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par Nedjib SIDI MOUSSA • le 23 octobre 2026
Pour la libération de Marwan Barghouti et des détenus palestiniens
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L’émission Trous noirs reçoit régulièrement Nedjib Sidi Moussa, auteur d’une thèse sur le MNA dont ses parents faisaient partie.
Depuis 2018 furent évoqués, dans cette émission, ses livres : La fabrique du musulman – Essai sur la confessionnalisation et la racialisation de la question sociale ; Algérie une autre histoire de l’indépendance – Trajectoires révolutionnaires des partisans de Messali Hadj ; Dissidences algériennes – Une anthologie, de l’indépendance au Hirak ; Histoire algérienne de la France.
Nedjib Sidi Moussa souhaite s’exprimer publiquement sur le sort du dirigeant du Fatah Marwan Barghouti, emprisonné par Israël depuis 2002.
Pour la libération de Marwan Barghouti et des détenus palestiniens
Marwan Barghouti est l’une des figures les plus emblématiques du drame palestinien.
Arrêté à Ramallah le 15 avril 2002 par l’armée israélienne, ce dirigeant du Fatah, aujourd’hui âgé de 67 ans, a passé près d’un quart de siècle privé de liberté.
Considéré comme l’un des architectes de la seconde Intifada, « le professeur » – surnom attribué par ses codétenus – a subi plusieurs formes de tortures et s’est vu condamner, le 6 juin 2004, à cinq peines de prison à vie par le tribunal de Tel-Aviv, « un tribunal de l’occupation » dont il a refusé de reconnaître l’autorité.
Marwan Barghouti a toujours nié les faits qui lui ont été reprochés, à savoir des attentats qui ont fait cinq victimes.

Son avocate, Gisèle Halimi, a dénoncé « l’illégitimité et le caractère politique de ce procès », tout comme ses conditions de détention jugées « indignes d’un pays civilisé et contraires au respect des droits de l’Homme ».
Lors d’un entretien accordé au Nouvel Observateur (11 décembre 2003), celle qui avait jadis défendu les indépendantistes algériens a rapporté les propos du dirigeant emprisonné, décrit comme un humaniste : « Il m’a dit, et je le crois sincère, que voir des civils israéliens tués dans un attentat était pour lui aussi horrible que si les victimes étaient des Palestiniens. »
À cet égard, cette position concorde avec la tribune publiée dans The Washington Post (16 janvier 2002) dans laquelle Marwan Barghouti affirme n’être « ni un terroriste ni un pacifiste ». En effet, le secrétaire général du Fatah en Cisjordanie y déclare, en accord avec son parti, « s’opposer fermement aux attentats et au fait de prendre pour cible des civils en Israël ». En outre, il ajoute se réserver « le droit de se protéger » – d’autant qu’il avait réchappé, cinq mois plus tôt, à une tentative d’assassinat – ainsi que le droit « de résister à l’occupation israélienne ».
Après avoir soutenu le « processus d’Oslo » – censé déboucher sur la paix et la création d’un État palestinien –, Marwan Barghouti a fait part de ses réserves et dénoncé, dans une interview à La Croix (1er juillet 1997), l’attitude du premier gouvernement de Benyamin Netanyahou « qui a décidé de stopper le processus de paix, voire même qui s’acharne à le détruire en multipliant les confiscations de terres palestiniennes et les extensions de colonies, sans oublier la construction d’une nouvelle colonie à Jérusalem-Est. »
En effet, l’obstruction des autorités israéliennes, assimilée à « une action terroriste », a miné les bases d’une solution négociée. Car c’est bien la poursuite de la colonisation qui a privé les populations palestiniennes de tout espoir et poussé les plus « raisonnables » dans leurs derniers retranchements, à l’instar de ce responsable du mouvement cofondé par Yasser Arafat : « Aujourd’hui encore, il y a un consensus parmi les cadres du Fatah pour refuser toute violence en Israël. Mais nous devons nous opposer au terrorisme du bulldozer en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Il faut considérer les soldats et les colons comme des occupants. »
Lors de la seconde Intifada, Marwan Barghouti prône le recours à la lutte armée, tout en se montrant favorable à la reprise des négociations « mais sur des bases claires », comme il le déclare dans son bureau de Ramallah à Confluences Méditerranée (printemps 2001).
