Littérature > "Il y a des mai qui tiennent" pense le rat noir
Littérature
par Patrick Schindler le 2 mai 2026

"Il y a des mai qui tiennent" pense le rat noir

Lien permanent : https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=8959




Mai, démarrage en Allemagne avec Hinkermann d’Ernst Toller. Petit détour par la Suède pour retrouver Stig Dagerman et ses Ennuis de noce. États-Unis : Blues pour Sonny de James Baldwin. France, en ce mois de commémoration de La Commune de l’autre côté du miroir : Les écrivains contre la Commune de Paul Lidsky. Puis, Tacts - Remanier la psychanalyse avec les féministes et les queers de Fabrice Bourlez.



Tableau du peintre américain J.S. Sarjent

« Le monde n’est qu’une branloire pérenne » Montaigne

Ernest Toller : Hikermann





Ernst Toller est né au royaume de Prusse en 1893, dans une famille juive. En 1914, il s’engage comme volontaire dans l’armée et combat treize mois sur le front de l’ouest, avant de subir un effondrement physique et moral. Son premier drame sera directement inspiré de cette triste expérience.
En 1919, dans le contexte des troubles qui accompagnent la fin de la Première guerre mondiale, Toller proclame la République des conseils de Bavière dont il prend la direction. Il s’entoure d’autres intellectuels, comme Erich Mühsam et Gustav Landauer, eux-mêmes militants anarchistes.
Nullement préparés à gouverner, sans liens avec les autres milieux socialistes d’Allemagne et d’Autriche, ils prennent une série de décisions, jugées plus tard incohérentes. Si le régime de la République bavaroise ne commet pas d’actes sanglants, l’annonce le 10 avril, de créer des « tribunaux révolutionnaires sans possibilité d’appel » contribue à semer l’effroi au sein de la bourgeoisie. La République sera de brève durée avant d’être écrasée par les Corps Francs.
Condamné à mort, Ernst Toller verra sa peine commuée à cinq ans de prison, qu’il effectuera en grande partie à la forteresse de Niederschönenfeld. C’est là qu’il écrit nombre de ses pièces de théâtre avant de militer activement contre le NSDAP, le parti nazi. Ses ouvrages sont interdits par le nouveau pouvoir national-socialiste qui lui retire dans la foulée sa citoyenneté allemande.
Il s’exile à Londres puis aux États-Unis où il continue à écrire mais sans succès. À New York, il vit au milieu d’un groupe d’artistes en exil, comme Klaus et Erika Mann, Therese Giehse [note] ... Il tente d’alerter sur les dangers du fascisme et se désespère de la neutralité des pays occidentaux devant la guerre d’Espagne et de la signature des accords de Munich. Profondément dépressif, il se suicide dans sa chambre d’hôtel en 1939.
Klaus Mann très affecté, écrira : « Il n’y avait pas de lettre d’adieu pour nous expliquer ses raisons ».

Vidéo courte sur le parcours d’Ernst Toller



Cette nouvelle édition de Hinkermann (éd. L’avant-scène théâtre), fait revivre une des pièces écrites en prison entre 1921 et 1923, par l’anarchiste allemand Ernst Toller. Elle fut jouée en 2015 au Théâtre de la Colline à Paris, dans une mise en scène de Christine Letailleur. Un des acteurs explique qu’il s’agit-là d’une œuvre visionnaire de jeunesse de Toller - le contemporain de Berthold Brecht - « encore plein des atrocités qu’il a pu voir à la guerre et a livré dans cette pièce, mille facettes de son être et de questions sans réponses dans la tragédie contemporaine que fut sa vie ».

« La tragédie d’un seul homme peut devenir en même temps la tragédie de la société dans laquelle il vit ».
Dans une lettre d’Ernst Toller envoyée de sa prison à Stefan Zweig

