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par Hépha Istos le 22 novembre 2021

Robocratie. C’est « officiel », des robots autonomes traquent et tuent.

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Article extrait du Monde libertair n°1832 d’octobre 2021
Un rapport du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), datant du 8 mars, décrit comment des drones militaires autonomes se sont rendus sur une zone de combat , et ont eux-mêmes sélectionné des cibles avant de les attaquer, sans intervention humaine.

Syrie, Libye, Gaza, Somalie, Mali… les guerres sans fin menées contre les peuples du Moyen-Orient et d’Afrique sont aussi un prétexte pour tester, démontrer et vendre toujours plus de robots-militaires. Nous alertions sur le fait que l’autonomie donnée à ces robots-tueurs ne peut que croître ; l’argument est très simple :
1/ Passées les premières années d’expérimentation, les armées des États les plus agressifs s’équipent de robots-tueurs militaires qui entrent en compétition... entre eux.
2/ Pour gagner la compétition – ici la bataille – il faut être le premier à sélectionner les cibles pertinentes, les localiser et les détruire.
3/ Comparés aux robots-tueurs, les humains sont extrêmement lents et peu efficaces.
4/ Donc : lorsque que cela est possible ? les robots-tueurs doivent pouvoir sélectionner et détruire la cible la plus appropriée sans intervention humaine.

Contrairement à toutes les promesses que réitèrent militaires et gouvernants pour nous endormir, les humains ne peuvent que sortir de la boucle de décision qu’ils ne font que ralentir. Le tabou qui interdisait à des robots de décider et perpétrer, seuls, le meurtre d’humains ne pouvait pas tenir ; il est maintenant officiellement brisé, on attend la suite…

Des « munitions rôdeuses » traquent et tirent

Dans l’indifférence quasi-générale, l’ONU a donc officiellement documenté le premier acte de guerre décidé et réalisé par des robots autonomes attaquant des humains. Nombre de guerres se faisant par procuration, ce basculement s’est produit en Libye dans le cadre des combats entre les forces du maréchal Haftar soutenues par les Russes et la France, et les forces gouvernementales soutenues par Erdogan qui a fourni les robots-tueurs.



Erdogan dédicaçant un drone

Le chapitre PEACE STORM du rapport de l’ONU fournit le détail des opérations dans le style neutre et feutré propre à ce type de document [note] .
Des convois logistiques et des HAF [note] en retraite ont par la suite été pourchassés et engagés à distance par des véhicules aériens de combat sans pilote ou des systèmes d’armes autonomes létaux tels que le STM Kargu-2 (voir annexe 30) et d’autres munitions rôdeuses.
Les systèmes d’armes létaux autonomes ont été programmés pour attaquer des cibles sans nécessiter de connectivité de données entre l’opérateur et la munition : en fait, une véritable capacité de « tirer, oublier et trouver ». Les véhicules aériens de combat sans pilote [..] ont été neutralisés par le brouillage électronique du système de guerre électronique Koral47 (1).

Le rapport indique clairement que les robot-tueurs n’étaient pas pilotés par un opérateur ; leur autonomie était donc totale. Ci-dessous un court extrait du paragraphe suivant, permet de se représenter un peu ce qui se passe concrètement sur le terrain.
L’horreur !
Pendant leur retraite, ils étaient constamment harcelés par les véhicules aériens de combat sans pilote et les systèmes d’armes autonomes létaux.

La messe est dite ; le rapport de l’ONU officialise la traque et le meurtre d’êtres humains par des robots. Aucun gouvernement ne s’est offusqué, car pour gagner leurs guerres les États devront posséder ces armes et les utiliser en tant que de besoin : dissuasif, préventif, offensif ou défensif.

