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Littérature
par Patrick Schindler le 2 août 2026

Août 2026 : "Est-ce que la canicule va faire fondre le papier glacé ?" se demande le rat noir

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Août commence sur un spécial République tchèque : Franz Kafka, Le Terrier ; Moi qui ai servi le roi d’Angleterre de Bohumil Hrabal et Pas dans le cul aujourd’hui ! de Jana Cerna. Russie : L’original de Laura / C’est plutôt drôle de mourir par Vladimir Nobokov. Et enfin, Canada avec Ordures ! Journal d’un vidangeur de Simon Paré-Poupart.

« Coccinelle : une petite tortue qui tout à coup s’envole »
Jules Renard




Exposition galerie photo de Rouen, photo Patrick Schindler

Franz Kafka : Le Terrier





Franz Kafka, né en 1883 à Prague, est considéré comme l’un des écrivains majeurs du XXe siècle. Il est autant célèbre pour ses romans comme Le Procès que pour ses nouvelles, comme La Métamorphose. Son œuvre se caractérise par une atmosphère cauchemardesque, sinistre, où la bureaucratie et la société impersonnelle ont de plus en plus de prise sur l’individu. Hendrik Marsman décrit cette atmosphère comme une « objectivité extrêmement étrange ». L’œuvre de Kafka où est mis en relief « le problème du langage à nommer justement les choses », est parfois vue comme symbole de l’homme déraciné des temps modernes. D’aucuns pensent cependant qu’elle est uniquement une tentative dans un combat apparent avec les « forces supérieures », de rendre l’initiative à l’individu qui fait ses choix lui-même et en est responsable. Kafka fréquenta un temps les cercles anarchistes praguois et se passionna aussi pour les textes hébraïques anciens.




Le Terrier, avant-dernier texte inachevé de Franz Kafka (éd. 1001 nuits, traduction Dominique Miermont) a, grâce à son grand ami Max Brod, été conservé ainsi que toute son œuvre, malgré la demande expresse de Franz de tout détruire après sa mort. Sa nouvelle Le Terrier commence ainsi « J’ai aménagé mon terrier et le résultat semble réussi. De l’extérieur, on voit seulement un grand trou, mais en réalité il ne mène nulle part. Ce stratagème est simplement le vestige d’un de mes nombreux essais avortés. Je vis en paix au cœur de ma demeure, et pendant ce temps, quelque part l’ennemi creuse lentement et silencieusement tout en se rapprochant de moi ».
Qui donc parle ainsi ? Une bête du genre taupe ? Or, il est évident qu’une taupe ne s’exprimerait pas aussi bien que ce mystérieux narrateur qui va nous tenir en haleine jusqu’à la fin de ce petit récit. S’agirait-il d’un homme paranoïaque cherchant à se réfugier dans une solitude totale ? Ou encore d’un être hybride mi-bête mi-homme ?
Quel que soit l’auteur de ce terrier, nous explique Jacques Miermont dans sa postface, « ce dernier a construit une curieuse forteresse sous terre et en décrit les caractéristiques avec un mélange de grande précision et de non moins grande ambiguïté ». Autrement dit, la marque de fabrique du génie kafkaïen. Plus on avance dans la nouvelle, moins on parvient à identifier la nature de cet étrange conteur qui va entrer dans tous les détails de la construction de son œuvre, ses atouts (dont un labyrinthe) et ses faiblesses. Au détour d’une phrase, il nous confiera ne pas regretter sa vie d’avant à l’extérieur « dépourvue de toute sérénité, une suite ininterrompue de périls » et nous confiera également ses doutes sur l’avenir « Quand je voudrai et que je serai las de cette vie, quelqu’un en quelque sorte, me conviera à le rejoindre et je ne pourrai pas résister à son invite ». Phase plus énigmatique que celle-ci, on meure ! Nombre d’analystes ont essayé de décrypter qui se cachait derrière ce « quelqu’un en quelque sorte ». Le lecteur lui-même ? Ou tout simplement la mort ? Comment le savoir, puisque Kafka nous laisse comme suspendus à ces interrogations, n’ayant jamais achevé cette nouvelle absolument fascinante…