Le premier acte se déroule dans la cuisine du logement ouvrier qu’occupent les Hinkermann. Greta se plaint du manque de charbon tandis qu’Eugen son mari, l’air absent, tient dans sa main un petit chardonnet aux yeux crevés. Qui a bien pu accomplir cette atrocité ? Nous ne l’apprendrons que plus loin. Lors d’une réplique saignante, nous allons découvrir qu’Eugen est devenu estropié à la guerre « par le coup de feu glorieux d’un salaud. Depuis, je suis une maladie qu’on cache, un pantin dont ils ont tiré les ficelles jusqu’à ce qu’il casse ». Et on verra combien sa blessure n’a rien d’anodin. L’arrivée de Paul Grosshahn, un ami d’Eugen oriente le dialogue impétueux du couple sur une autre voie quand ce dernier déballe ses frustrations de prolétaire et leur confie que le seul plaisir qu’il lui reste, c’est l’amour. Révélation qui aura elle aussi, son importance dans le déroulé de la pièce. Tandis qu’Eugen part à la recherche d’un hypothétique travail, Paul reste seul avec Greta. Celle-ci se laisse aller à la confidence « Durant ces six dernières années, j’étais comme une souris tapie dans son trou qui n’ose pas courir à la lumière ». Paul sera-t-il cette lumière ? Pendant ce temps, Eugen tombe sur un forain qui, impressionné par sa corpulence musclée, l’embauche dans un spectacle très spécial afin de satisfaire un peuple « qui a encore besoin de sang » ! Comment Greta accompagnée de Paul réagira-t-elle lorsqu’ils découvriront son mari déguisé en « homme-ours », censé représenter « la puissance allemande faite chair » ?...
Outre l’intrigue fort bien construite, la puissance du texte éclate dans la manière dont Ernst Toller nous fait pénétrer au plus profond de ses personnages. Sa peinture des frustrations des mutilés de la guerre de 14, la mise en lumière des préoccupations matérielles des prolétaires et celles des intellectuels occupés eux, à opposer le bonheur individuel au bonheur collectif !… C’est au cours de cette scène qu’Eugen hors de lui, fera son outing et révélera la nature de sa mutilation. Après qu’il aura quitté la taverne, nous croiserons avec lui des petits Berlinois criant la Une des journaux, « Pogroms juifs brûlés en Galicie », « Chute du dollar », « Crainte des spartakistes » et autres propos arrogants et provocateurs des Corps Francs. Eugen : « J’ai traversé les rues, je n’ai pas vu d’êtres humains, des masques, rien que des masques grimaçants et une misère… » Comment son drame se terminera-t-il ?
Christine Letailleur, metteur en scène : « Cette pièce transpire la sensibilité d’un poète, celle d’un homme et de sa solitude. Une écriture active, créatrice de violence et de trouble » …

Stig Dagerman : Ennuis de noce




Stig Dagerman est né en 1923 à Älvkarleby (Suède). Fils d’ouvrier, abandonné tout petit par sa mère, Stig est élevé par ses grands-parents. Il arrive à Stockholm en 1932, pour vivre avec son père et finir ses études. D’obédience anarcho-syndicaliste, il s’inscrit aux jeunesses syndicalistes de Stockholm en 1941. Il amorce sa carrière littéraire en 1941. En 1943, il épouse Annemarie Götze, fille de réfugiés allemands, pour qu’elle puisse bénéficier de la nationalité suédoise et rester en Suède, son père militant anarcho-syndicaliste, étant activement recherché en Allemagne. Deux fils naissent de leur union.
Dès son premier roman Le Serpent dans lequel apparaît déjà le thème du suicide, le consacre comme le porte-drapeau de la nouvelle vague littéraire suédoise.
Anarchiste engagé, en 1946/47, il est envoyé en Allemagne pour constater les dégâts des bombardements et témoigner pour son journal de la misère et de la pauvreté qui y règnent. Il accumule les romans et les succès littéraires pendant quatre ans. Mais à partir de 1949, Dagerman se trouve dans l’incapacité d’écrire, il a la certitude de ne pas être à la hauteur des espoirs que le public avait mis en lui. Dépressif depuis longtemps, il se suicide, le 4 novembre 1954, dans le garage de sa résidence, en banlieue de Stockholm.



