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Anarchie dans le monde

par La commission de correspondance de la Fédération Anarchiste Italienne • le 18 mars 2026
Communiqué de la FAI sur la guerre en Iran
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Iran. Désertons la guerre !
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[version en italien : https://umanitanova.org/iran-disertiamo-la-guerra/]
L’attaque de l’Iran par les États-Unis et Israël a déclenché un engrenage guerrier qui dévaste la région comprise entre la Méditerranée et le Golfe Persique. Une déflagration de niveau mondial semble toujours plus proche.
Pour celles et ceux qui s’opposent au régime théocratique iranien dans une perspective internationaliste, de classe et antipatriarcale, le risque est grand que le régime, affaibli par l’insurrection de janvier, se durcisse avec les attaques.
Les États-Unis et Israël n’accordent pas la moindre importance à l’aspiration à liberté qui a coûté la vie à pas moins de vingt mille personnes et qui a fait dix mille prisonniers politiques parmi celles et ceux qui ont choisi de défier la République islamique.
Trump ne vise pas un changement de régime qui répond aux demandes des insurgé.es, parce qu’il veut simplement arracher des accords favorables dans le domaine énergétique.
Ce qui est en jeu pour les États-Unis, c’est le contrôle des ressources et du détroit de Hormuz, l’isolement de la Russie et la fin du commerce d’hydrocarbures avec la Chine.
Israël cherche à régler ses comptes avec le Hezbollah, en se servant des divisions entre les chiites libanais.
C’est une opération risquée, surtout si le gouvernement israélien ne se contente pas de contrôler la bande jusqu’au fleuve Litani et tente une opération terrestre plus ample, qui pourrait s’avérer difficile sur le plan militaire, et qui pourraient déclencher de nouvelles oppositions et résistances sur le plan intérieur. Netanyahou avance sur une ligne de crête, avec des coups qui sont calculés pour renforcer sa position électorale. Le gouvernement du Likoud et ses alliés de l’extrême-droite religieuse comptent en effet sur l’expansion en Cisjordanie et sur la guerre pour éviter une déconfiture dans les urnes, qui signerait la fin politique du premier ministre et de la coalition qui gouverne.
Cependant, jouer la carte de resserrer les rangs face à un ennemi historique pourrait avoir fait long feu, surtout si le conflit s’étend sur la durée : au Nord du pays, de nouveau, les gens fuient par milliers frappés par des pluies de missiles.
30% de la population israélienne, la part la plus pauvre, n’a pas de refuge pour se protéger des bombes.
Les guerres commerciales de l’administration Trump n’ont pas eu les résultats escomptés, entamant le consensus obtenu en promettant le retour de l’âge d’or, où les États-Unis seraient de nouveau le centre de l’économie mondiale.
Les sondages indiquent une nette perte de consensus, qui pourrait s’avérer désastreuse pour les élections des mid-term.
L’administration Trump, après le coup de force au Venezuela, joue une fois de plus la carte militaire, parce que c’est le seul domaine où elle possède encore une supériorité indiscutable, y compris sur ses concurrents les plus importants.
Un choix qui n’est pas sans risque, comme l’ont montré les conséquences tragiques des guerres déclenchées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan. Dans ces pays, la puissance militaire états-unienne a permis une victoire sur le terrain, mais qui s’est transformée en défaite, à cause de la brutalité de l’occupation militaire et de l’absence d’alliés solides, que seuls des investissements massifs à fonds perdus auraient pu garantir. Cela a conduit à des retraits, qui ne font que démontrer l’incapacité des États-Unis à mener à bien leurs propres projets coloniaux.
L’Iran n’est pas le Venezuela. En témoignent les attaques bien plus fortes et bien plus offensives par rapport à la pantomime mise en scène pendant la guerre des 12 jours en juin dernier.
Mais ce n’est pas tout.