Les Kargu-2 : des robots-kamikazes.
Les drones turcs Kargu-2 sont des engins de 7 kilos qui peuvent voler à 72 kilomètres/heure pendant trente minutes sur un rayon d’action de 5 kilomètres. Ils sont armés et leur intelligence artificielle reconnaît les cibles et peut décider, seule, d’engager le combat. On les classe dans la catégorie des « munitions rôdeuses » qui patrouillent sur un champ de bataille et peuvent, elles-mêmes, décider de la cible à détruire ; elles plongent alors dessus pour se faire exploser lors du contact, d’où leur appellation de « Drone suicide » ou « Drone kamikaze ».
Pour faire bonne mesure, les progrès des algorithmes « multi-agents » permettent à ces robots-kamikazes de s’auto-organiser et voler en escadrille afin d’optimiser l’exploration d’un périmètre donné. À l’intérieur de la zone, ils traquent leurs cibles qu’ils identifient par leur signature électronique ou thermique.
La publicité de la société turque STM qui conçoit et vend ces robots-tueurs est on ne peut plus explicite :
« KARGU® est un drone d’attaque conçu pour la guerre asymétrique ou les opérations antiterroristes. Il peut être porté par un seul personnel en mode autonome et manuel. ».

Et pour bien le vendre, la société dévoile sur son site web les « qualités » de son robot-kamikaze...
- Fonctionnement fiable de jour et de nuit
- Frappe autonome et précise avec un minimum de dommages collatéraux
- Différentes options de munitions
- Suivi des cibles mobiles
- Algorithmes de navigation et de contrôle haute performance
- Déployable et utilisable par un seul soldat
- Interruption de la mission en vol et autodestruction en cas d’urgence
- Systèmes de sécurité, de configuration et de déclenchement des munitions électroniques perfectionnées sur mesure
- Applications de contrôle basées sur le traitement d’images
- Suivi, détection et classification des objets et en temps réel
- Zoom optique 10x

Géopolitique et commerce de la mort
C’est en 2005 que la Turquie d’Erdogan s’est lancée dans les robots-militaires en partenariat avec Israël, premier exportateur mondial de drones-tueurs ou espions. Mais en mai 2010, l’attaque par des soldats israéliens du navire affrété par une association turque d’aide humanitaire aux Gazaouis a compromis la relation israélo-turque. Sa sauvagerie – l’assassinat de dix humanitaires turcs – a contraint le gouvernement turc à réagir, perdant le support de ses robots-kamikazes israélien. Il a donc pris son indépendance et développé ses propres robots-tueurs, devenant à son tour fabricant et exportateur de robots-militaires.
Sur le terrain, les drones-tueurs avaient déjà été des acteurs « officieux » de la guerre de 2016 opposant l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour le contrôle du Haut-Karabakh. Une ONG avait en particulier documenté l’utilisation d’un robot israélien Harop – six heures et mille kilomètres d’autonomie – pour détruire un bus chargé de volontaires arméniens se dirigeant vers la ligne de front. La réactivation de ce conflit, l’année dernière, a vu exploser, si l’on peut dire, l’utilisation de drones contre des cibles civiles et militaires, au point qu’il a été surnommé la guerre des drones. En accord avec le message d İsmail Demir, le président des industries de défense turques « Nos drones armés, nos munitions et nos missiles, forts de notre expérience, de notre technologie et de nos capacités, sont au service de l’Azerbaïdjan », c’est cette fois-ci la Turquie, forte de sa nouvelle technologie et allié inconditionnel de l’Azerbaïdjan, qui a fourni les robots-tueurs.
Les robots-tueurs se répandent rapidement d’un pays à l’autre, et chaque nouveau conflit est l’occasion d’aller plus loin dans l’horreur : plus de performance dans la mort et plus d’autonomie accordée aux robots pour la décider.
Les robots tueurs sont lâchés sur les humains – c’est officiel !

Hépha Istos

(1) Nous pensons utile de vous fournir le verbatim du rapport de l’ONU : « Logistics convoys and retreating HAF were subsequently hunted down and remotely engaged by the unmanned combat aerial vehicles or the lethal autonomous weapons systems such as the STM Kargu-2 (see annex 30) and other loitering munitions. The lethal autonomous weapons systems were programmed to attack targets without requiring data connectivity between the operator and the munition: in effect, a true “fire, forget and find” capability. The unmanned combat aerial vehicles and the small drone intelligence, surveillance and reconnaissance capability of HAF were neutralized by electronic jamming from the Koral electronic warfare system. »
PAR : Hépha Istos
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