Après les nouvelles éclectiques Notre besoin de consolation est insatiable de Stig Dagerman (évoquées dans le Rat noir de mars 2025), nous vous proposons de découvrir Ennuis de noce (éd. 10/18, trad. C.G. Bjurström & Lucie Albertini).
Le titre de ce roman fut inspiré à Dagerman par un poème anonyme suédois du XVIIème siècle. Il est considéré comme son plus grand.
La première partie intitulée Qui frappe à la maison de la mariée, débute par une métaphore décrivant la demeure paysanne de Hildur Palm, la future mariée dite « fille d’escargots : « La maison familiale se trouvait toujours sur leur dos et leurs habitants se déplaçaient peu, laissant venir tout à eux, jusqu’où ils pouvaient voir ». L’action va se dérouler sur vingt-quatre heures dans ce petit village suédois qui célèbre le mariage d’Hildur avec Hilmer Westlul, le boucher. Ce dernier bien plus vieux qu’elle, veuf et déjà père d’une fille « maître de plusieurs maîtresses, un être odieux et suffisant ramenant à tout bout de champ sur le tapis, les souvenirs de son bref séjour aux Etats-Unis ». Dans autant de scénettes dignes de tableaux rustiques, Dagerman nous fait faire le tour des habitants du village qui ce matin-là, s’éveillent : « d’aucuns fripés comme une chemise du matin, d’aucuns après leurs insomnies, leurs amours illicites ou fastidieuses, leurs rêves ou leurs cauchemars, leurs petits soucis, leurs désillusions, leur solitude, leur folie ou leurs espoirs ». Tous se demandent « Mais qui peut bien frapper à l’aurore au carreau de la future mariée à cette heure ? » C’est là que nous apprenons qu’elle est enceinte, mais de qui ? Au fil des pages, le roman s’enrichi de magnifiques descriptions de la nature et des animaux interrompant de courts dialogues ou monologues cocasses ou très subtiles, sortis de la bouche soit de « ces vieilles qui fouillent dans leur panier avec des doigts recroquevillés d’avoir trop joué avec la vie », ou d’une villageoise qui « hait les jeunes, ces pisse-froid qui enlèvent à peine la pipe de leur bec pour parler à ceux qui les aiment » ou encore, les propos d’un pasteur perché « encore trop jeune pour pouvoir aider les autres »…
Rendus au milieu du récit quelques heures avant la célébration, on assiste à l’arrivée d’un tourbillon d’invités. Un chanteur étranger en perpétuel questionnement sur son talent ; une irrésistible fille de la ville qui se vante d’avoir couché avec plusieurs peintres et n’aimer que les « atmosphères artistiques » ou encore, trois vagabonds et un « faux suicidé » aux tendances cleptomanes, etc. Tous déjà bien alcoolisés, belliqueux. Leurs propos attendront des sommets de vulgarité, les vieux se confondant en ragots, bref un régal. Dans sa seconde partie intitulée « On fait avec ce qu’on a » nous pénétrerons plus loin dans les délires spasmodiques de certains de ces personnages « près du bonnet qui excellent à transformer le réel en un rêve insolent ou en un cauchemar pervers ». Parmi tout ce fatras, quid de nos deux mariés ? Ce n’est que dans l’épilogue « Où est l’ami que je cherche partout », que Stig Dagerman nous entrainera dans une fin troublante où nous toucherons du doigt le sublime !
Dans cette réédition augmentée, l’éditeur Maurice Nadeau nous gratifie de deux textes dont un de Dagerman nous racontant la lente maturation de son roman et l’autre, de la main de sa fille Lo Dagerman « qui cherche à comprendre l’œuvre de ce père qu’elle n’a pas connu, car décédé trois ans après sa naissance »…

James Baldwin : Blues pour Sonny



James Arthur Baldwin est né en 1924, dans une famille pauvre du quartier de Harlem (New-York). Avant sa naissance, sa mère avait quitté son père biologique à cause de sa toxicomanie. Baldwin, est violé plusieurs fois, notamment par des policiers, une expérience qui le marquera à vie, mais ne l’empêchera guère de prendre grand soin de ses frères et sœurs. C’est au collège qu’il s’initie à l’écriture. Pour faire face aux agressions qu’il a subi, dans un premier temps il a recours à la religion. Il en revient vite. Quelques belles rencontres lui font prendre conscience qu’une personne de couleur peut aussi devenir artiste. Il quitte sa famille, s’installe à Greenwich Village où il commence à assumer son homosexualité. Il enchaîne les petits boulots, partage un temps un appartement avec Marlon Brando.
Perpétuellement en but au racisme, écœuré par le ségrégationnisme et l’homophobie, il quitte les Etats-Unis et s’installe en 1948, dans le Paris de la rive gauche où âgé de 24 ans, il commence à se faire un nom. En 1970, il s’installe dans le sud de la France où il ouvre sa maison aux amis et artistes américains de passage. Il se lie avec Yves Montant, Marguerite Yourcenar, etc. Atteint d’un cancer à l’estomac, il meurt en 1987 à Saint-Paul de Vence.
Baldwin a influencé entre autres, Allan Ginsberg et Jean Genet.

