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Histoire
par Julien Caldironi le 8 novembre 2025

Quand la télé étatique arrange un peu l’histoire à sa sauce…

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France Télévision a diffusé un documentaire de Serge de Champigny, Franco, le dernier dictateur en deux parties, sur France 5, le 2 novembre.
Sa première partie a de quoi faire bondir toute personne un tant soit peu intéressée par la période.
Au-delà de l’invisibilisation globale des anarchistes (sauf quand il s’agit de commenter en voix off les images de saccages et d’incendies des églises) au profit des communistes, pourtant très marginaux au début de la guerre civile, au-delà du fait qu’à chaque sympathisant républicain interviewé (enfant au moment du coup d’Etat) évoquant ses proches martyrisés et assassinés, avec des larmes dans les yeux et dans la voix, le documentaire donne aussitôt la parole à un salopard de franquiste qui chante les louanges de la charogne décédée depuis un demi-siècle, probablement pour équilibrer. C’est beau comme l’objectivité selon Desproges…Bref… Au-delà de ces oublis et maladresses plutôt indignes d’un documentaire sérieux, y’a de quoi bondir, donc, quand, évoquant le 17 juillet 1936 et les troupes de Franco et de ses potes généraux cherchant à s’emparer du pays, Jacques Gamblin, le narrateur nous explique alors tranquillement que c’est le gouvernement qui arme les anarchistes et les communistes pour défendre la république.




C’est un peu fort de café. Et assez désagréable à entendre. Pour mémoire, rappelons qu’au moment du putsch, le gouvernement se caractérise par son inaction et qu’il faudra attendre 24 heures pour qu’il communique. Il est paralysé par la trouille, il démissionne TROIS FOIS dans la même journée. Il tente de dialoguer avec les militaires factieux en proposant une conciliation et un compromis à la place du Frente popular. Il ment à la population en se montrant rassurant alors que la république court un danger mortel. Et il se caractérise alors, notamment, par son refus très marqué de fournir des armes à celles et ceux qui veulent défendre la république, menaçant de fusiller celles et ceux qui passeraient outre ces ordres. Ce sont les syndicats, la CNT-FAI surtout, ce sont les anarchistes qui ont réagi, se sont armés par eux-mêmes et ont défendu le régime, comme en Catalogne avec Durruti tandis qu’à Séville, ce sont des travailleurs désarmés qui tentent de s’opposer aux fascistes. Tous ces hommes et ces femmes se sont levés. Et ce, sans attendre quoique ce soit d’un gouvernement fantôme et paniqué.
Encore un exemple de la réécriture bourgeoise de l’Histoire, gommant l’action directe et l’auto-organisation des peuples, pour les remplacer par la gestion d’un État omniprésent. Si capital qu’il est inconcevable que quelque chose se passe sans lui. Comment éclipser en loucedé ce trop court moment populaire et autogestionnaire dans l’histoire du XXe siècle, quand des millions de personnes, dans une adversité d’une violence inouïe et dans un isolement terrible, ont su se débrouiller, se dresser et faire face pour résister autant que possible, sans structure étatique ni élites bourgeoises pour tutrices…




Certes, France Télévision reste une télé d’Etat, et ce n’est qu’un court moment, une phrase, dans le reportage, qui reste consacré à Franco, de son enfance à sa mort. On aura donc bon dos de s’indigner à peu de frais, et le reportage souligne bien le caractère criminel du sale caudillo et de ses sbires meurtriers de masse et c’est heureux. Mais bon, cet angle mort n’en demeure pas moins dommageable. Dans le genre et sur la période précisément de la guerre civile espagnole, on se tournera davantage vers le deuxième épisode de Ni Dieu ni maître, une histoire de l’anarchisme, de Tancrède Ramonet.

Julien Caldironi, individuel FA Maine-et-Loire
PAR : Julien Caldironi
Individuel FA Maine-et-Loire
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