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par Alfredo González - FA Ibérica le 24 avril 2018

La mémoire historique, la mairesse et l’évêque

Article extrait du « Monde libertaire » n° 1792 de février 2018
Au cours du mois de novembre dernier, a été présenté à Madrid un projet pour placer quelques trente-deux nouvelles plaques de rue de la capitale afin d’honorer des figures éminentes et des collectifs républicains (et quelques fascistes aussi) dans une tentative pour la municipalité de « clore » le chapitre de la mémoire historique. Après des années de projets et de contre-projets, pas mal de choses sont restées dans les cartons. La plus importante sans doute découle des pactes de la Transition, c’est-à-dire de cette loi de Point final qu’une opposition apprivoisée a signée avec les complices du franquisme.

Nous voulons parler du fait qu’il n’a pas encore été reconnu officiellement que le coup d’Etat militaire de 1936 a mis fin à la légalité existante et a instauré, après trois ans de guerre, une dictature épouvantable qui, loin d’être abattue, a été transformée en cette démocratie parlementaire – roi inclus – dans laquelle nous nous retrouvons actuellement. Un putsch qui n’a été rien d’autre qu’une contre-révolution préventive des maîtres du pays (bourgeoisie et noblesse terriennes, y compris le clergé) face à l’inévitable révolution des travailleurs, révolution qui allait en finir avec une société fondée sur le privilège et l’exploitation.

C’est maintenant, après tant d’années, que l’on prétend honorer la mémoire de ceux qui se sont opposés au coup d’Etat fasciste. Mais la mairesse de Madrid a décidé d’écarter de cet hommage les principaux protagonistes : les travailleurs révolutionnaires qui se sont opposés aux militaires non pas pour défendre la légalité républicaine mais pour bâtir une société sans gouvernants ni gouvernés, sans exploiteurs ni exploités. On n’a pas changé le moment venu les noms de certaines rues et places et cela n’est toujours pas fait ; il manque des hommages à certains combattants (majoritairement anarchistes, ça doit être un hasard !) et on laisse en place des plaques et des monuments fascistes. Mais surtout nous remarquons que le mot « réconciliation » est partout ? Et ceci dans une municipalité présidée par Manuela Carmena, de la coalition Podemos, ancienne juge et ancienne (ancienne ?) militante du Parti communiste…

Le fait que son premier acte officiel ait été d’aller présenter ses respects à l’évêque a-t-il un rapport ? Oui, nous disons bien que, dès son investiture comme maire, notre ineffable administratrice est allée présenter ses respects à l’évêque de Madrid, qui l’attendait charmé à l’évêché. La relation entre eux doit être formidable car ils passent le réveillon de Noël ensemble, ça oui, en compagnie de pauvres qu’ils invitent à travers Messagers de la Paix, une organisation qui a une grande expérience en fait de dîners de charité : à l’époque de Franco, c’était sa femme (avec ses colliers) qui présidait traditionnellement le banquet !

Cette prétendue gauche qui remplace la solidarité par la charité et le culte de la raison par des cultes plus mondains démontre également la validité de la maxime de Lampedusa « tout changer pour que rien ne change » ; entre autres choses en privatisant les activités municipales. Les traditionnels défilés des Rois mages sont à présent organisés par des entreprises qui touchent environ 19 000 euros pour chaque arrondissement de la ville. Ce qui auparavant revenait nettement meilleur marché puisque c’était organisé par les associations de quartier… L’Église aurait-elle promis à Podemos non seulement le paradis, mais aussi un billet pour y aller en wagon-lit ? Nous ne le savons pas de source sûre mais ce que nous savons c’est qu’ils se rendent mutuellement service. Autrement, pourquoi donc une certaine librairie madrilène de la mouvance de Podemos occupe-t-elle de magnifiques locaux extrêmement bien situés, propriété des sœurs de Jenesaisquoi ? C’est une question innocente. La réponse, comme dirait Bob Dylan, « est dans le vent ».


PAR : Alfredo González - FA Ibérica
Paru dans « Tierra y Libertad » de janvier 2018. Traduction : Monica Jornet - Groupe Gaston-Couté
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