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Chroniques du temps réel

par Léo Decasse • le 18 octobre 2026
Qui bloque qui ?
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Le mouvement lycéen continue inlassablement à tenter de faire entendre ses revendications malgré la répression particulièrement sauvage dont il est la cible. Ce mardi 13 octobre 2026, jour du Ve acte des mobilisations, plusieurs élèves d’établissements axonais se sont dit "écœurés" des méthodes utilisées pour étouffer leurs voix.
Si la paternité de la formule : "La dictature, c’est "ferme ta gueule" et la démocratie c’est "cause toujours" est disputée entre Coluche et Barrault, l’alternance entre ces deux doctrine s’impose aux lycéens du pays. Après plusieurs semaines de répression policière inhumaine, le ministre de l’éducation a sorti 3 000 professeurs remplaçants de son chapeau et annoncé la mise en place d’une plate-forme en ligne pour collecter les revendications. Deux mesures fortement décriées lors des rassemblements axonais de ce mardi.
"On n’est pas libres"
Devant le lycée Paul Claudel de Laon, peu de lycéens pour rejoindre les syndicalistes venus les soutenir à l’heure dite (10 heures). Étonnés de cet état de fait et passablement agacés de la venue impromptue de Laurent Rigaud, vice-président du conseil régional en charge de l’éducation et des lycées aux côtés d’Isabelle Épaillard, préfète de l’Aisne, plusieurs parents d’élèves s’énervent que les enseignants et personnels éducatifs n’y soient pas conviés et qu’eux-mêmes ainsi que les syndicats n’en aient pas été informés.
"Nos enfants sont enfermés et nous écrivent qu’on ne les laisse pas sortir, c’est honteux !", lancent-ils à une direction désemparée, elle-aussi prévenue de la visite officielle au dernier moment. "Si on rentre, on est bloqués. On n’est pas libres. Et rester à l’intérieur pour quoi ? Il y a plein de profs absents et on n’était même pas au courant", complète un élève amer. Alors que les échanges minutés avec les officiels semblent faire l’unanimité contre eux, plusieurs conseils fusent : "Ce sont des professionnels, ils vont faire des phrases à rallonge. Quand on vous donnera la parole, prenez-la et ne la rendez pas !".

Après plusieurs minutes de négociations, les élèves "pas dupes de l’enfumage" qu’on leur "propose" finissent par obtenir l’autorisation de sortir rejoindre les mobilisés sous les applaudissements de ces derniers. Ressentant cette visite officielle surprise comme un court-circuitage de la manifestation, la grosse centaine de personnes décide alors de raccourcir le parcours afin d’aller faire du bruit sous les fenêtres du Lycée Julie Daubié où sont les édiles avant de revenir les accueillir devant le Claudel.
L’après-midi, le même genre de scène se serait reproduit au lycée La Ramée de Saint-Quentin. Plusieurs élèves ont diffusé des témoignages depuis l’intérieur de l’établissement dans lesquels ils indiquaient être retenus contre leur gré avant d’être enfin autorisés à quitter les locaux pour rejoindre le mouvement.
Cahiers de doléances...
L’on sait ce que sont devenus les fameux "cahiers de doléances" des gilets jaunes (voir Le Démocrate de l’Aisne du 1er août 2025). "Il [Édouard Geffray, ministre de l’éducation nationale, NdLR] nous ressort un numéro vert. Pourquoi cette nouvelle plate-forme en ligne ? On crie nos revendications depuis des semaines, on les écrit sur des pancartes, on les diffuse sur TikTok etc. S’ils veulent vraiment nous entendre, il suffit d’écouter", ironie une lycéenne.
Avec ces pancartes toujours aussi percutantes ("Des classes pleines, des promesses creuses" ; "Il vous a pointé du doigt, vous lui avez coupé la main" ; "Brigitte reviens, y’a plus assez de profs") en main, les lycéens expliquent leur présence : "Parcoursup est horrible ! Ça nous classe, nous déshumanise et nous met en concurrence. Ici on ne s’en sort pas trop mal ; malgré les profs absents pas remplacés, les craintes de coupures d’électricité (les factures seraient payées avec toujours plus de retard), les portes des toilettes sans poignée ni verrou..., on n’a pas l’établissement le plus sous-financé. Mais on se bat aussi pour les autres, par solidarité. Et pour les générations futures ; pour nous c’est déjà mort mais on pense aux suivants."
De leur côté, plusieurs enseignants évoquent les Titulaires sur Zone de Remplacement (T.Z.R.) dans le second degré. "Voilà d’où viennent les 3 000 profs apparus comme par magie ! On prend Paul pour rhabiller Jacques ! Notre collègue prof d’Histoire vient d’être envoyé à l’autre bout de la France pour enseigner les Mathématiques... C’est indigent pour nous comme pour les élèves. Ils envoient n’importe qui n’importe où pour combler les trous sans se soucier de la qualité de l’enseignement ou du traumatisme de la délocalisation subi(t)e".
Bismillah lutte finale
Toujours pas manipulés dans l’ombre par des "proxys" imaginaires, les mouvements des lycées et syndical commencent cependant à s’apprivoiser et à se nourrir l’un de l’autre. Ainsi, l’on a pu entendre des adultes hilares faire gonfler leurs auras à base de "Bismillah, c’est les ténèbres" (phrase utilisée maladroitement par les services de renseignements pour tenter d’infiltrer le mouvement et tournée en ridicule par ce dernier qui en dénonce les biais racistes).
De son côté, la jeune May, 17 ans, prenant la parole devant le lycée Daubié, a appelé de ses vœux l’abolition du capitalisme et des fausses démocratie et méritocratie dans l’optique de l’avènement d’une société "où les prolétaires travailleraient par passion et non par aliénation".
Léo Decasse
Le Démocrate de l’Aisne
PAR : Léo Decasse
Le Démocrate de l’Aisne
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