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par Hélène Hernandez le 18 octobre 2021

Sexe, genre et trans-activisme

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Article extrait du Monde libertaire n°1831 de septembre 2021
Grâce à Tradfem, site de traduction de textes féministes, nous avons pu avoir accès au dernier ouvrage de Kajsa Ekis Ekman, journaliste et autrice anarchiste, féministe, suédoise. Nous connaissions déjà et avions apprécié, en 2013, L’être et la marchandise. Prostitution, maternité de substitution et dissociation de soi [note]. L’ouvrage Sur l’existence du sexe [note]



poursuit cette réflexion sur « mon corps est à moi » et contre la marchandisation du corps à l’heure où des féministes sur le plan international luttent contre les trans-activistes. Le Women’s Human Rights Campaign (WHRC) est un groupe de femmes bénévoles du monde entier qui se consacrent à la protection des droits sexuels des femmes. La Déclaration sur les droits fondés sur le sexe des femmes a été créée pour faire pression sur les nations pour qu’elles maintiennent un langage protégeant les femmes et les filles sur la base du sexe plutôt que du « genre » ou de « l’identité de genre ». Elle est signée par 260 organisations féministes dans 122 pays. Cette Déclaration se fonde sur la Convention sur l’Élimination de toute Forme de Discrimination à l’égard des Femmes (Nations unies, 1979, CEDEF/CEDAW), et sur la Déclaration sur l’Élimination des Violences faites aux Femmes (Nations Unies, 1993, UNDFVW).

« Alors que vous retiriez les robes des enfants ayant un pénis, vous voulez maintenant retirer leur pénis aux enfants qui aiment les robes. »




Non pas que les militantes du WHRC soient opposées aux personnes trans, et donc transphobes, mais que parmi les personnes trans, certains d’origine homme s’activent contre les droits des femmes et des enfants en développant une disqualification du féminisme et s’inscrivant dans une industrie très lucrative au mépris de la santé des enfants. Promouvoir chez des enfants la transition de sexe, c’est méconnaître qu’un enfant est en train de se construire sur une identité mouvante : qu’en sera-t-il à l’âge adulte de son désir de changer de sexe, quand il pourra de lui-même faire ses choix ? Rappelons-nous, et merci à Christine Bard pour ses livres sur l’histoire de la jupe et du pantalon, que des hommes ont porté robe et jupe pendant très longtemps et que certains en fonction de leur culture ou de leur religion s’habillent encore ainsi. Mais la phrase de Kajsa Ekis Ekman nous renvoie à ces réactions qui traitent les féministes de transphobes.

Au niveau international, le genre désigne « les rôles, les comportements, les activités et les caractéristiques qu’une société donnée, à une époque donnée, considérés comme appropriés pour chacun des deux sexes (…) Ces caractéristiques, opportunités et modèles relationnels sont construits socialement et sont inculqués par les processus de socialisation. » (Gender Equality Glossary, UN Women).

Kajsa Ekis Ekman affirme que tout individu·e a aussi un sexe. « Le nouveau discours sur le genre conserve les concepts féministes de base mais les évide pour y substituer leur contraire. Le concept de construction sociale demeure et les signaux appartenant à la critique féministe de la société et le concept de sexe inné demeurent et signifient quelque chose de fixe et d’éternel. Mais leurs places se sont interverties. Maintenant, c’est le genre qui devient le véritable sexe. La féminité n’est plus un utérus, mais des boucles et des poupées roses ; la masculinité n’est plus un pénis, mais des guerres et des machines. Et les rôles de genre, dit-on maintenant, sont innés dès la naissance. » Si la critique féministe et pro-féministe reste pertinente quant au genre social, construction qui oriente bon nombre de nos comportements et qui permet au capitalisme de s’associer en se renforçant mutuellement au patriarcat, le concept « théorique » d’identité de genre reste incompréhensible et problématique, notamment pour les enfants.

Identité sexuelle et identité de genre ?

La recherche de l’essence du soi existe probablement depuis que l’humain existe. La question de la relation entre le corps et l’esprit et de ce qu’est l’identité continuera d’être débattue. L’explication la plus probable s’est affirmée au fil du temps dans une interaction dialectique entre la nature et la culture. L’affirmation selon laquelle le genre est une partie innée de l’identité d’un individu est controversée. Certains prétendent que le sexe est inscrit dans le cerveau, malgré l’absence de soutien scientifique et empirique pour cette affirmation. La définition de l’identité sexuelle est extrêmement floue. Cependant, les chromosomes XY et XX sont associés à des organes sexuels spécifiques, aux gonades, à la capacité de développer la masse musculaire, à des prédispositions à la croissance des cheveux, etc. Aussi postmodernes que nous soyons, nous ne pouvons échapper à la réalité matérielle du sexe. Le vocabulaire de la langue a une influence, mais n’est pas le seul facteur. Les organes génitaux ne sont pas une identité, ce sont des parties du corps destinées à la reproduction, au désir, à la miction.