En outre, selon Gisèle Halimi, le dirigeant palestinien a énoncé, lors de sa dernière plaidoirie, les trois options pour l’État d’Israël dans cette conjoncture : « Soit continuer à occuper le territoire palestinien, et alors les pires violences continueront des deux côtés. Soit négocier pour permettre l’existence côte à côte de deux États indépendants et libres, ce qui était jusqu’alors son choix. Si cela n’était pas possible, il ne resterait plus aux Palestiniens qu’à constater que tout avait échoué et que la seule solution serait celle d’un État unique, dont Israël prendrait l’entière responsabilité. » (Le Nouvel Observateur, 11 décembre 2003).
Une décennie plus tard, Marwan Barghouti précise sa pensée dans un entretien publié dans le Journal of Palestine Studies (été 2014). Le militant emprisonné estime désormais qu’« en Israël, il n’y a pas de partenaire pour la paix », car on n’y trouve pas d’équivalent à Charles de Gaulle ou Frederik Willem de Klerk. Ces deux références sont loin d’être anodines pour ce francophile présenté comme le « Mandela palestinien ». Face à ce qu’il décrit comme une « groupe fascisant de racistes qui s’accroche avec ténacité à l’occupation et aux colonies », il n’y aurait plus rien à attendre des négociations.
Par conséquent, la seule perspective qui s’impose à ses yeux s’articule sur deux niveaux : d’une part, le boycott de l’État d’Israël, afin de l’isoler aux plans politique, économique, militaire, académique et médiatique et, d’autre part, la « résistance populaire généralisée ».
Cette intransigeance tranche avec les démarches engagées dans la foulée de son élection, en 1996, au Conseil législatif palestinien. Le député de Ramallah s’était signalé par sa volonté de constituer un groupe d’amitié parlementaire israélo-palestinien avec ses homologues de la Knesset. Mais il s’agit là d’une époque révolue. Ce qu’il explique dans une lettre publiée par The Palestine Project (20 mars 2016).
En effet, Marwan Barghouti souligne l’évolution de la situation marquée par « la férocité de l’occupation et le basculement rapide de la société israélienne vers la droite, tout comme la domination des forces extrémistes et racistes. » Porté par les espoirs des soulèvements arabes, qui démontraient « l’échec total des États-nations de la région », le plus célèbre des détenus palestiniens étaye sa stratégie : « Nous avons besoin d’un discours de libération capable de reconstruire les alliances du peuple palestinien avec les forces démocratiques et progressistes du monde arabe, ainsi qu’avec les forces éprises de paix à l’échelle internationale et celles qui soutiennent la libération des nations. »
Depuis le 7 octobre 2023, ses conditions de détention se sont détériorées, à l’instar des milliers de prisonniers palestiniens. D’après l’Union interparlementaire, Marwan Barghouti a été transféré dans des centres de détention inconnus, passé à tabac et placé à l’isolement. En août 2025, le ministre d’extrême droite Itamar Ben-Gvir l’a menacé dans sa cellule puis diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux.
Cette provocation est d’autant plus inquiétante que, dans le sillage de la guerre génocidaire menée à Gaza et la multiplication des attaques terroristes perpétrés par les colons en Cisjordanie, le parlement israélien a approuvé, le 30 mars 2026, « une loi qui élargit et accélère le recours à la peine de mort » selon Amnesty International.
Au cours des derniers mois, une campagne internationale de solidarité a repris de la vigueur. Artistes, intellectuels ou militants ont multiplié les appels pour la libération de Marwan Barghouti et ses codétenus. Si certaines adresses recyclent des propositions éculées au nom de la « raison », d’autres cherchent à élargir l’horizon des possibles.
Par-delà les appréciations de chacun sur la tragédie palestinienne, les révolutionnaires s’honoreraient à s’associer à cette dynamique afin de dénoncer, sur leur propre terrain, le système carcéral, la peine capitale, la domination coloniale et l’oppression raciste qui en découle, non seulement en Israël, mais partout ailleurs, dans une optique universaliste.
À cette aune, plaider en faveur de la libération de Marwan Barghouti et de ses codétenus constitue donc une condition indispensable pour faire vivre l’internationalisme.
Loin de délivrer un blanc-seing à telle ou telle faction, il s’agit plutôt de dessiner les contours d’une émancipation qui dépasse les injonctions étatiques, nationalistes et religieuses.
Ce qui revient à donner tout son sens à l’autodétermination.
Par Nedjib SIDI MOUSSA
auteur de plusieurs ouvrages dont Le Spectre du colonialisme (L’Échappée, 2026)
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PAR : Nedjib SIDI MOUSSA
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