Quelques images et extraits d’interviews.



Tandis qu’il sort d’un cours de mathématique donné au lycée, c’est en parcourant le journal dans le métro que le narrateur de Blues pour Sonny (écrit en 1965, éd. Folio, trad. Jean-René Major) apprend que son petit frère Sonny - qu’il n’a pas vu depuis un an - a été appréhendé au cours d’une descente de police pour avoir pris et vendu de l’héroïne.
Quand il repense à son frère à l’âge de ses élèves, notre narrateur s’en souvient comme l’exemple même d’un bon garçon que rien ne le présageait, comme beaucoup d’autres enfants de Harlem, « à se cogner brusquement le plafond bas de leurs possibilités qui leur étaient offertes et à se consumer de rage ».
Avant d’aller retrouver son frère à sa sortie de prison, le narrateur commence par interroger le meilleur ami de celui-ci, afin d’essayer de comprendre comment après avoir choisi la musique puis s’être engagé dans l’armée, il en est arrivé là. Sonny libéré, son frère l’emmène chez lui en traversant le Harlem de leur enfance où vivent toujours des garçons pareils à ceux qu’ils avaient été « étouffant dans leurs maisons et descendant dans la rue pour avoir de l’air et de la lumière, et se retrouvaient encerclés par la misère. Certains échappant à cette prison. La plupart y demeurant ».
Alors, revient à la mémoire du narrateur le déroulé de leur vie familiale et plus précisément une scène majeure où des années auparavant, son frère lui avait fait part de ses doutes sur la vie et dont alors, il n’avait pas perçu le sens. C’est lors d’une scène grandiose se déroulant dans une boite de Blues de Harlem que Sonny parviendra enfin à faire comprendre à son ainé ce qu’il n’avait pas vu ? Du grand Baldwin…

Paul Lidsy : Les écrivains contre la Commune





Cet ouvrage a été publié en 1970 aux éditions Maspero et réédité en 1999, par les éditions La découverte. Il réunit « une masse de textes aujourd’hui à peu près complètement ignorés qui révèle des aspects méconnus de la personnalité et des idées de nombreux écrivains qui remettent souvent en question l’image que l’on se fait d’eux ». On ne saurait mieux dire !
En effet à part cinq de ceux évoqués dans l’ouvrage, tous les écrivains notables « dont on se réjouit cependant de leur talent littéraire » prirent ouvertement position contre les Communards - les Versaillais, rappelons-le firent parmi eux, environ 30 000 victimes en moins de huit jours lors de la Semaine sanglante. Pour comprendre les origines de ce rejet, Paul Lidsky va remonter à la révolution de 1848, tandis que nombre d’écrivains (Georges Sand, Charles Baudelaire, Victor Hugo, Alfred de Vigny, etc.) sortirent dans la rue avant d’être emportés par leurs rancœurs, leurs désillusions et pour certains, se rallier au Second Empire, d’autres se réfugier dans « l’art pour l’art » ou la nature. Nous lirons de nombreux extraits de leurs commentaires pessimistes. Pour la plupart d’entre eux, ces désillusions expliqueront leur réticence face à La Commune qu’ils n’ont d’ailleurs pas vécue en direct. Par la lecture de leurs journaux intimes et leur correspondance, nous verrons comment ont réagi entre autres, les Goncourt, Flaubert ou encore Théophile Gautier et Feydeau, à l’annonce du soulèvement. D’autres comme Catulle Mendès, Emile Zola, George Sand ou Anatole France seront plus nuancés, avant devenir hostiles ou carrément insultants. Les communards étant vus comme « alliés des Prussiens, des assassins et des voleurs, des alcooliques et des fous dangereux ». Les communardes elles, étant perçues comme « des femelles en rut, des furies perverses, dévoyées », etc. En revanche, l’œuvre de la Commune sera totalement oubliée. Très intéressantes seront leurs réactions au moment de la Semaine sanglante, notamment celle d’un Emile Zola espérant une conciliation aux royalistes, injurieux et se focalisant sur les Pétroleuses. Peu d’entre eux décrirons les convois de prisonniers. Et après l’écrasement de la Commune, lesquels seront pour un retour à l’ordre et à la morale ? Et lesquels, quitte à être assimilés aux « anarchistes incendiaires » se démarqueront ? Nous verrons plus loin, les premiers s’ancrer dans une idéologie réactionnaire contribuant selon Paul Lindsy « à marquer la pensée de droite et d’extrême-droite de la fin du XIXème au XXème siècle ». Pour les seconds, on notera le peu de textes pro communards écrits (sinon ceux entre autres, de Paul Verlaine et Arthur Rimbaud) par rapport à ceux anti (notamment de Barrès, Gobineau, Zola, Claudel, Daudet, etc.), illustrés par de nombreux extraits édifiants ! Peur de l’ouvrier et autres clichés racistes et mythologiques leur permettant d’échapper à une explication sociale et politique. Nous verrons enfin par quels procédés littéraires, ces écrivains réactionnaires détruiront l’argumentation communarde « sans procès, une lecture immédiate manichéenne du jugement, un condamnation » selon Roland Barthes, le tout illustré par des extraits de leurs romans. Nous étudierons leurs mots « défouloirs », leurs adjectifs injurieux et substantifs péjoratifs, leurs analogies animalières, etc. Dans sa conclusion, Paul Lidsy nous expliquera pour quelles raisons selon lui, la littérature anti communarde disparut au bout d’une vingtaine d’années et pourquoi si Anatole France et Zola évoluèrent vers la gauche, les thèmes développés par les écrivains versaillais reparaitront quelques années après sous la plume des écrivains d’extrême-droite comme Barrès, Bouget Léon Daudet ou Mauras.
Pour contrebalancer, la dernière partie de l’ouvrage nous fera découvrir ces artistes (dont certains peu connus) ayant eu une attitude beaucoup plus favorable et dont certains comme Gustave Courbet, Ulysse Parent ou le sculpteur Auguste Ottin, s’étaient engagés même dans la révolution communarde. Nous verrons l’attitude des impressionnistes face à la Commune et s’abattre sur ceux les plus engagés une répression féroce. Exil, vies brisées et œuvres censurées les condamnant à l’oubli sous prétexte « d’apologie de la Commune ». Qu’en fut-il des artistes de la génération suivante ?

