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Dans un sale État

par Crabi • le 11 septembre 2025
Ce 10 septembre, étions-nous, à Lyon, « indigné.es » ?
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C’est une question que s’est posée la liaison Commune de Lyon de la Fédération Anarchiste durant les journées de septembre. Le mouvement social, qui a maturé pendant l’été, semble toucher toutes les sphères militantes à Lyon. Il semble que toute l’extrême gauche a suivi l’appel à « bloquer » de « Indignons-nous », une fois l’extrême droite écartée « publiquement » de l’évènement [note]. Car nous ne voulions pas faire dans la pureté militante, nous avons pris la décision de suivre et de participer aux évènements… Mais, anarchistes que nous sommes, nous avons tout de même boycotté les rendez-vous réformistes de LFI et de la CGT.
Nous avons alors investi notre temps dans un rassemblement organisé par le « lieu-dit », ancien squat de Villeurbanne, bien connu de nos agent.es infiltré.es de noir vétu.es : l’« île Égalité ». Ce 4 septembre, le collectif de l’« île » organisait une réunion intitulée « Que faire pour préparer le 10 septembre et après ? Assemblée publique ouverte à tous.tes jeudi 4 septembre à l’Ile Égalité ».
Le rendez-vous enregistré sur Rebellyon [note] ne donne alors pas beaucoup de détails. À premier coup, abasourdit.es par la résonance des mots « Que faire », de Lénine, nous essayons de décrypter la description de l’évènement. Nous assumons alors que ce rendez-vous prendra la forme d’une assemblée de discussion, plus « possibiliste » [note] que « révolutionnaire », au sujet de l’utilité du mouvement global du « 10 et après », en présentant les « choses » faites, puis le « comment faire » pour en faire d’autres. Bref beaucoup de choses possibles. Nous apprécions tout de même cette thématique globale d’« entraide ». Pour le contexte, nous avions justement rencontré le « comité de Villeurbanne » qui propose comme nous un réseau d’entraide à Villeurbanne, nous supposions les retrouver ce 4 septembre.
Adeptes de l’organisation que nous sommes, nous écrivons alors une proposition au nom de notre Liaison : pour l’auto-organisation et le mutuellisme, contre les rêves du réformisme. Nous pressions dans notre torchon l’utilité de « s’organiser », à l’occasion du 10 septembre, à travers un réseau d’entraide durable et anarchiste. Et donc de ne pas « tout miser sur un blocage », qui pour nous, finit toujours par être réprimé et oublié dans l’indifférence de la plupart de nos contemporain.es.
Le « Jour-J » à l’ « île », nous ne sortons pas le drapeau « FA » ... car nous prenons place dans un canapé que trop profond pour paraître crédibles. De plus, il semble que l’ambiance est à l’a-partisanisme. L’assemblée rassemble un peu plus de 150 personnes. Après quelques minutes de prises de paroles, nous comprenons que le rassemblement est fait pour « bloquer » le pays. Un moment de prise de parole « libre » est donné pour que « tout le monde » puisse proposer des idées pour « déstabiliser le pays », pour « saboter » ou bien pour « embêter » quoique ce soit le 10.
Mais … Les discours tournent assez vite à des prises de paroles « héroïques », accompagnées par des applaudissements légitimant [note] , sur le fait de s’unir contre le gouvernement, de mettre « le pays à feu » pour dégager Bayrou et Macron. L’assemblée se transforme et les « votes » se font par applaudissements, où les parleur.euses semblent chercher une validation de l’audience, dans des discours toujours plus « populistes ». Alors, les habitué.es aux discours et aux pratiques « appelistes » sont maîtres et maîtresse de l’assemblée. Deux personnes sont alors reprises par une autre, plus « virulente » : un à un discours trop intellectuel et un autre propose des mobilisations avec les quartiers, ce qui ne plait pas. Enfin, tout se résume à comment « bloquer » le pays, mais nous, on se demande toujours : pour quoi faire ?
Nous évitons alors de proposer notre discours anarchiste plus que trop mutuelliste et non « Opportuniste révolutionnaire ». De plus, pour chaque prise de parole, personne ne s’était présentée, n’avait parlé d’organisation politique ou bien fait de discours clairs sur leurs motivations à travers cette mobilisation.
Dans tout cela, en fin de compte, on comprend tout de même qu’une grande motivation est présente pour « bloquer ». Et que le reste, les « idées et l’organisation », pour la plupart des gens, c’est secondaire. Nous décidons alors de discuter post-assemblée, avec les gens, et de distribuer individuellement notre proposition format papier.
