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Chroniques du temps réel
par Bernard le 17 mars 2016

Alors, rat... compte !

Debout sur ses pattes arrière, Ti Bob est tout à sa mission. Il étire le museau vers le haut, renifle, reconnaît un vieux relent de verveine de Hollande. Des jeunes qui doivent faire tourner un pétard… Pas le temps d’aller y traîner son museau.

Vite, retour à la quadrupédie, Ti Bob met le turbo, fonce, se faufile, glisse sur un crachat tout frais, couine un petit coup, évite la semelle d’une Doc Martins, arrive enfin à l’abri contre le trottoir d’en face. Déjà 486 pieds de comptabilisés mais faut pas mollir…

Le jour de gloire pour ce rat des champs devenu rat des villes.

Vite, nouvelle diagonale pour de nouvelles pattes… Courir, compter, slalomer, faire son job. Ti Bob s’applique à mériter la confiance qu’on lui accorde… Et puis, il y a cette dette d’honneur contractée ce jour, dans cette ferme qu’il « visitait ». Des poulets avaient mis en fuite le chat qui en voulait à ses petites pattes charnues.

Ce jour-là, oublié tout son passé de malandrin, Ti Bob embrassait la volaille sur la bouche.

Vite, 576 pattes, 622 pattes, surtout ne pas se tromper. Vite à l’abri, ne pas se faire piétiner, accident du travail… fait comme un rat quand on est rat. Logique mais pas réjouissant.




Soudain TI Bob s’assoit sur ses pattes arrière, reste immobile en fixant un point imaginaire… Il a entendu un bruit qu’il essaie d’identifier… « Poutpout », le gloussement d’un furet ! Ti Bob se met à trembler avant de se ressaisir. Il y a un de ces monstres dans le secteur ! Furet des champs devenu furet débile. Nouvel Animal de Compagnie…
Ti Bob sent le danger. Il se lève sur ses pattes arrière, ouvre la bouche, montre ses dents, gonfle son poil pour avoir l’air plus gros… L’ennemi n’a qu’à bien se tenir.

Vite, ne pas perdre le fil du comptage. Compter et surveiller. 940 pattes plus celles du furet. Ou des furets… Le genre de bestioles qu’on peut croiser dans ce genre de circonstances… Furets versus poulets, ça va saigner.

« Qui sème la misère, récolte la colère ! Révolution sociale et libertaire ! »

Vite, 1 048 pattes qui battent le pavé tandis que des slogans explosent contre les tympans de Ti Bob qui, malgré la douleur, continue de compter, de courir ventre à terre, de zigzaguer. 1 312 pattes dont celle qui maintenant lui aplatit la queue. Se mordre les babines pour ne pas couiner à la mort. Compter, 1 458, ne pas en oublier. Vérifier, debout sur les pattes arrière, étirer le museau vers le haut, respirer… Pas d’odeur de sauvagine, plus de furet dans les parages. Ne plus se laisser distraire, 1 988 pattes.

« Qui sème des pommes de terre, récolte des pommes de terre ! »

Tiens, des agriculteurs de la FNSEA se sont trompés de jour…

Vite, des coups de tonnerre suivi d’un drôle de brouillard qui fait pleurer. Difficile de compter dans ces conditions surtout que les pattes s’affolent autour de Ti Bob… 2 518, ne pas compter les pattes chaussées de chaussures à clous ou de bottines militaires. Ti Bob croise un collègue. Ils se reniflent les organes génitaux, histoire de faire plus ample connaissance, comparent leur calcul et tombent d’accord sur 2 644 pour l’instant. Juste le temps de se frotter le museau et voilà qu’une grenade amie éparpille le malheureux rat inconnu…

A moitié sourd, choqué, ne pas abandonner pour autant sa mission. Ami, si tu tombes y a Ti Bob qui trouve le nombre à ta place.

Vite, une nouvelle vague de pattes. Les prudentes qui attendaient que le brouillard se soit dissipé. Les compter toutes pour le rapport final. 3 006 pour l’instant, Ti Bob trouve un vieux reste de quignon de pain. Pause syndicale, toutes dents devant. Mais compter, 3 792. « Moins vite, je mange ! » Manifestement les pattes ont décidé d’accélérer la cadence, 4 612.

« On ne négocie pas la régression sociale, on la combat ! »

Vite, compter les nouvelles pattes… 4 830 … ont l’air stressées et déterminées. 5 210, nouveaux coups de tonnerre, que ce passe-t-il là-haut ? Ti Bob ne voit que des chaussures de loin et des semelles de presque trop près. Faire attention, 5 348, le brouillard qui revient. 5 482, les yeux qui ne demandent qu’à pleurer. 5 806, boulot de con… 5 808… Ouf, c’est fini, Ti Bob a comptabilisé toutes les pattes.

Ti Bob fonce ventre à terre faire son rapport. Ti Bob est un rat, un rampant, adepte de la quadrupédie obséquieuse, possible vecteur de la peste brune… L’auxiliaire parfait pour les poulets. Voyons, 5 808 pattes, Ti Bob sait convertir… 5 808 pattes, pour ce vulgaire quadrupède de rat, cela fait 1452 autres quadrupèdes…

1 452 : Chiffre que s’empresseront de communiquer ces vulgaires bipèdes de poulets. Et tant pis pour les 2 904 manifestants…

PAR : Bernard
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