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Antisexisme

par Hélène Hernandez • le 14 mars 2026
Des violences, toujours des violences, toujours sans réponse
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« Tu seras viril, mon kid », Eddy de Pretto
« Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours », Benoite Groult
La grande cause nationale contre les violences faites aux femmes, inscrite dans le premier quinquennat de Macron, ne sera que de la poudre aux yeux, pour cacher ce qui ne sera pas suivi d’effet puisqu’aucune politique n’a été engagée et ne le sera à l’issue du deuxième quinquennat.
Depuis plus d’un an, plusieurs affaires marquantes, dont le procès des « viols de Mazan », ont mis en lumière les violences sexuelles facilitées par la soumission chimique. Dans ce contexte, cette violence apparaît mal reconnue, minimisée et largement sous-estimée en France. La soumission chimique et la vulnérabilité chimique concernent des victimes aux profils très variés : des femmes, des hommes, mais aussi des enfants, des personnes âgées ou dépendantes, et dans tous les milieux sociaux. Selon la dernière enquête nationale menée par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), ces violences sont le plus souvent commises par un proche, un membre de la famille, conjoint, collègue ou ami. En 2022, le Centre de référence des Agressions facilitées par les substances (CRAFS) a analysé 1 229 cas de soumissions et vulnérabilités chimiques vraisemblables. En 2023, 127 personnes ont été mises en cause pour soumission chimique, dont 62 procédures poursuivies. En 2024, 327 faits de soumission chimique en vue d’un viol ou d’une agression sexuelle ont été recensés. Ce nombre reste largement sous-estimé en raison du manque d’informations, de l’amnésie des victimes et de la disparition rapide des substances.
Peu de plaintes et pourtant!!
Comme pour toutes les autres violences sexuelles, peu de victimes déposent plainte, 1 sur 10 selon les estimations de l’Observatoire national des violences faites aux femmes (ONVF). Les substances les plus fréquemment utilisées sont des médicaments sédatifs, environ 56 % des cas, et plus rarement, des drogues comme la MDMA ou la cocaïne. Ce n’est pas un phénomène récent : dans les années 1990, le GHB ou « drogue du viol » était repéré ; en 2021, les mouvements #MetooGHB et #Balancetonbar ont contribué à une prise de conscience collective en révélant de nombreux témoignages d’agressions facilitées par des substances dans des contextes festifs. En mai 2025, un rapport consacré à la soumission chimique a été remis au gouvernement par la députée Sandrine Josso et la sénatrice Véronique Guillotin, formulant plusieurs recommandations qui vise à renforcer la prévention, la sensibilisation et l’accompagnement des victimes. Il s’agit d’un enjeu majeur de santé publique, en raison des conséquences graves et durables sur la santé physique et psychologique des victimes. Comment les recommandations contenues dans ce rapport se traduiront-elles vraiment ?
Des chiffres imparables
Reprenons les chiffres de l’année 2024 pour les violences sexuelles. La police et la gendarmerie ont enregistré près de 272 400 victimes de violences commises par leur partenaire ou ex-partenaire. Dans sa lettre annuelle, l’Observatoire national des violences faites aux femmes révèle que 906 femmes victimes de harcèlement par conjoint se sont suicidées ou ont tenté de le faire. Le rapport précise qu’ « il s’agit uniquement des victimes enregistrées ». En effet, le suicide forcé est une nouvelle infraction née du Grenelle des violences conjugales de 2019, qui a été inscrite dans la loi en 2020. Cette infraction est encore peu reconnue. Quant aux féminicides, 107 femmes en ont été victimes directement au sein du couple. Ce chiffre s’avère en nette hausse sur un an, car il était à 96 en 2023, selon les informations collectées. La Miprof, mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains, a également enregistré 270 victimes de tentatives de féminicides en 2024. Au total, ce sont 1 283 femmes qui ont été victimes de féminicide ou tentative de féminicide, direct ou indirect, l’année passée, contre 1 196 un an plus tôt, en 2023. Par ailleurs, dans les cas où une femme tue son conjoint ou ex-conjoint, il est apparu que dans plus de la moitié des cas, la femme avait subi des violences par le passé. L’Observatoire national des violences faites aux femmes dévoile aussi qu’en 2024, 94 enfants sont devenus orphelins à la suite d’un féminicide au sein du couple. « Depuis 2011, 1 473 enfants sont devenus orphelins de mère et/ou de père à la suite d’un féminicide ou homicide direct au sein du couple de leurs parents » et/ou à la suite « du suicide de l’agresseur », est-il précisé dans cette lettre annuelle.

