Les articles du ML papier > Ce mois-ci, le « Monde libertaire » a reçu et a aimé
Les articles du ML papier
par Patote le 10 juillet 2018

Ce mois-ci, le « Monde libertaire » a reçu et a aimé

Article extrait du « Monde libertaire » n° 1793 de mars 2018
Pas normale de Tit’ Soso (Les Éditions libertaires)
Quand on est minaude et que l’on s’entend dire, dès son plus jeune âge, « Elle est pas normale », que faire ? Quand c’est au tour de son jeune frère d’être traité sur le même ton, que faire ? Quand on vit dans une famille de « gentils beaufs », avec un père « trop gentil qui se fait toujours avoir par les autres », que faire ? Quand on a un père un peu raciste sur les bords (époque postcoloniale oblige), que faire ? Quand on a un père pourtant qui a été déporté et a survécu de justesse aux fours crématoires mais n’a encore rien compris, que faire ? Quand on a un père qui pète à table, que faire ? Quand on a une mère qui a la taloche facile, que faire ? Quand on a une mère qui interdit de lire à table, que faire ? Quand on a une mère qui ne sait répondre aux questions que par des « parce que ! », que faire ? Quand il arrive un drame à sa grande sœur et que cela devient un sujet tabou en famille, enfoui sous une chape de plomb, que faire ? Laissons la Tit’ Soso, auteure de ce livre nous répondre : « Moi, tout ça, ça me fait un peu honte, mais ça me fait rire aussi. De toute façon, qu’y faire ? »… Ce premier tome des malheurs tragi-comiques de la Tit’ Soso est une entrée en matière dans son univers. Il donne l’envie d’en connaître plus et surtout si elle saura comment s’en sortir de cette enfance un peu spéciale. Vivement la suite !…

La Liberté dans un monde fragile. Écologie et pensée libertaire, de José Ardillo (L’Echappée)
Aujourd’hui, c’est une évidence, il n’est plus possible d’envisager l’émancipation de l’humanité sans prendre en compte autant la raréfaction des ressources que la disparition des espèces et la pollution. Mais cela n’a pas toujours été le cas lorsque la « puissance des sciences et des technologies semblaient sans limites ». C’est justement cette question qui intéresse José Ardillo dans son dernier livre La Liberté dans un monde fragile. Car le scientisme et le rationalisme ont souvent été des éléments moteurs de l’anarchisme au XIXe siècle. Heureusement mêlés pour certains penseurs d’amour pour la nature ou d’exaltation de l’humanité libre. On peut penser à Henry David Thoreau, Élisée Reclus, Pierre Kropotkine, William Morris, Gustav Landauer ou E. Armand… Pour ces derniers, la recherche de la construction immédiate d’une « société libre et harmonieuse en accord avec la nature humaine » les a fait se débarrasser de la « conception dogmatique de l’histoire comme processus orienté, allant dans le sens du progrès ».
Mais cette approche n’a pas été sans générer quelques ambiguïtés au sein du mouvement anarchiste. Les premières apparaissent entre Thomas Malthus et William Godwin sur la question du « populationnisme ». Malthus condamnant l’utopisme social avec un argument pseudo-scientifique, celui du déséquilibre entre la population et la quantité d’aliments disponibles (on connaît la suite…). Godwin, plus optimiste, étant marqué par le progressisme de son temps. Il dénonçait Malthus comme étant « un imposteur à la solde des classes aisées ». Mais la question de la relation entre population et biens naturels n’en était pas pour autant résolue. Sur ce, arrive Henry David Thoreau, considéré comme le « père de l’écologie et de la désobéissance civile ». Lui se fie plutôt à l’appel de la volonté, à l’indépendance et surtout à l’amour (symbolisé par le vent, la marée, les vagues et le soleil) contre la technologie.
Élisée Reclus chamboule encore le champ des possibles avec sa célèbre phrase : « L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même », rejoignant sur ce terrain le géographe Pierre Kropotkine pour abandonner le schéma historique plutôt abstrait, hérité du marxisme et se diriger vers une « compréhension de la diversité des cultures humaines de par le monde ». William Morris, le socialiste humaniste, parvient lui, grâce à son intuition poétique, à comprendre que l’harmonie entre l’humanité et le monde naturel n’est possible qu’à condition « de remettre sérieusement en question les avancées de la technologie industrielle ». Morris, Thoreau, Reclus et Landauer avaient en commun l’ambition de « préserver les meilleurs aspects du passé et de la nature » et de « s’opposer à l’extension d’un État dévorant les terres et les sociétés humaines ». Reclus comme Kropotkine (qui admirait Morris) voyaient cependant dans les machines et les avancées mécaniques « un progrès auquel il ne faut pas renoncer ». Quel micmac !…
Et puis, avec le XXe siècle, de nouvelles théories vont remplacer les plus anciennes (entre autres, l’anarchisme néomalthusien) et, au XXIe, les courants anarcho-primitivistes, dits également « anti-civilisation ». Et cependant, aujourd’hui, les défenseurs « d’une humanité libre sur une planète habitable » n’arrivent toujours pas à se mettre d’accord ni sur les conditions de cette habitabilité, ni sur le nombre idéal d’habitants, ni même sur les traits que pourrait prendre cette humanité. José Ardillo en conclut dans sa préface : « Si l’on regarde ces discussions avec un peu plus de sympathie, il faut convenir que les nombreuses chapelles anarchistes hostiles à la civilisation industrielle n’en restent pas moins des espaces où l’on débat encore avec passion de civilisation et de liberté. Derniers lieux où sont discutées des idées qui enflammaient autrefois de grands penseurs. » Pour l’auteur, « la liberté dans un monde fragile se propose donc de sortir les débats des ghettos urbains et périurbains asphyxiants pour se réintéresser aux rapports entre l’émancipation sociale et politique d’une part et, d’autre part, tout ce qui concerne les exigences de l’environnement physique, qui est la base de la vie des groupes humains sur la terre ». Tout un programme. Mais à ne mettre en place qu’après avoir relu les pages passionnantes écrites par ces penseurs anarchistes hors normes pour aborder avec du recul une critique radicale de la société industrielle…