Bohumil Hrabal : Moi qui ai servi le roi d’Angleterre





Bohumil Hrabal est né en 1914 à Brno (Tchéquie). Fils adoptif d’un maître brasseur, il découvre la littérature durant ses années estudiantines à l’université Charles de Prague. Mais il doit les interrompre à partir de 1939, à cause de l’Occupation allemande et de la fermeture des universités. Il exerce alors divers métiers. Son premier recueil de nouvelles, Petites perles au fond de l’eau paru en 1963, le fait devenir un des écrivains les plus populaires de son pays. Après l’invasion soviétique de l’été 1968 mettant fin au Printemps de Prague, Hrabal rencontre de gros ennuis avec la censure pour « grossièreté et pornographie ». Il est interdit de publication de 1970 à 1976, deux de ses livres - Devoirs à la maison et Les bourgeons - sont notamment livrés au pilon. Période où il écrit cependant ses principaux chefs-d’œuvre chargés d’un humour noir frisant le grotesque et d’une ironie non dépourvue de tendresse. Ce qui lui vaut d’être de nouveau interdit entre 1982 et 1985. Il passe les dernières années de sa vie dans un chalet du village de Kersko, entouré de ses nombreux chats et meurt en 1997 en tombant ou en sautant – « spécialité » typiquement thèque dans l’histoire du pays !…




Moi qui ai servi le roi d’Angleterre (éd. Poche, traduction du Tchèque Milena Braud) « ressemble au départ », selon Linda Lê, la préfacière « à une expertise de l’abjection à la confession d’un cerf moderne qui se révèle rapidement être une leçon de sagesse ».
C’est dans les années 1920, que notre narrateur débarque à l’hôtel La ville dorée de Prague. A tout juste 15 ans, il est embauché comme groom tandis que son patron - un homme fervent de discipline - lui confie « maintenant que tu es groom, rappelle-toi bien que : tu n’as rien vu, rien entendu. Mais que tu dois tout voir et tout entendre. Répète ! » La leçon porte vite ses fruits et c’est armés de cette recommandation que nous allons vivre en compagnie de notre antihéros, ses nombreuses mésaventures, servir les clients des plus improbables ou bien faire le mur pour nous rendre au lupanar de cette petite ville des environs de Prague. Vite renvoyé pour diverses raisons, son ambition sans borne le fera être embauché à L’hôtel du Silence, un autre établissement de la région. Son nouveau patron : un gros homme de 160 kg qui « de son fauteuil roulant a les yeux partout à la fois » et épie sans relâche sa batterie de serveurs, loin d’être débordés et qui servent plutôt de décors à ce curieux établissement. N’en disons pas plus sur celui-ci sinon qu’une fois encore pour une quelconque raison, notre héros, toujours aussi filou et opportuniste est renvoyé et se retrouve embauché au prestigieux Hôtel de Paris à Prague où, après des scènes dignes d’un film avec Louis de Funès, il est enfin promu maître d’hôtel. Nous voilà déjà parvenus à la moitié de ce roman truffé d’humour.
Dans la seconde partie, la vie du jeune homme va tout-à-coup basculer après l’annexion des Sudètes par Hitler, mais surtout lorsqu’il va tomber amoureux de Mlle Lisa, une jeune femme germanophone et germanophile haïssant les Tchèques et à large tendance nazie ! Ce n’est pas trop trahir le récit que de dire qu’il suivra sa belle aux confins de la Saxe et des Sudètes où les patriotes tchèques sont pourchassés et qu’il se fera embaucher dans un hôtel aux pratiques clairement eugénistes. Dans une scène hilarante nous verrons notre héros répondant aux sirènes nazies, subir une épreuve le rendant « apte à épouser Lisa, une aryenne pure »… L’option nazie verra-t-elle notre antihéros se transformer aux yeux des autres, en autre chose qu’un petit pequenaud de nabot tchèque ? Rien de moins sûr. Et que se passera-t-il après-guerre ? Le rythme du récit s’accélère alors dans un tourbillon infernal, bourré d’une ironie féroce à prendre au deuxième, voire au troisième degré. A certains moments, on peut avoir l’impression que les événements dépassent le narrateur lui-même « Moi qui pourtant avais vu l’inconcevable devenir réalité », nous dit-il. Une belle leçon dans le genre !
Sous la caricature que nous offre Bohumil Hrabal se cache une réflexion profonde sur le sens de la vie. Son personnage ne nous confit-il pas à un moment « coucher tout ça sur le papier afin que les autres puissent non pas lire mais plutôt, au fil de mon récit, reconstituer à leur tour ces tableaux enfilés comme des perles ou des grains de chapelet sur la chaîne ténue de ma vie ». Une vie ou l’inconcevable devient réalité ?... N’oublions pas d’ajouter que le style très particulier d’Hrabal ne l’empêche pas de nous gratifier de très belles images poétiques comme celle-ci pour seul exemple : « Il fallait gravir une butte légère comme un soupir de la terre ».
Aussi n’est-il pas étonnant que Milan Kundera le considérait comme « un des écrivains tchèques majeurs avec Franz Kafka, tous deux si représentatifs de l’humour pragois ».

