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Cinéma
par Léo Decasse le 4 septembre 2026

Jim Queen au cinéma

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La couleur des émotions est un arc-en-ciel





Le film d’animation Jim Queen (Nicolas Athané et Marco Nguyen, 2026) casse la baraque ! Les deux projections axonaises des mardi 7 et mercredi 8 juillet 2026 confirment la hype autour de l’œuvre, réunissant près d’une centaine de personnes. Les débats post-projections, animés par le collectif LGBT+ Fièr·es & Queers, permettaient une mise en contexte éclairant les nombreux niveaux de lecture de l’œuvre ayant déjà conquis quelques 250 000 spectateurs.

Allegro ma non troppo
Si Jim Queen est un petit phénomène médiatique, ce n’est pas parce qu’il traite du milieu gay parisien. Bien entendu, le film est bourré d’humour, d’autodérision, d’invitations à l’acceptation et d’autres qualités, mais ce qui fait sa force, c’est sa gestion du rythme. Comme The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008) ou Mad Max: Fury Road (George Miller, 2015) avant lui, le film se construit autour d’un tempo parfaitement maîtrisé.
« Chaque soir, des éclats de rire spontanés explosent en même temps et un tonnerre d’applaudissements accompagne le générique », se réjouit Stéphanie, une spectatrice qui ne s’est toujours pas remise de la prestation de Philippe Katerine. La structure narrative est pourtant classique : il s’agit d’une quête initiatique. Le protagoniste évolue, grandit, se questionne et s’améliore avant de triompher. Rien d’incroyable.

Enfin du neuf

Certes, rien que du classique dans la construction et dans l’animation. C’est propre et intéressant, mais pas révolutionnaire... voilà l’astuce ! L’on pense être en territoire habituel, l’on reconnaît les codes... et pourtant ! L’œuvre est une mosaïque qui transpire l’amour de la culture populaire. « Je veux le revoir, le télécharger et le regarder image par image », réclame Lison, une spectatrice sûre d’avoir « loupé 2 000 réfs, tout en en ayant vu beaucoup ».
Les créateurs aiment profondément les mangas, les jeux vidéos, la culture web, etc., dont ils sont issus et ça se sent. Contrairement aux clins d’œil poussifs et inutiles présents dans les innombrables remakes, reboots, prequels et sequels dont nous gave Hollywood, la pop culture n’est pas ajoutée ici comme un vulgaire vernis nostalgique.

Mosaïque
Jim Queen n’est pas seulement une mosaïque. C’est un mille-feuille. Dégoulinant de crème et de strates ; les niveaux de lecture y sont multiples et savamment enchâssés. Le thème central est, une fois encore, plus que classique : il est question d’amour. D’amour gay entre deux hommes que tout oppose, mais ce n’est qu’un prétexte...
Un prétexte pour évoquer les communautés gays, bien sûr, mais aussi une kyrielle de thèmes, comme la drogue, les dérives d’une société du spectacle permanent, le danger nucléaire, le patriarcat, la richesse de la diversité, la confiance que l’on place dans le corps médical ou politique, le complotisme, etc. Chaque thème, qu’il soit évoqué en passant ou plus développé, est traité intelligemment et le public est respecté dans sa capacité à saisir les messages politiques omniprésents.

Film conscient
Avec un tel sujet et de telles attentes (le film a bénéficié d’une campagne de financement participative en ligne), difficile d’être à la hauteur, de ne pas dépolitiser les enjeux. Une fois encore, l’œuvre est d’une rare maturité. Non content d’être un rafraîchissement bienvenu face aux grosses productions ne prenant jamais de risques, Jim Queen se saisit intelligemment de son sujet et l’assume politiquement.
Quand d’autres barbotent dans une pop culture saturée de nostalgie sucrée, Jim Queen reprend le flambeau de la contre-culture en lutte. Celle qui prête sa voix aux drags, aux kiffeurs, aux twinks, aux adeptes du chemsex et autres pratiques peu connues et/ou méprisées du grand public.
Pas pour juger, pour expliquer. Pour faire découvrir sans tomber dans l’angélisme, le relativisme ou le gatekeeping. Ici, tous les homos ne sont pas des gentils et tous les hétéros des méchants ; il y a même la « Gaystapo », c’est dire ! Surtout, il y a de l’autodérision, une critique sociale au vitriol et du fun en barres.

Bouffée d’oxygène
Ces réussites et concepts ne sont pas cantonnés au seul monde des idées. Quand l’horrible mère (inspirée de Christine Boutin) du héros lui intime de « laisser son placard bien fermé » ou qu’il est fait référence aux indignes « thérapies de conversion », ce sont des histoires bien réelles qui sont convoquées. « On ne mesure pas ce que les gens qui n’ont pas d’asso L.G.B.T.+ dans leur coin vivent comme solitude », déplore Guillaume Paillette, président de F.&Q.
Évoquant les dernières attaques abjectes de l’extrême droite dont elle a été l’objet, l’association rapporte que les Cotteréziens rencontrés lors de la projection dans le sud du département leur témoignent d’un grand soulagement : « Programmer ce film en salle, on n’aurait pas osé avant. Avec le RN à la mairie, c’était impensable ».

Léo Decasse,
Le Démocrate de l’Aisne

Jim Queen, Film d’animation de Marco Nguyen et Nicolas Athané.
Durée : 1 h 25. Sortie en salle le 17 juin/
PAR : Léo Decasse
Le Démocrate de l’Aisne
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