui remet en cause le bal ordonnancement des modèles et de toute cette clique prétendant prévoir l’avenir, là où la blouse blanche a remplacé les grigris du sorcier.

La faute à Météo-France ?


Il fallut donc trouver un bouc-émissaire pour le rendre responsable de tout ce bazar. Dieu étant en congé après la galette des rois, il ne restait que son substitut scientiste : Météo-France dont la doctrine officielle repose sur celle du GIEC : « nous » (pas toi, pas moi : la « planète ») vivons un « réchauffement global », voire « un dérèglement climatique ». Messieurs, expliquez-nous donc comment du froid arrive dans le chaud ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réponse fut filandreuse et les experts plateaux-télés ont cherché dans le marc de café tout ce qui pouvait faire comprendre l’incompréhensible à leurs yeux. Difficile quand on est abonné à un discours de changer de logiciel et de réfléchir librement.
Ah bon, l’hiver existe ? Eh oui, il a existé des épisodes plus ou moins comparables ? Plus ou moins car le temps qu’il fait n’est pas un couper-coller de l’informatique climatologique, il est unique en son genre. Un déplacement en longitude d’une coulée d’air polaire et l’activation en latitude d’un système dépressionnaire a suffi à faire tomber les flocons non plus dans le centre des terres, mais dans une large zone à partir du littoral atlantique.
Il fallut donc se rabattre, à l’instar des petits marquis politiciens, sur du tangible : Météo-France a sous-estimé le phénomène. En fait, selon les différentes alertes dûment avancées par ce service encore public (pour combien de temps ? Déjà, quantité de ses données sont payantes), la marge entre la prévision et la réalité n’est que d’un voire deux centimètres de neige. Pas de quoi remiser sa luge.
Des Cassandre ont alors rappelé que Météo-France avait perdu près d’un tiers de ses effectifs en quinze ans, ce que soulignait déjà L’Anarchie des Météores : « La bataille engagée à partir de 2008 par les salariés de Météo-France contre la suppression de nombreux postes n’a fait l’objet d’aucun reportage sérieux dans les médias » (p. 27).


L’hypocrisie et le cynisme de « l’urgence climatique »


Cette politique entraîne au moins deux conséquences.
Premièrement, la disparition des responsables départementaux chargés de la synthèse locale nous prive de toute analyse fin de la situation météorologique, cruciale pour la gestion des voies de communication ou des cultures (orage, grêle, etc.).
Deuxièmement, la réduction des effectifs s’est accompagné d’un renforcement du système technicien (ordinateurs plus puissants, I-A), lequel correspond à la double logique du capitalisme : économique (produire toujours plus de machine, renouveler le matériel, automatiser, chômage) et scientiste (croire que les modélisations, les algorithmes, l’IA, etc., vont résoudre tous les problèmes).
Malgré les super-calculateurs toujours plus puissants, la pléthore de données a pour effet pervers de compliquer l’analyse car, face aux différents modèles et aux centaines de prévisions ainsi générées, c’est au bout du compte un être humain qui doit choisir la bonne fourchette de résultats, donc une expérience, mais aussi une faillibilité. N’est pas Dieu qui veut dans l’anarchie des météores. Et le super-super-super calculateur n’y changera rien, sauf à ébaudir les fans d’Elon Musk, de Thomas Pesquet ou de Jean Jouzel.
Croyez-vous que les petites et grandes mains de la doxa climatériste allaient au minimum s’interroger sur la fiabilité des modèles ? Sur le principe de ne s’en remettre qu’à eux ? Sur l’idée de ne pas chercher d’autres théories météorologiques susceptibles de comprendre les phénomènes (ici, dans l’Hexagone, une alternance souvent brutale de vagues de froid et de vagues de douceur, voire de canicule) ?
Que nenni ! Elles vont en revanche pleurer sur le manque de chasse-neige, sur l’absence de civisme des « gens-qui-doivent-prendre-leur voiture », sur l’entêtement des masses qui, décidément, refusent d’assimiler le froid au réchauffement, etc., etc. Ah, si, les plus « technos » vont argumenter en faveur d’une généralisation du télé-travail, bien au chaud à la maison tandis que les balayeurs antillais vont déblayer la chaussée. Mais pas de critique, ou si peu, sur la société ainsi « organisée » (obligation au travail, à la mobilité, saturation du trafic…) pour que quelques flocons paralysent tout, ou presque.
L’ « urgence climatique », la belle affaire : au-delà de l’hypocrisie et du cynisme visible dans la reconfiguration de Météo-France (on dit que le « climat » est important, mais on supprime des emplois et des moyens en météorologie — sans parler de la réduction des postes universitaires en géographie climatologique), elle permet bien des choses. Les physiciens du climat travaillant pour le Commissariat à l’Énergie Atomique, donc pour le nucléaire tant civil que militaire, furent absents des plateaux télés pendant l’épisode neigeux : soit ils n’avaient pas digéré les agapes du réveillon, soit ils avaient compris, ainsi que leurs relais médiatiques, qu’il allait être difficile d’expliquer le froid par le chaud.
Mais rassurez-vous : les médias soumis au CÉA et au GIEC ne tarderont pas à mouliner des moyennes pour nous dire que 2026 aura finalement été très « chaud ». La riposte se dessine d’ailleurs déjà : sur une chaîne télévisée d’État, un bandeau signalait opportunément le 7 janvier, pendant que les véhicules s’encalminaient sur les chaussées neigeuses, qu’un obscur institut allemand affirmait que l’année 2025 avait été la plus chaude pour les eaux de la mer Baltique. Mais rien, cependant, sur le Rocher de Celsius qui continue à « monter » sur l’île suédoise de Lövgrund. C’est bon, vous suivez ?

Philippe Pelletier, le 8 janvier 2026.

PAR : Philippe Pelletier
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