Jana Cerna : Pas dans le cul aujourd’hui !





Jana Černá est née à Prague en 1928. Figure des milieux underground tchèques des années 1960, elle est la fille de la journaliste et écrivaine Milena Jesenská. Sa mère, écrivaine féministe, communiste résistante fut la destinataire des plus belles lettres d’amour de Franz Kafka dont elle fut la traductrice. Arrêtée en 1939 et déportée à Ravensbrück elle est assassinée en 1944. Jana est prise en charge par son grand-père à l’âge de 11 ans. Elle consacre un ouvrage à sa mère disparue. Sa relation avec Egon Bondy, philosophe praguois fréquentant les milieux underground, donne lieu à son livre le plus célèbre Pas dans le cul aujourd’hui ! Elle se marie 4 fois et a 5 enfants. Elle décède à l’âge de 52 ans dans un accident de voiture.




Avant de découvrir Pas dans le cul aujourd’hui ! (éd. La contre Allée, traduction du tchèque Barbora Faure), il convient de se remémorer quelque peu le contexte tchèque durant les années de la terreur stalinienne d’après-guerre. Nous comprendrons alors mieux la portée du titre d’un des poèmes de Jana Cerna très provocateur qui commençait ainsi : « Pas dans le cul aujourd’hui / J’ai mal / Et puis j’aimerais d’abord discuter avec toi / Car j’ai de l’estime pour ton intellect »… Propos d’autant plus provocateurs que cette petite bombe éclata au milieu de « ces années de terreur et d’intégrisme, comme une métaphore du féminisme » nous dit Anna Rizello, la préfacière qui poursuit « le féminisme de Jana Cerna, étroitement lié à son refus anarchiste de tout ordre établi semble davantage s’attaquer à l’ordre patriarcal et au machisme qu’au mâle en soi. Dans une démarche de recherche de nouveaux possibles, d’un espace où sexualité et activité intellectuelle ne s’opposeraient pas ».
Argument que nous allons vérifier en lisant sa longue lettre d’amour composant ce récit « qui n’a ni rime ni raison » disait Jana lorsqu’elle l’écrivit juste avant le Printemps de Prague à son amant Egon Bondy, cette grande figure de l’underground pragois. Il serait vain de tenter de résumer la lettre présentée dans cette nouvelle publication, tant elle est saturée de sens et de formules chocs dont nous vous proposons une petite sélection.
Evoquant par exemple les grands concepts marxistes à la gloire du travail, Jana lance ceci, non sans humour et bon sens : « Je ne sais pas comment ce Marx peut considérer le travail comme une activité constructive, peut-être est-ce grâce à l’usine de sa femme ? » ! Jana aime à souligner ses convictions libertaires à son amant « Je refuse de m’imposer des limites. Je sais que je suis irraisonnable parce que tout ce qui est sain et raisonnable me répugne » et de justifier cette affirmation. Pour ce qui concerne sa relation avec Egon, elle lui précise « Tu penses que ton côté sentimental me déplait, comme tu te trompes mon chéri, il me plait beaucoup et j’en ai besoin ». Ce qui n’empêche pas Jana de se lancer dans ce qu’on pourrait appeler un petit condensé érotique des plus crus où « sperme et chatte » sont rois et où le manque et la satiété se font concurrence dans une course folle « à la jouissance par les mots ».
Après un passage reposant, plus romantique et apaisé, Jana évoque ce que représente pour elle, la fusion de la philosophie et de la poésie. Mais, « une poésie inutile qui ne ressemble pas à une jeune fille de bonne famille muée en prolétaire pour avoir une bonne appréciation dans son dossier personnel ». On appréciera l’image ! A la fin de sa lettre à son amant, Jana Cerna l’ayant relue, la revendique « dans son désordre total et catastrophique » et la signe. Impressionnant !