Quinze jours après le début de cette nouvelle phase sanglante du conflit, les États-Unis et Israël, qui ont infligé des coups extrêmement durs à l’appareil militaire iranien et qui ont massacré plus de mille personnes, ne semblent pas savoir tenir la situation sous contrôle. La tentative de recourir aux milices kurdes iraniennes a été jusqu’ici rejetée par la récente coalition des partis de la région kurdophone de l’Iran.
Le chaos systémique que cherche probablement Trump pourrait fissurer les alliances états-uniennes de la région, qui sont déjà bien plus fragilisées aujourd’hui qu’elles ne l’étaient par le passé.
Il suffit de penser à un pays comme la Turquie, un allié historique qui désormais agit pour son propre compte, en soutenant activement les factions palestiniennes qui répondent au Hamas en Palestine, en s’alliant avec Al Jolani en Syrie, et en réglant les comptes avec l’opposition kurde. Aujourd’hui, la Turquie se positionne comme le pilier de la région, dans une perspective néo-ottomane et en concurrence directe avec Israël.
En Iran, l’opposition politique et sociale internationaliste, de classe et anarchiste s’oppose à la guerre. La guerre de Trump et de Netanyahou n’est pas menée en leur nom. La mort du tyran n’a pas conduit à la fin de la dictature, parce qu’il n’y a que la lutte, par le bas, qui puisse mettre en pièce l’ordre religieux et patriarcal, qui puisse ouvrir de nouveaux horizons de liberté à même de déclencher un processus révolutionnaire.
Les bombes israéliennes et états-uniennes massacrent la population civile pendant qu’un régime toujours plus sanguinaire et cruel prive de nourriture les prisonniers politiques et les utilise comme boucliers humains dans les bases militaires.
Les anarchistes iraniens s’opposent à la guerre et au régime.
Les déserteur.es et les objecteur.es israélien.nes ont soutenu l’insurrection en Iran et s’opposent à la guerre. Tout notre soutien est à elles et eux.
Dans notre pays, on a vu des manifestations organisées par certains groupes d’exilés iraniens soutenir l’attaque d’Israël et des États-Unis contre l’Iran.
D’autres manifestations, organisées par divers groupes de la gauche italienne, ont brandi les drapeaux de la République iranienne et des images de Khamenei.
Ce sont des signaux inquiétants.
Nous sommes dans un moment obscur.
L’Italie, qui depuis des années est une plateforme logistique pour la guerre en Ukraine et à Gaza, joue aujourd’hui un rôle névralgique dans le soutien à la guerre en Iran.
Les bases de Sigonella et le MUOS [note] de Niscemi jouent un rôle central dans les opérations de renseignement militaire.
La frégate lance-missile Martinengo a été délocalisée à Chypre et des aides militaires ont été envoyées aux Pays du Golf.
Le gouvernement nie de vouloir entrer en guerre, mais notre pays est déjà en guerre depuis des années.
Les missions militaires italiennes sont actives depuis des décennies en Irak, au Koweït, au Liban, à Chypre, en Palestine, en Égypte, ainsi que dans la Mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique.
Nous, nous désertons.
Nous ne nous enrôlons pas au côté d’un État ou d’un autre.
Nous sommes au côté de toutes celles et ceux qui, dans tous les coins de la terre, désertent la guerre.
Nous voulons un monde sans frontières, sans armées, sans oppression et sans exploitation.
Seule une humanité internationale pourra jeter les fondements de ce monde libre et égal qui peut mettre fin aux guerres.
La lutte pour la fermeture des bases militaires italiennes, états-uniennes et de l’OTAN est cruciale, aujourd’hui plus que jamais.
Déserter la guerre n’est pas un simple slogan, c’est une pratique concrète, qui se renforce par les alliances transnationales parmi les opprimé.es et les exploité.es.
Sabotons la guerre !
La commission de correspondance de la Fédération Anarchiste Italienne
https://federazioneanarchica.org/home.html
PAR : La commission de correspondance de la Fédération Anarchiste Italienne
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