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Chroniques du temps réel
par Florence • le 29 octobre 2026

UN GRAIN DE SABLE DANS LA MACHINE

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Quand la BD Technocritique !


Vivant en Bretagne dans une région encerclée par l’agriculture industrielle et l’élevage « pucé-connecté », une jeune femme est sous le joug de son ordinateur. Incrédule, elle rencontre des opposants à la 5G et à l’élevage industriel. Tout le long des dessins, les messages échangés via internet sont matérialisés par des plaques transparentes qui s’envolent.

Des pixels pour horizon
Quand le GPS est en panne, comment se repérer dans un lieu censé être connu par cœur alors qu’on s’est défaussé de sa capacité de pensée pour la « déléguer » à sa machine de poche et qu’en conséquence on a perdu tout sens de l’orientation ?
Quand, dans l’injonction sociale à l’immédiateté, même en faisant l’amour est interrompu par une « alerte » sur son téléphone, appel perçu comme si urgent qu’il en altère les ébats intimes.
Quand la constante tension interne dégrade les relations humaines par les troubles de l’humeur.
L’héroïne tente un « stage de déconnection » pendant une semaine. D’accord, mais après ?




L’histoire fictionnelle, s’appuyant sur une documentation et des sources précises, est ponctuée de feuillets symbolisés par des bordures en spirales, expliquant des mots clés, des processus importants et d’une ouverture sur des possibles à construire : addiction, travail et vie numérique, techno-critique, luddites, surveillance, ressources, auto-construction, industrialisation des esprits, trajectoires alternatives. D’éclairantes citations sont extraites d’ouvrages de références.

Tant que nous sommes encore aptes à rêver
« Je n’ai rien à cacher » s’agace un passant environné par des caméras de surveillance. Erreur : nous nous retrouvons dans l’impossibilité de cacher quoi que ce soit (Olivier Tesquet).
En dernière page, des affiches sont placardées telles que « des arbres, pas des datas », « non à la numérisation du monde » indiquent que le combat ne fait que commencer et exprime des futurs à rêver.

Extrait de la quatrième de couverture : « À travers les parcours et les questionnements de Marie, Un grain de sable dans la machine explore l’emprise concrète des technologies sur nos vies, ainsi que sur leurs conséquences sociales, écologiques et politiques. Portée par un dessin au crayon tout en nuances, cette fiction documentaire invite à repenser nos liens au numérique. »

Cette BD est une totale réussite artistique autant qu’un modèle de vulgarisation scientifique à la fois accessible et pointu. En ces temps où les centres-data extrêmement énergivores sont construits sur des terres fertiles et assèchent les environnements urbains, la BD permet à tous.tes les résistant.es, un argumentaire très pédagogique mais jamais ennuyeux. Elle est à offrir sans restriction, dès l’âge de 14 ou 15 ans, à toute personne marchant la tête baissée, ou roulant à vélo l’oreille et l’œil dangereusement rivés sur son téléphone, sans percevoir ce qui l’entoure.

Élucubrations d’une rêveuse flegmatique
La culture, fondement de l’être humain, s’élabore sur le très long terme. Les géants de la tech, nos réels gouvernants, orchestrent le règne de l’immédiateté, sacrifice de la culture selon une stratégie de démolition généralisée de l’humain. Nous subissons sans broncher, tant nous sommes imbibés de fatalisme depuis l’intériorisation de l’interdit d’alternative sous l’ère Thatcher. Dans les manifs, le slogan Rêve général remplace parfois celui de Grève générale. Celle-ci entrainerait la coupure des outils technologiques auxquels nous sommes trop soumis pour l’envisager à grande échelle. Seul un accident bloquant les centres-data peut advenir par la surconsommation d’eau et d’électricité, nous réduisant au chaos, à l’inverse de l’Anarchie. L’empêchement de rêver clôt toute perspective d’avenir désirable. S’aggrave le champ de la rage impuissante transmutée en violence débridée, prétexte à l’enchaînement de toujours plus de répression. L’espace pour le rêve se dissoud, implacablement rongé par l’uniformisation et la déshumanisation technologique.

Florence, émissions sur Radio Libertaire
Des cailloux dans l’engrenage (l’enfance poil à gratter),
Flemmardise et rêveil-mots (ne trouble pas ma sieste),
Compositrices (une classique, oui merci).


BD de Nicolas CELNUK dessinée par Juliette BRIGAND
éd. Le Passager clandestin, coll. Sciences critiques 128 p. 22€ 2026

PAR : Florence
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