Un passager clandestin : François Béranger dans sa chanson Une ville (1969) revient sur le Printemps de Prague , l’entrée des chrs soviétiques et la répression no limit.


Vladimir Nobokov : L’original de Laura





Vladimir Vladimirovitch Nabokov est né en 1899 à Saint-Pétersbourg. Issu d’une famille cultivée et libérale de l’aristocratie pétersbourgeoise contrainte de fuir la révolution russe, les Nabokov séjournent d’abord en Europe dans l’entre-deux-guerres, puis s’installent durablement aux États-Unis, à partir de 1940. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Vladimir enseigne la littérature européenne dans plusieurs universités, avant de connaître un succès international avec Lolita. Au sommet de sa gloire, l’écrivain termine sa vie dans un palace sur les rives du Léman, sans cesser pour autant d’écrire et de publier. Il est considéré comme l’un des auteurs les plus importants de la littérature du XXe siècle. Encensé de son vivant aussi bien par la critique que par le public, ses livres sont traduits dans le monde entier et se sont vendus à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires.




En introduction de L’Original de Laura (éd. Gallimard, traduction de l’anglais Maurice Couturier), Dmitri Nabokov nous raconte dans quelles conditions son père commença à écrire ce qui aurait dû être son dernier livre alors que sa santé déclinait à la suite d’un accident survenu en 1975, deux ans avant sa mort. « Il commença à perdre de sa splendeur physique, mais il ne cessa pas d’écrire un chef d’œuvre à l’état embryonnaire dont les cocons de génie commençaient à se muer en pupes ici et là sur ses fiches omniprésentes ». Ce sont donc ces ébauches originales que l’éditeur reproduit en haut de chaque page de l’ouvrage et traduites au-dessous par son fils. Son père avait souhaité qu’elles soient détruites avant qu’elles ne deviennent un roman mais il mourut avant. Dmitri va nous expliquer le long processus qui l’amena à, finalement, les publier après nous avoir livré quelques souvenirs choisis sur son père.
Il ne faut donc évidemment pas s’attendre à lire un roman, mais plutôt imaginer à partir de cet embryon ce qu’il aurait pu être. Il en est de même pour l’amorce des personnages, telle Flora l’héroïne du récit dont Nabokov nous dit « tout ce qui touche à sa personne est voué à demeurer flou ». On apprend cependant que Flora avait lu à l’âge de onze ans A quoi rêvent les enfants d’un certain Dr Freud et rencontré une fois diplômée, le Philip Wild, docteur ès sciences qui va l’épouser « ayant tout pour lui sauf un extérieur séduisant »...
Aussi, que donnera ce mariage après trois années ? Flora, jeune femme « capricieuse, volage, toujours entre deux trains, deux avions et deux amants » se lassant rapidement de la fortune de son mari ! C’est avec cet état d’esprit que Flora va rencontrer sur la côte d’Azur un écrivain qui écrit Ma Laura, un livre dont elle sera le sujet. Une espèce de roman dans le roman, donc. Or, contre toute attente, on a l’impression que c’est son mari Philip qui y tient le premier rôle. Mais un Philipp parlant à la première personne et évoquant très peu ses relations avec Laura mais, qui pourtant détestant son corps, se focalise sur ses phantasmes bisexuels avec des jeunes des deux sexes « différents mais érotiquement identiques » ! Un Philippe qui s’étend longuement sur ses maladies qu’il personnifie, évoquant par exemple « la jouissance que l’on éprouve à se glisser sous un ongle incarné avec des ciseaux coupants »… Très intéressantes sont alors les ébauches de théories qu’il échafaude sur la mort et plus précisément sur « le processus qui consiste à mourir par autodissolution, la plus grande extase qu’un homme puisse connaitre ».
D’où le sous-titre du volume de Nabokov C’est plutôt drôle de mourir. Dans ces fiches préparatoires, Nabokov ne nous épargne pas quelques belles formules comme celle-ci à propos du bouddhisme « qui mêle le crétinisme religieux et le mysticisme de la sagesse orientale » et ne manque jamais une occasion de se référer à Franz Kafka et Max Brod. Ce n’est qu’après avoir lu cette ébauche de roman que l’on comprend mieux les raisons pour lesquelles Dmitri Nobokov, après moultes hésitations finit par décider de les publier en 2009, des années après la mort de son père. Pour notre plus grand plaisir.