Malgré notre avis Tripadvisor négatif, nous suivons cette mobilisation, l’une de nous est investie dans les cantines solidaires pour le 10 septembre, les autres sont en grève ou bien aux rendez-vous proposés par le réseau « Indignons-nous ». La liaison compte se retrouver au rassemblement place Guichard organisé par la CGT.
Concernant les cantines, notre envoyée en revient très inspirée. Il semblerait qu’un espoir existe dans ces actions solidaires qui peuvent mener à quelque chose sur le long terme.
Au sujet de faire la grève du 10, une de nous fait face, en réunion au travail, aux réformistes du syndicat Force Ouvrière qui dénoncent cette mobilisation nationalement, soi-disant d’extrême droite, qui serait un complot Russe pour immobiliser la France. Cerise sur le gâteau : l’objectif serait de saboter la France sur l’avancée de ses projets nucléaires. Que de raisons pour supporter le mouvement en tant qu’anarchistes de la FA !
Le jour du blocage, tout semble se dérouler « comme prévu ». Deux membres de la FA aident à un blocage sur l’autoroute M7 pour très vite se faire disperser. Les piquets de grève se font et la manif’ à la Place Guichard prend place à midi. On y compterait environ 15000 personnes. On remarque une bonne diversité de personnes, des lycéen.nes, étudiant.es et syndiqué.es. Il est aussi clair qu’une bonne partie des gens est « prête » à subir la répression qui doit nous tomber dessus. Seulement, les flics laissent se former trois manifestations sauvages (qui partent au Sud et à l’Est), qui arriveront à converger vers Guillotière, pour marcher sur la Presqu’île. On comprendra plus tard qu’une autre partie du cortège reste et se fait « nasser » à Guichard.
Par « chance » la police ne fait que « dévier » les manifestations sauvages tout en ciblant violemment les groupes qui se retrouvent isolés. On bloque « librement » la ville. On arrive avec des détours, à passer un pont et à atteindre Perrache. En direction de Bellecour, notre cher membre du CRML, fasciné par une discussion sur l’urbanisme, se retrouve cul-nu en première ligne avec un drapeau rouge et noir. Il se prend une grenade à ses pieds puis des gaz dans le nez.
D’ailleurs dans cette rue, pendant un instant, nous sommes fières d’être les dernièr.es à faire flotter des drapeaux, aux côtés des totos, mais on avance en reculant. Car dans la même rue, les porte-étendards « IFA – FA » sont aussi gazé.es, mais vites caché.es dans un bâtiment qui s’ouvre par chance devant elles.eux, un signe de Dieu… Ou de Satan, parce qu’une bourgeoise épeurée cri alors aux gauchistes dans sa propriété pour tenter d’avertir la police. De l’autre côté, notre anarchiste espérantiste, drapeau « FA » à la main, ne réussit pas à bloquer seul la gare, il est gazé et chargé. Les cortèges sont pris en tenaille, du nord au sud. Ils se retrouvent dispersés sur la presqu’île, poussés jusqu’aux limites de la Saône (à l’Ouest) et du Rhône (à l’Est). Moment d’accalmie, les riches sont aux balcons et parlent de nous comme de la vermine, en rigolant : « Regardez, ils mettent des masques, tous des casseurs ces gauchistes ! ».
Par un heureux hasard, la liaison se retrouve aux quais de Saône. On range les drapeaux et on marche tout de même vers Bellecour. Mais cette fois-ci, on est à la recherche d’un café, pour retrouver les copains et copines perdu.es… Comme par hasard, on remarque que la police nous attend là-bas. On arrive à se faire passer pour des passant.es jusqu’à ce qu’un Gus lance une bouteille à nos côtés. Après une bonne course, on arrive enfin à un café au-dessus de Bellecour, on abandonne. On y retrouve une équipe de bras cassés arborant des blessures de guerre : coup de matraque et t-shirt arraché. On finit par partir. Une manifestation festive à Charpennes nous permet d’apprécier un instant de calme. On sait que des gens continuent d’embêter la police un peu partout.