La Semaine sanglante interprétée par Marc Ogeret.

Fabrice Bourlez : Tacts, remanier la psychanalyse avec les féministes et les queers



Fabrice Bourlez à la bibliothèque Le Diable au Corps, photo Patrick Schindler

Fabrice Bourlez, psychanalyste et enseignant en philosophie à l’Ecole supérieure d’art et de design de Reims, était l’invité du Diable au corps de Rouen pour présenter son essai Tacts, remanier la psychanalyse avec les féministes et les queers (éd. PUF).




« Affirmer que la psychanalyse est une science abstraite coupée du corps dévoué au signifiant et au rebus, c’est aller trop vite en besogne. La psychanalyse met les corps en jeu ».
Pour introduire la présentation de son essai, Fabrice Bourlez a évoqué un cliché. Celui « du combat que se mèneraient les athlètes de l’inconscient avec d’un côté les psychanalystes conservateurs aux méthodes à la papa et de l’autre, les psys nihilistes néo-punks ». Or selon Fabrice pour dépasser ces clichés, la psychanalyse a besoin d’un peu d’air frais ! C’est bien ce qu’il a tenté de faire dans son essai à partir de questions comme par exemple, « comment interpréter les rêves, les lapsus et les angoisses sans pour cela oublier les corps dans leur multiplicité » ? ou encore, « comment traiter le point intouchable chez les individus » ou bien, « comment partager les expériences analytiques et le désir qu’elle porte en elle » ?...
Dans les premières pages, l’auteur nous raconte comment il s’est orienté vers ces démarches tandis qu’il s’apprêtait à recevoir son premier patient dans son cabinet. Or, ce dernier, homosexuel, y mit une condition (à découvrir) qui fit beaucoup réfléchir Fabrice Bourlez. Notamment sur la pratique de la psychanalyse où depuis Freud, un psy « ne doit pas toucher son patient ». C’est ainsi que l’auteur a commencé à repenser l’expérience psychanalytique à partir d’un de ses concepts techniques : le tact ou plus exactement « comment écouter avec tact, une technique de pénétrabilité sobre mais pas neutre » dont il nous donnera quelques exemples. Pour résumer, « sans l’élasticité des tacts , il est impossible d’atteindre le réel en jeu dans le transfert ».
Mais, le tact est-il quelque chose de déterminé ou quelque chose de plus contingent qui ne cesse de s’adapter au discours du sujet ?
Avant de répondre à cette question, Fabrice Boulez va nous replonger dans la longue histoire des expériences psychanalytiques. Depuis Sigmund Freud, Jacques Lacan, Gilles Deleuze, Luce Irigaray, jusqu’à Eve Sedgwick Judith Budler et autres psychanalystes féministes et queers. L’auteur puisera également dans l’imaginaire de Marcel Duchamps et de son fameux tableau Prière de toucher, ou encore dans les dits d’un Guy Hocquenghem.
Rien de prétentieux ou de restrictif donc, dans la démarche entreprise par Fabrice Bourlez. Elle consiste, en gros « à ne pas la considérer comme figée mais au contraire essayer de la reprendre en main, de laisser advenir un peu de différences », c’est-à-dire « à ne pas prendre les choses frontalement, les forcer, étreindre violemment au risque sinon de les étouffer »… Trouver un espacement ? Une séparation, un écart ? Envisager le tact non pas au sens de politesse, mais comme une indication politique, psychologique et technique ? Ce sont autant de pistes que nous invite à suivre l’auteur dans son essai et de nous demander si « fédérer dans la diversité, unir, réunir sans aplatir pour tenter de changer la donne en s’adapter aux nouvelles évolutions en matière d’appréhender le corps » relève de l’utopie ? La psychanalyse née il y a plus d’un siècle, est-elle encore capable d’évoluer ? Tout un programme en somme et : aux bons « entendeurs toucheurs », salut !

