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Travail social

par Pierre • le 17 mai 2026
Mobilisation pour la défense de la restauration collective !
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Orange (ex-France Telecom) est un ancien service public national de télécommunications devenu une multinationale du secteur des télécommunications, avec environ 50.000 salariés en France (et plus de 120.000 dans le monde). Cesson-Sévigné, à l’est de Rennes, porte le deuxième bassin d’emploi du groupe Orange en France avec plus de 5.000 salariés, sans compter les très nombreux sous-traitants.
Orange y a fait construire son « vaisseau amiral » en 2019. Ce bâtiment neuf, entièrement en béton et pourtant poétiquement dénommé « Atalante », a été pensé pour y entasser l’ensemble des salariés présents dans d’autres bâtiments autour de Rennes.
A l’origine, la Direction ne voulait pas de solution de restauration collective, mais déjà vers 2016, la mobilisation des salariés permit de gagner un restaurant d’entreprise, certes avec des investissements minimaux pour l’employeur, puisque calibré pour 460 repas quotidiens alors qu’il en sert plus de 800 aujourd’hui, sans aménagement supplémentaire. Déjà à l’époque, les collègues insistaient pour défendre leur qualité de vie au travail et la convivialité de leur temps de pause.
En prévoyant de ramener cet été 2026 plus de 180 collègues supplémentaires sur ce site déjà saturé, la Direction a généré une vague de mécontentement rare dans cette population majoritairement composée d’ingénieurs et chercheurs en informatique et réseaux. Cette nouvelle densification à marche forcée ne passe plus.
94% des salariés estiment que l’arrivée de ces 180 collègues supplémentaires va essentiellement poser problème à ce restaurant d’entreprise déjà saturé.
Résultat : Sur le thème « Cantine saturée, Salariés de la restauration pressurés : cela doit cesser ! » la bataille de la restauration collective à Orange Atalante, est en train de devenir un symbole. Symbole de ce que produit la logique capitaliste lorsqu’elle prétend optimiser les coûts, densifier les espaces et pressurer toujours davantage les travailleurs. Symbole aussi de ce que peuvent construire les salarié·es lorsqu’ils refusent de subir et s’organisent collectivement.
Depuis des mois, les alertes remontent du terrain. Saturation du restaurant d’entreprise, files d’attente interminables, dégradation des conditions de travail des salarié·es de la restauration SODEXO, manque de places assises, locaux devenus inadaptés à l’augmentation massive des effectifs sur le site : la situation est explosive. Derrière le discours managérial sur la « réorchestration (!) » et le « micro-zoning », c’est une réalité bien concrète qui s’impose aux travailleuses et travailleurs d’Orange comme aux salarié·es sous-traitants : toujours plus de densification, toujours moins de moyens.
Face à cela, les personnels n’ont pas attendu une hypothétique bienveillance de la direction. Une mobilisation collective s’est construite, portée à la fois par les salarié·es Orange, les organisations syndicales et une solidarité croissante autour des travailleurs de la restauration. Cette lutte a franchi un cap avec la pétition « Cantine saturée, Salariés de la restauration pressurés : cela doit cesser ! » exigeant des investissements immédiats pour la restauration d’Atalante.
https://www.change.org/p/investir-pour-la-restauration-%C3%A0-atalante
Le succès de cette pétition est massif. 1 168 signatures avaient déjà été réunies au 29 avril, alors même que le compteur continue à grimper. Plus de mille salarié·es affirmant noir sur blanc qu’ils refusent la dégradation continue de leurs conditions de vie et de travail. Ce chiffre est loin d’être anodin. Il témoigne d’une colère profonde mais aussi d’une volonté collective de reprendre la parole.
Les salariés estiment fort justement qu’au-delà de la simple fourniture d’un service de restauration, le restaurant d’entreprise est un lieu de création de lien social entre collègues dans un cadre convivial. C’est le lieu des discussions informelles avec les collègues, où l’on peut éventuellement refaire le monde. Ce temps de pause participe de la qualité de vie au travail. Cela fait de la restauration collective un bien commun à défendre, d’autant plus essentiel que beaucoup de structures collectives sont mises à mal avec le télétravail par exemple.
Le 29 avril, cette mobilisation s’est matérialisée dans le hall d’Atalante. Soixante-sept collègues rassemblés ont remis officiellement les 1 168 signatures aux décideurs de la Restauration Collective. Un moment fort : Les salarié·es exigeant des comptes à ceux qui décident sans jamais subir les conséquences de leurs décisions.