Une dernière expérience est faite par notre membre le moins fatigué. Une assemblée le soir même réunit jusqu’à 2000 personnes sur les quais de Saône. Mais par manque de matériel sonore l’expérience est mitigée. Il en ressort des critiques et des commentaires sur la journée, et de l’espoir pour la suite... Elle finira par se faire gazer aussi, à cause d’un gus et d’un feu d’artifice pointé malencontreusement en direction des forces de l’ordre…
Crabi, mandatée porte-étendard « IFA-FA », pour la liaison Commune de Lyon [FA69]
Nous avons alors investi notre temps dans un rassemblement organisé par le « lieu-dit », ancien squat de Villeurbanne, bien connu de nos agent.es infiltré.es de noir vétu.es : l’« île Égalité ». Ce 4 septembre, le collectif de l’« île » organisait une réunion intitulée « Que faire pour préparer le 10 septembre et après ? Assemblée publique ouverte à tous.tes jeudi 4 septembre à l’Ile Égalité ».
Le rendez-vous enregistré sur Rebellyon [note] ne donne alors pas beaucoup de détails. À premier coup, abasourdit.es par la résonance des mots « Que faire », de Lénine, nous essayons de décrypter la description de l’évènement. Nous assumons alors que ce rendez-vous prendra la forme d’une assemblée de discussion, plus « possibiliste » [note] que « révolutionnaire », au sujet de l’utilité du mouvement global du « 10 et après », en présentant les « choses » faites, puis le « comment faire » pour en faire d’autres. Bref beaucoup de choses possibles. Nous apprécions tout de même cette thématique globale d’« entraide ». Pour le contexte, nous avions justement rencontré le « comité de Villeurbanne » qui propose comme nous un réseau d’entraide à Villeurbanne, nous supposions les retrouver ce 4 septembre.
Adeptes de l’organisation que nous sommes, nous écrivons alors une proposition au nom de notre Liaison : pour l’auto-organisation et le mutuellisme, contre les rêves du réformisme. Nous pressions dans notre torchon l’utilité de « s’organiser », à l’occasion du 10 septembre, à travers un réseau d’entraide durable et anarchiste. Et donc de ne pas « tout miser sur un blocage », qui pour nous, finit toujours par être réprimé et oublié dans l’indifférence de la plupart de nos contemporain.es.
Le « Jour-J » à l’ « île », nous ne sortons pas le drapeau « FA » ... car nous prenons place dans un canapé que trop profond pour paraître crédibles. De plus, il semble que l’ambiance est à l’a-partisanisme. L’assemblée rassemble un peu plus de 150 personnes. Après quelques minutes de prises de paroles, nous comprenons que le rassemblement est fait pour « bloquer » le pays. Un moment de prise de parole « libre » est donné pour que « tout le monde » puisse proposer des idées pour « déstabiliser le pays », pour « saboter » ou bien pour « embêter » quoique ce soit le 10.
Mais … Les discours tournent assez vite à des prises de paroles « héroïques », accompagnées par des applaudissements légitimant [note] , sur le fait de s’unir contre le gouvernement, de mettre « le pays à feu » pour dégager Bayrou et Macron. L’assemblée se transforme et les « votes » se font par applaudissements, où les parleur.euses semblent chercher une validation de l’audience, dans des discours toujours plus « populistes ». Alors, les habitué.es aux discours et aux pratiques « appelistes » sont maîtres et maîtresse de l’assemblée. Deux personnes sont alors reprises par une autre, plus « virulente » : un à un discours trop intellectuel et un autre propose des mobilisations avec les quartiers, ce qui ne plait pas. Enfin, tout se résume à comment « bloquer » le pays, mais nous, on se demande toujours : pour quoi faire ?
Nous évitons alors de proposer notre discours anarchiste plus que trop mutuelliste et non « Opportuniste révolutionnaire ». De plus, pour chaque prise de parole, personne ne s’était présentée, n’avait parlé d’organisation politique ou bien fait de discours clairs sur leurs motivations à travers cette mobilisation.
Dans tout cela, en fin de compte, on comprend tout de même qu’une grande motivation est présente pour « bloquer ». Et que le reste, les « idées et l’organisation », pour la plupart des gens, c’est secondaire. Nous décidons alors de discuter post-assemblée, avec les gens, et de distribuer individuellement notre proposition format papier.
Malgré notre avis Tripadvisor négatif, nous suivons cette mobilisation, l’une de nous est investie dans les cantines solidaires pour le 10 septembre, les autres sont en grève ou bien aux rendez-vous proposés par le réseau « Indignons-nous ». La liaison compte se retrouver au rassemblement place Guichard organisé par la CGT.
