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par Hakim • le 1 août 2026
Résurgences du franquisme et contradictions
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Des livres aux relations avec Israël
Le 29 novembre 2025, le « Cercle Franco-Hispanique » comptait organiser une messe en hommage à Franco pour le 50e anniversaire de sa mort. Elle devait se tenir à la chapelle Notre-Dame-de-Consolidation tenue par la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X et située dans le huitième arrondissement de Paris. Finalement annulée, cette messe met en lumière un réseau s’étendant à des sphères relativement groupusculaires de l’extrême-droite mais toujours bel et bien vivantes.
« Francisco Franco, un caudillo pour l’Espagne », « Les griffes de Staline sur l’Espagne républicaine », « La trahison des gauches espagnoles » ou encore « L’Espagne ensanglantée : anarchistes, milices socialistes, communistes et révolutionnaires : 1880-1939 ». Depuis la parution en 2022 de la traduction en français du livre « Les mythes de la guerre d’Espagne » de Pío Moa, le « néo-franquisme » semble s’installer en France via la littérature.

L’auteur des quatre livres aux titres enflammés cités plus haut n’est pour sa part nul autre que Michel Festivi. Ces « ouvrages » édités par Dualpha et Synthèse Nationale propagent ainsi l’idée d’une Espagne républicaine soumise à Staline, à l’URSS et en définitive neutralisée par un homme providentiel s’appuyant sur les troupes espagnoles au Maroc.
Des librairies en réseau
Un éditeur comme Dualpha mérite que nous nous attardions un peu sur son histoire. Hébergé par le site internet francephi.com, Dualpha a été fondée en 1988 par Philippe-André Duquesne dit Philippe Randa. Dans le livre « Histoire de la librairie française », l’historien Julien Hage nous dresse une liste de librairies ayant publié ou publiant encore des livres tels que ceux cités plus haut : la « Librairie française » fondée en 1952 par l’ancien vichyste Henry Coston, Ogmios, installée en 1986 dans l’ancien immeuble du Parti Populaire Français de Jacques Doriot, la « Librairie nationale », la « Licorne bleue » ou encre « L’Æncre ».
Aujourd’hui, seule la Librairie française est restée debout. Elle vend par exemple les livres de Michel Festivi mais aussi celui de Christophe Dolbeau qui estime que le coup d’État de Franco n’était rien de moins qu’un « légitime réflexe d’auto-défense de l’Espagne éternelle » .
http://www.librairiefrancaise.fr/fr/autres-guerres/471-ce-qu-on-ne-vous-a-jamais-dit-sur-la-guerre-d-espagne-christophe-dolbeau-9782357910140.html?search_query=espagne&results=161.
Des livres de Robert Brasillach y trônent de plus en bonne place si l’on en croit la collection pléthorique présentée sur le site de cet établissement .
Situé au 202 rue Lecourbe dans le quinzième arrondissement de Paris, il vend aussi des livres aux éditions L’Æncre comme celui de Guillaume Faye intitulé « Pourquoi nous combattons : manifeste de la résistance européenne ».
http://www.librairiefrancaise.fr/fr/recherche?controller=search&orderby=position&orderway=desc&search_query=brasillach.
La nouvelle jeunesse du néo-franquisme
Le néo-franquisme redonne ainsi une nouvelle jeunesse à toute cette propagande. Le Figaro Histoire sort de son côté une interview de Pío Moa dans son numéro d’août-septembre 2022 consacré à « l’épopée des conquistadors » .
https://boutique.lefigaro.fr/produit/134715-l-epopee-des-conquistadors.
Celui-ci y affirme que le « discours communiste sur la guerre d’Espagne règne encore dans toute l’Europe » et déplore que le franquisme ait « perdu la bataille de la propagande et de la culture » .
(« Guerre d’Espagne, la mécanique du chaos », Isabelle Schmitz et Philippe Maxence, Le Figaro Histoire, numéro d’août-septembre 2022).
Cette dernière affirmation de Pío Moa se couple cependant avec les quelques désaccords qui subsistent aujourd’hui entre les néo-franquistes. Un exemple frappant est celui du député du parti d’extrême-droite Vox Hermann Tertsch et de la néo-nazie Isabel Peralta. Membre d’une obscure « Sección de Asalto » (en français « Section d’Assaut », en référence aux SA de l’Allemagne nazie) et du parti FE-La Falange, cette dernière a également fondé en 2020 le « Bastión Frontal ». Le 13 février 2020 durant un hommage aux soldats de la Division Bleue qui a combattu avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, elle déclare : « l’ennemi sera toujours le même, même s’il porte des masques différents : le Juif, car rien n’est plus certain que cette affirmation : le Juif est responsable » .
(« « The Jew Is To Blame »: Young Neo-Fascists In Spain Spark Outrage », rantt.com, Carmen Aguilera-Carnerero, 16 avril 2021).
Antisémitisme et extrême droite ?
Immédiatement dénoncé par Vox, ce discours indigne dans le même temps des anciens de la Division Bleue qui nient avoir été responsables d’une façon ou d’une autre du génocide des juif·ve·s .
« Isabel Medina Peralta también enfada a los falangistas de verdad », 19 février 2021, elmundo.es.
Hermann Tertsch lui a participé en mars 2025 à une « conférence internationale de lutte contre l’antisémitisme » en Israël à l’invitation de son premier ministre Benyamin Netanyahou.

Le président du Rassemblement National (RN) Jordan Bardella et la présidente du parti « Identité-Libertés (IDL) » Marion Maréchal sont de même venus à cet événement. Le plus frappant ici réside sûrement dans le fait que Netanyahou fasse appel à des nostalgiques de Franco qui a envoyé des « volontaires » combattre l’Union Soviétique avec la Wehrmacht .
« Une neutralité de façade », L’Espagne face à la Shoah, Revue d’Histoire de la Shoah, numéro 203, février 2015 : https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-shoah-2015-2-page-163?lang=fr#s1n2.
La dimension clairement antisémite d’une collaboration avec le Troisième Reich est pour le coup niée et l’extrême-droite européenne devient malgré son antisémitisme structurel un appui quasi-inconditionnel de l’État d’Israël.
Les relations israélo-espagnoles demeurent d’ailleurs assez singulières. Les deux pays n’ont commencé à établir des relations diplomatiques qu’en 1986. Israël vota ainsi en 1949 contre la levée des sanctions votées à l’Organisation des Nations Unies (ONU) en 1946 contre l’Espagne. La guerre d’Iran de 2026 a, elle, poussé l’Espagne à rappeler son ambassadrice en Israël et Israël à rappeler son ambassadeur en Espagne. Le gouvernement de Pedro Sánchez a, dans le même temps, refusé fermement l’accès à ses bases aériennes à l’armée américaine partie combattre l’Iran avec Israël. Nous pouvons ainsi considérer que malgré l’antisémitisme des néo-franquistes comme Isabel Peralta, ces derniers constituent peut-être en Espagne les derniers soutiens d’un État comme Israël qui viole constamment le droit international par son action meurtrière à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et dans bien d’autres pays.
Hakim de l’émission « Médias et antifascisme » sur Radio Libertaire
PAR : Hakim
Emission Média et antifascisme sur Radio libertaire
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