Littérature > La Madeleine Proust, Une vie (deuxième tome : Ma drôle de guerre, 1939-1940)
Littérature
par Patrick Schindler le 20 juin 2016

La Madeleine Proust, Une vie (deuxième tome : Ma drôle de guerre, 1939-1940)

Nous avions déjà fait l’éloge du Tome I, "Quand j’étais p’tite", du roman Une Vie, écrit par Lola Sémonin, sympathisante libertaire et l’interprète du personnage fictif, la Madeleine Proust que l’on ne présente plus, sur la scène.

Le premier tome racontait l’enfance de la Madeleine dans le Haut-Doubs dans la première partie du XXème siècle . L’enfance de cette petite fille confrontée à la dure condition des paysans dans les régions montagneuses des contreforts du Jura. Pour ce faire, l’auteur bien connue des libertaires - et notamment de ceux de sa région, la Franche-comté -, Lola Sémonin, s’était appuyée sur des recherches dans les archives du Haut-Doubs, mais aussi sur de nombreux témoignages de personnes ayant connu ou se souvenant de ces temps reculés où la vie était bien rude aux gens de basse condition.







Le tome II aborde d’une façon toujours aussi tendre, drôle et pour autant réaliste et sans ambages, l’année de ce que l’on a appelé plus tard, la "Drôle de guerre". En 1939, le personnage narrateur du roman a 14 ans. Madeleine vit encore dans l’insouciance de son âge et affronte cependant en l’acceptant, son rôle de grande sœur au sein d’une famille très nombreuse. C’est-à-dire, de celle qui se dévoue entièrement aux petits frères et sœurs et doit abandonner l’école (qu’elle adore pourtant), pour seconder sa mère dans les travaux domestiques et les petits travaux annexes de la ferme réservés aux femmes. De ses deux grands frères, l’un aide son père aux champs, tandis que l’autre a préféré faire apprenti en ville pour ne pas subir le même sort que les paysans. Il s’affranchit vite et devient même revendicatif politiquement. Tandis que la «mère» est une campagnarde traditionaliste, travailleuse, austère, croyante, qui ne se déride que lors de rares fêtes de famille et déjà usée avant l’âge, par les tâches qui incombent aux paysannes de cette époque. Le «père» est quant à lui plus doux, plus ouvert aussi, athée, très humain, mais qui se laisse pourtant aller lors des cérémonies avec mélancolie puis douleur à ses souvenirs brûlants de la première guerre, celle de 1914. En cette année 1939, la vie suit donc son cours habituel, jusqu’à ce que les rumeurs de la guerre se propagent en France et arrivent dans cette région reculée, évidemment pas épargnée pour autant par les événements. Et alors, la routine va changer du tout au tout. Des soldats de toutes les régions du pays, détachés dans les fermes réquisitionnées par l’armée, viennent s’installer dans la petite ferme de Derrière les Gras. Emmenant pour quelques mois avec eux, leur jeunesse, leurs accents et leurs différences. Mettant un peu de joie et de bonne humeur dans la monotonie des jours et des saisons qui se suivent et s’enchaînent. La découverte de l’autre, des autres. Autres endroits : autres mœurs, la maman elle-même sera touchée par leur grâce, leur joie de vivre et recommencera pour un temps, dans ce contexte d’attente du pire, à sourire, plaisanter, enfin, vivre et profiter, pour l’heure, un peu de la vie. Tout comme la Madeleine qui les observe avec délectation, entre deux rendez-vous avec le rouquin, son amoureux... Mais bientôt, les «boches» vont leur succéder, après la cuisante défaite rapide de l’armée française et envahir le pays, qui résiste comme il peut à l’envahisseur, d’abord en débandade, en fuyant vers la Suisse, puis en s’organisant, en attendant que la sale guerre se finisse, tandis qu’elle ne fait que commencer... S’ensuit une description de la vie quotidienne sous l’occupation, d’une rigueur sans doute renforcée par les témoignages que Lola Sémonin a su dénicher et exploiter pour les inscrire dans un roman plein de vie et de charme dans l’atmosphère glaçante de cette «drôle de guerre», qui ne fait que perdurer. Une tranche de vie à déguster, avant que Lola ne nous écrive la suite de cette saga. Elle nous a déjà conquis lors du premier tome, se prolonge avec le second... Vivement l’arrivée du troisième, que nous attendons «avec gourmandise», comme dirait le poète Arthur Rimbaud...
PAR : Patrick Schindler
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