Littérature > Les marins ne savent pas nager
Littérature
par Berny F. le 22 février 2026

Les marins ne savent pas nager

Lien permanent : https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=8853





Dominique Scali, jeune auteure québécoise,(née en 1984) journaliste au Journal de Montréal, a déjà écrit un premier roman, À la recherche de New Babylon (La Peuplade, 2015).

Elle écrit d’abord et avant tout, explique-t-elle,
pour dompter les obsessions qui l’habitent, en utilisant l’imaginaire pour les exprimer « Non, l’imaginaire, ce n’est pas juste pour les enfants ou pour le divertissement. Ce n’est pas juste une littérature de “genre” qui ne s’adresse qu’à ses fans. Ça peut aussi être une littérature de qualité qui brouille les limites des catégories, une littérature essentielle qui nous façonne et nous aide à refaçonner le monde. Je suis particulièrement fière de m’inscrire dans cette lignée. »

Dominique Scali possède, donc, un imaginaire exceptionnel, d’une richesse hors-norme et s’est appuyée sur de solides recherches pour construire son intrigue, son roman va de rebondissement en rebondissement et l’ imprévu nous surprend à tout moment, en raison d’une construction narrative logiquement pensée qui pourtant ne nuit pas au suspens.

Et que dire de la langue qui nous saisit dès la première phrase faite de tournures anciennes et d’inventions, de vocabulaire de la vieille navigation à voile et de « parler francophone » du Québec.

Au long d’une quarantaine d’années, et de 700 pages, Les marins ne savent pas nager nous entraîne dans le sillage de Danaé Berrubé-Portanguen, dite Poussin. Une orpheline qui, chose rare sur ce rocher entouré d’eau froide, sait nager et n’hésite pas à utiliser son «don» afin de se porter à la rescousse des naufragés ou pour aller piller les épaves des nombreux navires venus se fracasser sur les récifs qui entourent l’île et ses « contours trop raboteux ».


Parfaite métaphore de notre/nos sociétés contemporaines,
le roman nous plonge dans une sorte de XVIIIe siècle dystopique , sur Ys, une île perdue au milieu de l’Atlantique Nord, « à égale distance de l’Europe et de l’Amérique », qui semble parfois au large du Québec ….
Faux roman historique, faux roman maritime, fausse fable politique, quoique la morale que pourraient en tirer les lecteurs trices, s’appliqueraient sans peine à notre XXI siècle

Les marins ne savent pas nager est d’abord et surtout un fabuleux roman d’aventures dans lequel se côtoient les « privilégiés », habitants de la Cité et les autres, les « riverains », en fait les laissés-pour-compte, nés « du mauvais côté du mur », à la merci des grandes marées qui frappent l’île deux fois l’an et qui emportent tout, toit maison habitants
Et comme dans notre monde ceux-ci s’opposent violemment à ceux-là, dans ce qui ressemble beaucoup à une lutte de classe, et à plusieurs reprises, les « nantis » n’hésitent pas à user de la plus grande des violences à leur égard, voire à tenter de les exterminer

Roman d’aventure, pas seulement, roman d’initiation aussi qui suit pas à pas le périple de Danaé qui, malgré elle, va vivre mille vies et dont l’ascension sera toujours suivie de terribles chutes parce que rien dans ce monde, comme dans le nôtre, n’est jamais donné et que, tout le monde, bien sûr, le sait, il n’y a pas de justice immanente
Roman enthousiasmant, surement, gorgé d’espoir et de personnages attachants souvent des « riveraines" dures au labeur mais d’une humanité, d’une solidarité (sororité si ce terme n’était pas trop chargé d’autre sens actuellement) sans bornes et qui font que, même au fond de l’ espoir le plus noir, et surtout ensemble il y a des raisons de se relever.

Berny F.
PAR : Berny F.
SES ARTICLES RÉCENTS :
Réagir à cet article
Écrire un commentaire ...
Poster le commentaire
Annuler