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par Julien Caldironi • le 7 février 2026
CHRONIQUES DE VIEUX BOUQUINS, EPISODE 5
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Toto Fouinard, intégrale, de Jules Lermina, Le Rayon Vert, 2019, réédition
Alors que l’éditeur Nada a ressorti récemment de Jules Lermina son ABC du libertaire, jadis publié par la colonie anarchiste d’Aiglemont en 1906, penchons-nous un instant sur la série de fascicules que l’auteur a consacré à Toto Fouinard.
Jules Lermina, que l’intégrale dont il est question ici, exhumée par le Rayon Vert et coordonnée par Jean-Daniel Brèque, désigne – fort justement – comme « un de ces oubliés géniaux de la littérature populaire » est né en 1839 et mort en 1915. Dès 1859, cet affairiste raté (tant mieux pour la littérature) se plonge dans le journalisme et évolue dans sa frange socialiste, ce qui lui vaudra plusieurs séjours en prison et le soutien de Victor Hugo. Il écrit aussi des articles dans Le Libertaire.

Lermina goûte rapidement de la fiction et s’il s’illustre dans des suites aux best-sellers de l’époque (Les Mystères de Paris d’Eugène Sue, un camarade socialiste, ou Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas, livre de chevet de notre ex-président), il publie des romans policiers, des contes mâtinés d’occulte, mais également des dictionnaires, notamment un dictionnaire d’argot.
Toto Fouinard est une série de douze fascicules parus entre novembre 1908 et janvier 1909 dans la revue La Vie d’aventures, un supplément à la revue Le journal des voyages. Aristide Fouinard, dit Toto, est un jeune parigot, ancien artiste de cirque, qui, depuis son enfance d’orphelin, a tâté de mille et un métiers. Refusant de se qualifier de détective, puisqu’il carbure seulement aux affaires qui le passionnent, pratiquant en amateur revendiqué, il enchaîne pourtant – et avec un brio stupéfiant – les investigations, afin d’innocenter de pauvres gens risquant leur tête dans la machine judiciaire ou pour rendre justice, mais jamais pour l’argent ou le prestige. Intrépide, doté d’une agilité féline, d’une intelligence déductive impressionnante et d’un cœur d’or, ce gamin entre seize et vingt ans, mais en paraissant quinze, fluet, petit, mais costaud, qui parle à sa canne comme à une confidente, en donne à revendre aux officiels de la rousse, qu’il roule gentiment dans la farine. Dédaignant les bonnes manières, les conventions, réticent à toute forme d’autorité, Toto traverse la capitale française de la Belle Époque en long, en large et en travers, avec sa gouaille de titi parisien, tout au long d’enquêtes l’emmenant à affronter des faux-monnayeurs, des tueurs d’enfants, des voleurs… Certaines situations de départ sont carrément loufoques, comme quand Toto rend service à un médecin qui ayant naturalisé la tête de sa femme bien aimée, découvre un jour un clou planté dans le crâne et reconsidère alors sa mort « naturelle ». Jules Lermina ne fait pas de ses fictions des œuvres de propagande anarchiste, mais il égratigne avec brio la bourgeoisie de l’époque et les tenants de l’ordre établi. On constate que les prolos et les ouvrières, même s’il ne les idéalise pas, ont clairement sa préférence. Toto Fouinard ne manque jamais d’affirmer son goût pour l’indépendance et l’esprit critique, tout comme son dédain pour les affaires pécuniaires et les jeux de pouvoir. Il fait souvent usage de sa canne dans des séquences d’action impressionnantes et brèves, mais aussi, parfois, d’accessoires de son ancien métier, pour flouer ses ennemis.
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Le texte est bourré d’humour, dans sa narration comme dans ses dialogues, dans un style vif et imagé, plein d’argot. Si l’on voit quelques fois venir les retournements de situation 115 ans après que les intrigues aient été ciselées, on se laisse néanmoins entraîner dans ce Paris des autotaxis, des réceptions chics et des ruelles peuplées d’apaches avec un plaisir qui ne faiblit pas tout le long de ces douze aventures.
Julien Caldironi, individuel Maine-et-Loire
PAR : Julien Caldironi
Individuel Maine-et-Loire
Individuel Maine-et-Loire
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