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Chroniques du temps réel
par Evelyne Trân le 13 février 2020

L’essence d’un individu c’est son intimité

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Parole de candide



L’essence d’un individu c’est son intimité. Nous vivons une époque cruelle où tout un chacun est appelé à se nourrir des histoires des autres de façon outrancière grâce au canal des médias qui tel un moulin à vent apporte quotidiennement de quoi alimenter ses fantasmes, son quota d’émotions fortes, l’invitant à se projeter et à s’aligner sur la grande toile de l’information de façon à s’oublier lui-même, pour ne vivre que par procuration.

Les faits sont les faits. Il n’est pas question de dénier son rôle de lanceur d’alerte au journaliste qui s’arroge la mission de dénoncer ce qui est passé sous silence et camoufle des réalités révoltantes.

Il faudrait s’interroger sur la notion de fait divers qui autorise à jeter en pâture sur un journal des drames individuels sans se soucier le moins du monde de l’individu qui fait l’objet du fait divers et qui devient l’otage des discussions d’une société appelée à débattre sur ses dérives.

Il y a quelques années, la peine de mort a été abolie en France. Mais en vérité la peine de mort décrétée par une société à l’encontre d’un individu existe toujours. Elle s’exerce aujourd’hui par la voie des médias qui n’hésitent pas à exposer l’histoire d’un individu au public dès lors qu’il est pressenti criminel et dangereux. Exit les particularités individuelles dudit individu qui soudain disparait sous l’affiche de ses crimes. Le voilà donc mort et anéanti aux yeux du public pour n’avoir à répondre que de ses crimes.

Est-il donc nécessaire de s’interroger sur la notion d’individu, sur son respect élémentaire ? Parce qu’il s’est exposé par ses crimes à une levée de boucliers de la vox populi, il représente ses crimes et rien d’autre.

Demandons-nous ce que deviendrait la littérature si tous les maux qu’elle explore se trouvaient sous le joug de la vox populi. Combien de personnages de roman seraient condamnés à mort avant d’avoir dit ouf. Scandaleux Kafka qui ose comparer l’employé de bureau à un horrible cafard ! Scandaleux Raskolnikov qui tue une vieille dame parce qu’elle est nuisible. Scandaleux Voltaire qui tourne en dérision tous les malheurs du monde qui peuvent s’abattre sur l’être candide qui gît en nous et persiste à résister.

Peine de mort insidieuse de l’individu sans cesse exhorté à traverser les grands couloirs des médias, réseaux sociaux compris, pour mieux faire entendre, croit-il, sa petite voix.

Personne ne saura que j’ai existé pourrait se dire un vieux paysan, mais qu’importe, la bèche que j’ai soulevée, la terre que j’ai remuée, la fleur que j’ai regardée, les gens que j’ai aimés auront profité de ma présence comme j’aurai profité d’eux, n’est-ce point suffisant pour une seule personne. Voilà mes médias, voyez-vous, les bonheurs que j’ai partagés et que je partage encore avec ceux que j’aime, quelques pensées douces souvent silencieuses, quelques regards échangés sans bruit, oui vraiment cette liberté n’a pas de prix. Je n’ai pas besoin d’autre projecteur que celui de mon amour pour la vie aussi précaire, aussi léger soit-il, c’est mon intime rêve et c’est encore moi en train de regarder un arbre. Permettez-moi d’avoir encore quels comptes à rendre avec mes rêves même s’ils ne vous concernent pas, de tendre ma main à l’arbre qui m’offre son ombre. Je sais tout simplement que si j’embrasse un arbre, il en gardera témoignage pour le prochain passant qui le reconnaitra. Je le sais comme cette pierre qui a mille ans et que j’ai recueillie dans mes mains.

Paris, le 13 Février 2020

Evelyne Trân
PAR : Evelyne Trân
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