Patrick Schindler, groupe de Rouen de la FA

Une passagère clandestine sur un texte de Joan Pau Verdier


et puis, puisque nous sommes en mai...





















PAR : Patrick Schindler
groupe de Rouen de la FA
SES ARTICLES RÉCENTS :
En avril, le rat noir ne se découvre pas au fil de la lecture
Que nous propose le rat noir pour ce court mois de février ?
V’là l’printemps qui s’annonce et l’rat noir qui s’ramène...
En route pour un nouveau tour de manège, rat noir !
Décembre, le rat noir a un scoop : Dieu existe. C’est le Père-Noël qui lui a dit.
"Qu’on me laisse à mes souvenirs de lecture" fredonne le rat noir en ce mois de novembre.
En octobre le rat noir lira-t-il des octosyllales à l’octopode octogénaire ?
Septembre, des livres plein le cartable, le rat noir fait sa rentrée
Qui est in et qui est août ? se demande le rat noir
Juillet, rat noir, qu’est-ce que tu lis pour les vacances ?
Le Rat noir a lu Guy Pique
Mai, ou, et, donc, le rat noir ?
C’est le printemps, avril, le rat noir est de retour.
Sur le calendrier du rat noir, au mois de février, les jours s’allongent peu à peu
"Monsieur Janvier, c’est des livres francs" exige le rat noir.
Décembre, le rat noir a rempli sa hotte
A Athènes, Exarcheia est toujours bien vivante : La Zone, un nouveau lieu de rencontre libertaire vient d’ouvrir ses portes !
Le rat noir fera craquer les pages blanches, octobre tiendra sa revanche
Les livres portent déjà les couleurs de septembre et l’on entend, au loin, s’annoncer le rat noir
Le raout du rat (noir) en août
Les livres du rat noir de juin, les livres du rat noir de juin
Mai, mai, mai, Patrick mai... Mai, mai, mai, rat noir !
"Nous roulerons comme les écrivains roulent Ni riches, ni fauchés... Viens être mon rat noir d’avril Viens, nous allons briser toutes les règles"
Mars : "Un pas, une pierre, un rat noir qui bouquine..."
Février de cette année-là (2024) avec le rat noir
Janvier, une nouvelle révolution... terrestre*. Et le rat noir, toujours là.
Décembre : pas d’hibernation pour le rat noir.
Novembre, le rat noir toujours plongé dans des livres.
lectures d’octobre avec le rat noir
Sœurs ensemble, tu n’es plus seule !
Les vendanges du rat noir. Septembre 2023, un bon cru...
Le rat noir est "in" pour ce mois d’août
Lunettes noires pour un rat noir, voilà juillet.
Gay Pride d’Athènes 2023 en une seule photo !
Le rat noir répond à l’appel de juin
En mai le rat noir lit ce qui lui plait (mai 2023)
En avril le rat noir ne se découvre pas d’un livre
Athènes . Rendez vous féministe et solidaire était donné le 8 mars
En Arès, le rat noir hellénophile attend le printemps.
Hommage au philosophe, René Schérer
Pour un mois de février à ne pas mettre un rat dehors...
Le rat noir a fait au gui l’an neuf : merveille : son œuf mensuel.
Grèce. Un Rom de 16 ans tué par un policier pour un vol à 20 €
Pour finir l’année avec le rat noir
Commémoration du 17 novembre 1973, hier à Athènes
Ballade en novembre pour le rat noir
Finies les vendanges en octobre, le rat noir fomente en tonneau
"C’est en septembre que je m’endors sous l’olivier." rêve le rat noir
Coming août, voici le rat noir.
Le rat noir lit à l’ombre en juillet
Gay Pride Athènes 2022
En mai, le rat noir lit ce qui lui plaît.
