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par coordination antinucléaire Ile-de-France le 6 janvier 2026

Nucléaire et cinéma

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LA BOMBE
Peter Watkins | 1966 | 50 min.

En pleine guerre froide, l’URSS lance une attaque nucléaire sur la Grande-Bretagne. Ce "documentaire d’anticipation" construit à base de pseudo-images d’archives fut interdit de diffusion dans le monde entier jusqu’en 1985 par la BBC qui l’avait commandé. 1967, La guerre froide.

Peter Watkins imagine que par suite d’incidents à Berlin, l’escalade dans les " ripostes " entre les deux puissances aboutit à une attaque atomique russe sur l’Angleterre. Les milliers de victimes, la ridicule insuffisance des mesures de protection prévues pour les civils, la détresse des survivants, le retour à la barbarie face à la pénurie, tout est montré dans le style des actualités, en s’appuyant sur ce qui s’était passé à Nagasaki et Hiroshima.

Peter Watkins à propos de "La Bombe" : "J’ai réalisé La Bombe à une époque où le gouvernement anglais (et la B.B.C.) faisait l’apologie de la force de dissuasion nucléaire. La propagande officielle assurait la population que les mesures prises par la Protection Civile en Grande-Bretagne, une farce aux bonnes intentions, permettraient au pays de pouvoir se relever après une guerre nucléaire totale. Juste avant de démarrer le tournage du film, j’ai envoyé le scénario au British Home Office (l’équivalent de notre ministère de l’Intérieur, NDR), institution gouvernementale en charge du Programme de Protection Civile.
J’avais dans l’idée de leur poser des questions sur la localisation des abris anti-atomiques en Grande- Bretagne. Le British Home Office a appelé la chaîne en état de panique et, dès lors, la B.B.C. a tout fait pour m’empêcher de tourner les prises de vue qui ont duré quatre semaines, et le tournage s’est déroulé au printemps 1965. Une fois le montage de La Bombe achevé, la B.B.C. a saisi le film pour statuer sur son sort. A partir de ce moment-là, on ne m’a plus donné une information sur ce qui se passait.
Par la suite, j’ai appris que les pontes de la B.B.C. avaient, en septembre 1965 et par deux fois, secrètement projeté le film aux membres du Cabinet du Premier ministre d’alors, Harold Wilson, et les avaient invités à donner leur opinion sur le bien-fondé de sa diffusion à la télévision britannique. Avaient été aussi conviés à ces projections, le British Home Office, le ministère de la Défense nationale et le Post Office (le CSA anglais, NDR). En agissant de la sorte, la B.B.C. avait violé sa Charte d’Indépendance. J’ai donc immédiatement remis ma démission, et j’ai informé la presse de cette affaire. Ignorant les milliers de lettres des téléspectateurs et les injonctions de nombreux notables qui demandaient que La Bombe soit diffusé, la B.B.C. a décidé, en novembre 1965, de bannir le film. Face à la montée de la protestation populaire, la B.B.C. s’est résolue, en février 1966, à organiser six projections exceptionnelles de La Bombe au National Film Theater à Londres. Seuls étaient invités, toutefois, les membres de l’establishment et des journalistes pro-nucléaires. Les autres, à savoir le reste de la presse et le public, ne pouvaient pas accéder à la salle, un cordon de sbires de la B.B.C. leur en interdisant l’accès.
Avec ce documentaire, je n’ai pas cherché à exagérer l’horreur de la situation. Si La bombe choque le spectateur, ce n’est pas parce qu’on a eu recours à des effets de terreur, mais parce qu’il voit pour la première fois, avec l’évidence de l’image, ce qu’il ne veut pas voir et ce qu’on ne lui laisse pas voir.


La Bombe est un film exceptionnel, même si certains spécialistes pensent que Peter Watkins est encore en-dessous de la vérité.
PAR : coordination antinucléaire Ile-de-France
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