Les revendications sont claires et légitimes.
D’abord, des mesures d’urgence pour désengorger immédiatement le restaurant. Les représentants du personnel réclament notamment des conventions avec d’autres restaurants de la zone Atalante afin d’éviter que l’ensemble des salarié·es Orange ne se concentrent dans un seul espace saturé.
Ensuite, des investissements lourds pour adapter réellement les infrastructures : agrandissement de l’arrière-cuisine, couverture et chauffage de la terrasse extérieure, amélioration des espaces de stockage et de production, vérification des dispositifs de ventilation et de renouvellement de l’air et travaux sur la chaîne du froid. Des travaux pourtant réclamés depuis longtemps.
Mais la mobilisation dépasse la seule question du confort des convives. Car derrière le fonctionnement du restaurant, il y a surtout les conditions de travail des salarié·es SODEXO. Là encore, le constat est accablant. L’expertise indépendante menée par un cabinet de conseil, Technologia, les observations de l’inspection du travail ainsi que les travaux de la CSSCT ont pointé les pressions exercées sur le personnel, l’inadaptation des effectifs aux contraintes réelles et les risques psychosociaux générés par cette organisation du travail.
Le rapport rappelle une évidence trop souvent oubliée dans les montages de sous-traitance : Le donneur d’ordre, Orange en l’occurrence, reste responsable des conséquences sociales du fonctionnement qu’elle impose. Les salarié·es de la restauration ne sont pas une variable d’ajustement destinée à absorber les effets d’une densification décidée dans les bureaux des directions immobilières et financières.
La direction d’Orange, elle, continue pour l’instant à temporiser. Lors du rassemblement du 29 avril, le président du Comité National Restauration a renvoyé les décisions à une présentation prévue fin juin. Encore du temps gagné pour les décideurs ; encore du temps perdu pour les travailleurs. Cette stratégie d’attente est classique : épuiser les mobilisations, laisser retomber la colère, multiplier les réunions pendant que les conditions concrètes continuent de se dégrader.
Mais cette fois, quelque chose semble différent.
Parce que les salarié·es disposent désormais d’expertises, de rapports, d’avis motivés votés en CSE et même d’observations de l’inspection du travail qui confirment la réalité des problèmes dénoncés depuis des mois. Parce que la mobilisation a réussi à articuler les intérêts des convives et ceux des salarié·es de la restauration, refusant la division habituelle entre usagers et travailleurs. Et surtout parce qu’une conscience collective est en train de se construire autour d’une idée simple : les besoins humains doivent primer sur les logiques comptables.
Ce conflit local révèle d’ailleurs une évolution plus générale du capitalisme contemporain. Dans les grandes entreprises technologiques ou tertiaires, on parle d’« innovation », de « flex office », de « transformation », mais derrière les mots modernes se cache toujours la même logique d’exploitation. On densifie les espaces, on réduit les coûts, on externalise les tâches les plus pénibles et l’on demande ensuite aux salarié·es de s’adapter à des conditions devenues intenables.
La lutte d’Atalante rappelle alors une vérité fondamentale du syndicalisme de combat : rien ne se gagne sans rapport de force. Ce ne sont ni les chartes sur la Responsabilité Sociétale d’Entreprise, ni les beaux discours managériaux des « Happiness Managers » qui amélioreront les conditions de travail, mais l’organisation collective des travailleurs eux-mêmes.
Et la suite est déjà dans toutes les têtes.
Les 22 et 23 juin prochains, les membres du Comité National Restauration doivent revenir sur le site d’Atalante. Les salarié·es mobilisés entendent bien profiter de cette échéance pour maintenir la pression et rappeler aux décideurs qu’ils ne pourront pas éternellement ignorer la situation. La mobilisation ne s’arrête pas au dépôt d’une pétition. Elle peut désormais s’inscrire dans la durée.
À Orange Atalante comme ailleurs, les travailleuses et travailleurs démontrent que la solidarité reste leur meilleure arme. Face aux logiques autoritaires de gestion et à la casse progressive des conditions de travail, ils opposent l’entraide, l’auto-organisation et la lutte collective.
Et cela, pour le patronat comme pour les directions d’entreprise, reste toujours la plus grande des menaces.
Pierre, La Sociale, FA Rennes
PAR : Pierre
La Sociale, FA Rennes
La Sociale, FA Rennes
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