En avril, le rat noir ne se découvre pas d’un livre.
Encore un peu du rat noir pour mars
Le rat noir de mars
Vite, le rat noir avant que mars attaque...
Février de cette année-là, avec le rat noir.
Une fin de janvier pour le rat noir
deux mille 22 v’là le rat noir
Le Rat Noir de décembre...
Un rat noir de fin novembre...
Début novembre, le rat noir est là
Octobre, nouveau message du rat noir
revoilà le rat en octobre
Le message du rat noir, fin septembre
La rentrée du rat noir
La fin août du rat noir
Mi-août, voilà le rat noir !
Le rat noir, du temps de Jules au temps d’Auguste
Le rat, à l’ombre des livres
Interview de Barbara Pascarel
Le rat noir, fin juin, toujours le museau dans les livres
Un bon juin, de bons livres, voilà le rat
On est encore en mai, le rat lit encore ce qui lui plait
En mai le rat lit ce qui lui plait
Fin avril, le rat noir s’est découvert au fil de la lecture
Un rat noir, mi-avril
Une nouvelle Casse-rôle sur le feu !
Qu’est Exarcheia devenue ?
V’là printemps et le rat noir en direct d’Athènes
Le rat noir de la librairie. Mois de mars ou mois d’arès ? Ni dieu ni maître nom de Zeus !!!
Librairie athénienne. un message du rat noir
Le rat noir de la librairie athénienne. Février de cette année-là.
Le rat noir d’Athènes mi-janvier 2021
Le rat noir de la bibliothèque nous offre un peu de poésie pour fêter l’année nouvelle...
Volage, le rat noir de la bibliothèque change d’herbage
Octobre... Tiens, le rat noir de la bibliothèque est de retour...
Le rat noir de la bibliothèque pense à nous avant de grandes vacances...
Maurice Rajsfus, une discrétion de pâquerette dans une peau de militant acharné
Juin copieux pour le rat noir de la bibliothèque.
Juin et le rat noir de la bibliothèque
Mai : Le rat noir de la bibliothèque
Séropositif.ves ou non : Attention, une épidémie peut en cacher une autre !
Mai bientôt là, le rat de la bibliothèque lira ce qui lui plaira
Toujours confiné, le rat de la bibliothèque a dévoré
Début de printemps, le rat noir de la bibliothèque a grignoté...
Ancien article Des « PD-anars » contre la normalisation gay !
mars, le rat noir de la bibliothèque est de retour
Janvier, voilà le rat noir de la bibliothèque...
Vert/Brun : un "Drôle de couple" en Autriche !
Ancien article : Stéphane S., le poète-philosophe libertaire au « Sang Graal »
Algérie : l’abstention comme arme contre le pouvoir
Décembre 2019 : Le rat noir de la bibliothèque
1er décembre, journée mondiale contre le sida : les jeunes de moins en moins sensibilisés sur la contamination
A Paris, bientôt de la police, partout, partout !
Les Bonnes de Jean Genet vues par Robyn Orlin
N° 1 du rat noir de la bibliothèque
En octobre et novembre le ML avait reçu, le ML avait aimé
Razzia sur la culture en Turquie
Ces GJ isolés qui en veulent aux homos !
Service national universel pour les jeunes : attention, danger !
Vers l’acceptation de la diversité des familles dans la loi ?
Une petite info venue de Grèce
Le philosophe à l’épreuve des faits
La Madeleine Proust, Une vie (deuxième tome : Ma drôle de guerre, 1939-1940)
Loi sur la pénalisation des clients : billet d’humeur
Les anarchistes, toujours contre le mur !
Le Berry aux enchères
Réagir à cet article
Écrire un commentaire ...
Poster le commentaire
Annuler