Concernant les cantines, notre envoyée en revient très inspirée. Il semblerait qu’un espoir existe dans ces actions solidaires qui peuvent mener à quelque chose sur le long terme.
Au sujet de faire la grève du 10, une de nous fait face, en réunion au travail, aux réformistes du syndicat Force Ouvrière qui dénoncent cette mobilisation nationalement, soi-disant d’extrême droite, qui serait un complot Russe pour immobiliser la France. Cerise sur le gâteau : l’objectif serait de saboter la France sur l’avancée de ses projets nucléaires. Que de raisons pour supporter le mouvement en tant qu’anarchistes de la FA !

Le jour du blocage, tout semble se dérouler « comme prévu ». Deux membres de la FA aident à un blocage sur l’autoroute M7 pour très vite se faire disperser. Les piquets de grève se font et la manif’ à la Place Guichard prend place à midi. On y compterait environ 15000 personnes. On remarque une bonne diversité de personnes, des lycéen.nes, étudiant.es et syndiqué.es. Il est aussi clair qu’une bonne partie des gens est « prête » à subir la répression qui doit nous tomber dessus. Seulement, les flics laissent se former trois manifestations sauvages (qui partent au Sud et à l’Est), qui arriveront à converger vers Guillotière, pour marcher sur la Presqu’île. On comprendra plus tard qu’une autre partie du cortège reste et se fait « nasser » à Guichard.
Par « chance » la police ne fait que « dévier » les manifestations sauvages tout en ciblant violemment les groupes qui se retrouvent isolés. On bloque « librement » la ville. On arrive avec des détours, à passer un pont et à atteindre Perrache. En direction de Bellecour, notre cher membre du CRML, fasciné par une discussion sur l’urbanisme, se retrouve cul-nu en première ligne avec un drapeau rouge et noir. Il se prend une grenade à ses pieds puis des gaz dans le nez.
D’ailleurs dans cette rue, pendant un instant, nous sommes fières d’être les dernièr.es à faire flotter des drapeaux, aux côtés des totos, mais on avance en reculant. Car dans la même rue, les porte-étendards « IFA – FA » sont aussi gazé.es, mais vites caché.es dans un bâtiment qui s’ouvre par chance devant elles.eux, un signe de Dieu… Ou de Satan, parce qu’une bourgeoise épeurée cri alors aux gauchistes dans sa propriété pour tenter d’avertir la police. De l’autre côté, notre anarchiste espérantiste, drapeau « FA » à la main, ne réussit pas à bloquer seul la gare, il est gazé et chargé. Les cortèges sont pris en tenaille, du nord au sud. Ils se retrouvent dispersés sur la presqu’île, poussés jusqu’aux limites de la Saône (à l’Ouest) et du Rhône (à l’Est). Moment d’accalmie, les riches sont aux balcons et parlent de nous comme de la vermine, en rigolant : « Regardez, ils mettent des masques, tous des casseurs ces gauchistes ! ».
Par un heureux hasard, la liaison se retrouve aux quais de Saône. On range les drapeaux et on marche tout de même vers Bellecour. Mais cette fois-ci, on est à la recherche d’un café, pour retrouver les copains et copines perdu.es… Comme par hasard, on remarque que la police nous attend là-bas. On arrive à se faire passer pour des passant.es jusqu’à ce qu’un Gus lance une bouteille à nos côtés. Après une bonne course, on arrive enfin à un café au-dessus de Bellecour, on abandonne. On y retrouve une équipe de bras cassés arborant des blessures de guerre : coup de matraque et t-shirt arraché. On finit par partir. Une manifestation festive à Charpennes nous permet d’apprécier un instant de calme. On sait que des gens continuent d’embêter la police un peu partout.
Une dernière expérience est faite par notre membre le moins fatigué. Une assemblée le soir même réunit jusqu’à 2000 personnes sur les quais de Saône. Mais par manque de matériel sonore l’expérience est mitigée. Il en ressort des critiques et des commentaires sur la journée, et de l’espoir pour la suite... Elle finira par se faire gazer aussi, à cause d’un gus et d’un feu d’artifice pointé malencontreusement en direction des forces de l’ordre…
Crabi, mandatée porte-étendard « IFA-FA », pour la liaison Commune de Lyon [FA69]
PAR : Crabi
Liaison Commune de Lyon [FA69]
Liaison Commune de Lyon [FA69]
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