Textes et documents relatifs à l’affaire dite « de Tarnac » - 2008-2018, Édition Lundimatinpapier
En mars 2018, les inculpés et mis en examen dans l’affaire dite « de Tarnac » passent finalement en procès, au terme de rebondissements sans nombre du dossier. A cette occasion, Lundimatin publie une sélection de textes, documents et interventions publiques ayant marqué décisivement dix ans de procédure, d’acharnement, de combat et de controverse. En mai 2009, Julien Coupat, détenu à la prison de la Santé, répondait ainsi à un journaliste du Monde : « Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C’est d’ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d’une procédure judiciaire “d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste”, et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n’y a pas “d’affaire Tarnac”. Ce qu’il y a, c’est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu’il se sent réellement menacé. »





Ecrits d’une insoumise, de Voltairine de Cleyre, textes réunis et présentés par Normand Baillargeon et Chantal Santerre (Lux éditeur)
Emma Goldman tenait Voltairine de Cleyre (1866-1912) pour la « femme anarchiste la plus douée et la plus brillante que l’Amérique ait jamais produit », et ce jugement avancé il y a près d’un siècle n’a toujours pas été infirmé. Pionnière du féminisme américain, poétesse, musicienne, celle qui se définissait comme une « anarchiste sans qualificatif » propose une réflexion originale qui touche à un très large éventail de sujets — notamment l’économie, la libre pensée, la philosophie, la religion, la criminologie, la littérature et l’action directe non violente. L’œuvre d’envergure de cette militante passionnée expose les raisons de sa révolte, témoigne de son espérance d’un monde meilleur et demeure, aujourd’hui encore, d’une brûlante actualité. Cet ouvrage, réalisé sous la direction de Normand Baillargeon et de Chantal Santerre, est le premier recueil de texte en français de Voltairine de Cleyre. Il réunit seize essais majeurs qui couvrent l’ensemble de son parcours ainsi que quatorze poèmes. Ces écrits sont précédés d’une substantielle introduction et sont suivis d’une chronologie et d’une riche bibliographie. Voltairine de Cleyre : « Je suis une anarchiste, je le suis depuis 14 ans et la chose est de notoriété publique puisque j’ai beaucoup écrit et prononcé de conférences sur le sujet. Je suis persuadée que le monde serait un bien meilleur endroit s’il n’y avait ni rois, ni empereurs, ni présidents, ni princes, ni juges, ni sénateurs, ni représentants, ni gouverneurs, ni maires, ni policiers. Je pense que ce serait tout à l’avantage de la société si, plutôt que de faire des lois, [M. le sénateur,] vous faisiez des chapeaux — ou des manteaux, ou des souliers ou quoi que ce soit d’autre qui puisse être utile à quelqu’un. J’ai l’espérance d’une organisation sociale dans laquelle personne ne contrôle autrui et où chacun se contrôle soi-même. »

Ouvrages en vente à la librairie du Monde libertaire, 145, rue Amelot, 75011 Paris. 
PAR : Patote
SES ARTICLES RÉCENTS :
« Les Echos mensuels de la crème » sur Radio-Libertaire
Réagir à cet article
Écrire un commentaire ...
Poster le commentaire
Annuler