Deuxième passager clandestin, Pete seeger avec sa chanson Garbage (Ordures). Il est question de surconsommation, gaspillage, et de tonnes d’ordures.


Simon Paré-Poupart : Ordures ! Journal d’un vidangeur





Simon Paré-Poupart ramasse les ordures depuis vingt ans. Ses études universitaires en sociologie et en administration internationale, ainsi que son expérience comme intervenant social n’auront pas eu raison de sa vocation de vidangeur. Ordures! est son premier livre.




Ordures ! Journal d’un vidangeur (éd. Lux) commence sur cette confidence de l’auteur : « J’ai une expérience bien particulière de la vie. Je passe mes jours au milieu des ordures. Depuis vingt ans, j’ai charrié près de 70 000 tonnes de déchets. Dans le regard des passants, il m’arrive de voir qu’on me confond avec eux. Pourtant j’aime ce travail. En racontant mon histoire, je veux partager ma passion de sortir de l’oubli les vidangeurs, ces sisyphéens de la société de consommation situés au bas de l’échelle sociale. Je veux surtout que vous cessiez de croire que vos ordures disparaissent par magie. Et si elles ne disparaissaient pas, ce serait la fête des rats, puanteur, peste et choléra assurés ! »…
Bien, mais alors, nait-on éboueur ou le devient-on par hasard ? Avant de répondre à cette question, Simon Paré-Poupart va nous donner un premier aperçu de son quotidien. Il nous apprend par exemple, comment ne pas se blesser en manipulant un sac de 50 kg de résidus de chantier. Ou encore, comment garder son sang-froid lorsqu’un propriétaire particulièrement pénible surveille vos faits et gestes pour porter plainte à manquement sous le moindre prétexte. Pour en revenir à l’origine de son attirance pour son métier, Simon nous replonge dans son enfance. Il nous explique comment à dix-huit ans après s’être essayé à plusieurs métiers notamment dans le secteur social, il a fini par répondre au vœu le plus cher de son beau-père « faire de lui un homme en courant à l’arrière d’un camion de vidange » !
Or, comment apprenait-on le métier sur le tas avant que les multinationales accaparent le marché ? Plus loin, il nous apprend que la vidange est un « monde d’hommes » qu’il résume à une majorité composée de laissés pour compte (des « helpeurs » surendettés), d’édentés, de tatoués et de drogués.
Nous ferons tour-à-tour la connaissance de Pandex qui parlait aux vidanges et de tant d’autres personnages atypiques (comme Ti-Chris « tombé dans la coke jusqu’aux dents »). Cette masse d’individus tous dissemblables mais ayant pour point commun d’effectuer une activité au fort turn-over « celle que tu ne veux pas voir, accomplie par des hommes que tu ne veux pas voir, pour faire disparaitre des choses que tu ne veux plus voir » ! Ceci n’exclut pas les éboueurs d’avoir quelques rares admirateurs (à découvrir).
Après nous avoir gratifié d’un cours d’histoire très instructif et avoir évoqué les différences entre les éboueurs français et les vidangeurs québécois, l’auteur fait un point sur la société de consommation qui produit les 2 milliards de déchets, (dont 10 000 tonnes tournent sur orbite !), ainsi que sur les contradictions sur le compostage (effectué par les immigrants sous-payés dans les quartiers chics de Montréal) et le recyclage. On s’apercevra vite que Simon est intarissable sur le métier, ses conditions de travail lors des hivers rigoureux et les pics de canicule estivaux « à exhaler les relents du début de la putréfaction ». Situations extrêmes pendant lesquelles « on se parle souvent avec des mots crus, bêtes, méchants, la plupart du temps sans trop y penser »…
Après ce panorama d’un monde négligé, avant de nous quitter Simon Paré-Poupart nous expliquera sa philosophie et sa passion pour le « friganisme », ou l’art de vivre des rejets produits par la société de consommation.
Magistral. Les quelques clichés qui illustrent ses propos sont très parlants et ses expressions typiquement québécoises sont tout-à-fait délicieuses…

Patrick Schindler, groupe de Rouen, FA

Une dernière passagère clandestine : Anne vanderlove reprenant une chanson de Bernard Lavilliers.











PAR : Patrick Schindler
Groupe de Rouen
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