« Les stéréotypes sexuels ont refait surface sans qu’on s’en aperçoive ! Mais le sexe et le genre se sont intervertis. C’est le genre qui est maintenant la réalité et le sexe qui est qualifié d’irréel. On affirme que le sexe est « assigné » à la naissance, pour en faire une construction sociale que la société imposerait à l’enfant. L’identité de genre, en revanche, est dite innée : un essentialisme de genre – le genre comme essence indépendante du corps ». Cette inversion justifie alors de médicamenter et découper des corps sains tant pour le traitement d’affirmation de genre que de lissage de peau vieillie. Injecter des hormones à des enfants, au moment où ils se cherchent, leur impose une hormonothérapie à vie car sinon à l’arrêt du traitement, les désordres corporels apparaissent de façon non maîtrisable.

La politique identitaire est un produit de notre climat néo-libéral. Certes les droits des homosexuels, des lesbiennes et des femmes progressent lentement (et pas partout, loin de là) grâce aux nombreuses et longues luttes. Mais en même temps, l’industrie pharmaceutique avance à grand pas à l’affût de clients potentiels telles les personnes transgenres qui auront besoin de médicaments à vie.

Incidences sur la santé… et les droits des femmes


Lors du webinaire du WHRC, le 18 avril 2021, l’exemple du sport a montré que des personnes trans homme>femme sont dorénavant acceptées dans les équipes féminines : dans tous les sports de vitesse et de force, elles gagnent les premières places mais ne s’immiscent pas dans les sports gymniques, si bien que le renforcement des stéréotypes est à l’œuvre. Le traitement hormonal est pourtant interdit aux athlètes femmes, les pays de l’Est de l’Europe ayant été condamnés pour de telle pratique lorsqu’elle était visible. Mais les athlètes trans sont de plus en plus présents.

Aucune étude n’a encore été en mesure de prouver qu’un traitement de correction du sexe améliore la santé mentale des jeunes dits transgenres. Cependant, il existe des risques sur la santé. Les traitements hormonaux sont très controversés à l’échelle internationale : ils sont potentiellement sujets à des conséquences importantes et irréversibles telles que les maladies cardiovasculaires, l’ostéoporose, l’infertilité, certains risques de cancer ou de thrombose. Les jeunes trans n’aiment pas leur corps. N’est-ce pas le cas de la plupart des jeunes ? La protestation contre la puberté est classique dans une société patriarcale sexualisée. Une société qui bénéficie de plus en plus, avant tout, de l’idéalisation du corps féminin. Se sentir aliéné·e de et dans son corps n’est pas exceptionnel. Les violences, la sexualisation, les exigences en matière d’apparence peuvent être à l’origine de l’augmentation considérable des candidatures à ces interventions, pour subir un changement de sexe. Les mêmes causes se traduisent par des maladies mentales, des comportements nocifs et de l’anorexie, entre autres.

Aujourd’hui, bon nombre de réunions rassemblant des lesbiennes sont perturbées par des trans-activistes (soit trans homme>femme, soit homme se sentant femme) qui se comportent socialement comme des hommes (sortir du schéma patriarcal est difficile et long) en cherchant à user de l’autorité et de la force et même à exiger et imposer des relations avec des femmes lesbiennes. Le reflet de la domination masculine jusqu’au viol !

Les normes de la société doivent changer pour que les personnes sentent qu’elles peuvent être ce qu’elles veulent être. Cela concerne sans doute peu de personnes, moins de 1 %, et pourtant les trans-activistes déploient des stratégies pour faire évoluer les législations : accès aux services de gynécologie et de santé pour femmes, aux services d’hébergement pour femmes violentées, aux lieux de rencontre des femmes y compris sportifs, aux associations de femmes, aux politiques d’égalisation des chances, etc. et ce, à partir du genre et non du sexe. Si bien que le genre est considéré comme quelque chose de fixe et de déterminé, maintenant non pas matériellement au niveau du corps mais à celui du cerveau. Et ce qui est stable, c’est l’identité de genre. L’essentialisme est de retour, un biologisme sans biologie, et la catégorie des femmes risque d’y perdre son sens. N’est-ce pas une arme parfaite contre le féminisme ? Ce qui demeure, cependant, c’est la logique patriarcale, avec le genre construit socialement qui discrimine les femmes : c’est pourquoi nous sommes féministes, que nous luttons contre tout essentialisme, en respectant quiconque pour ce qu’il ou elle est, mais sans se faire imposer toute domination d’où qu’elle vienne.

Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard

PAR : Hélène Hernandez
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le 18 octobre 2021 09:56:17 par Anne Honime

Très déçue par cet article.

"L’identité de genre, en revanche, est dite innée : un essentialisme de genre – le genre comme essence indépendante du corps" -> Jamais rien entendu de tel. Le genre est précisément une notion qui permet de comprendre la construction sociale de ces distinctions. Quelle mauvaise foi!

Et utiliser le sport pour épingler le limites de ces réflexions?!?! Est-ce que vraiment on va commencer à regretter des inégalités de genre dans le mondial de foot féminin? Soyons sérieux-ses, une position anarchiste ici serait de critiquer en bloc le sport compétitif en tant qu’institution autoritaire. Plus de compétitions sportives, plus besoin de classements hommes/femmes. Pour un sport convivial et inclusif!