Lors d’une émission de Femmes libres, une des représentantes de l’AVFT, association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, s’exclamait que le meilleur moyen de ne pas être assassinée par son conjoint, était de ne pas se marier, en reprenant le titre de la chanson « Ne vous mariez pas les filles ». De fait, la très grande majorité des féminicides sont du fait du partenaire ou de l’ex-partenaire, et non pas du fait d’un inconnu dans la rue. Mais attention, non, ce ne sont pas des "drames familiaux" ni des "drames de la séparation" ni des "crimes passionnels", ce sont des féminicides conjugaux perpétrés par des hommes frustrés qui pensent détenir un permis de tuer. Ce sont des assassinats systémiques dont l’origine se trouve au cœur de notre société, dans l’éducation patriarcale qui est donnée aux hommes et qui les autorise à posséder femmes et enfants, à disposer de leurs vies.
Le coût de la violence masculine
Quant au coût de la violence masculine, c’est Lucile Peytavin qui a eu l’idée de chiffrer ce que l’éducation virile des garçons provoque en terme de dépenses. Dans Le coût de la virilité, paru en 2020, et réédité chez Lafon en 2025 avec la conception graphique de Fabrice Haes, Lucile Peytavin l’évalue à 95,2 milliards d’euros : « La virilité a un coût. Un coût extrêmement élevé. Hommes et femmes, nous en payons tous le prix, financier et humain. Cette virilité qui n’épargne personne, gangrenant notre société et notre économie, se transmet de génération en génération. Dans un même mouvement ʺschizophréniqueʺ, nous la valorisons tout en consacrant des moyens colossaux pour enrayer ses effets négatifs ». Et elle n’utilise que le sommet de l’iceberg car bien des conséquences sont tues et non évaluées. Parmi les violences principalement masculines de 73 à 97 % (pourcentage inférieur pour les maltraitances des enfants, les hommes sont estimés responsables que dans 66 % des cas) : homicides et tentatives d’homicide (règlements de compte, préméditation), coups et violences volontaires (dans l’espace public), violences conjugales (coûts directs comme ceux liés à la médecine et à la justice et indirects comme perte d’emploi, absentéisme, décès), maltraitances des enfants (morales, psychologiques, physiques), crimes et délits sexuels (viols, harcèlements, violences), atteintes à la sûreté de l’Etat (principalement terrorisme et fonctionnaires ciblés), vols (cambriolages, vols d’automobiles, dans les magasins, aux distributeurs), trafics de stupéfiants (pertes humaines et de qualité de vie), insécurité routière (prévention, répression), traite humaine (prostitution et pornographie).

Les hommes ne naissent pas violents, ils le deviennent. Les femmes ne naissent pas non violentes mais elles reçoivent une éducation non guerrière. Il est donc indispensable d’agir sur nos schémas culturels, en proposant une éducation différente, dénuée de violence, respectueuse d’autrui, in fine, favorisant une société de paix. Mais si les pays du Nord de l’Europe, Suède, Norvège, Finlande et Danemark ont mis en place une éducation « neutre » dans les établissement scolaires, les taux de violences faites aux femmes y sont dramatiquement élevés : 17 % est la proportion de femmes ayant été victimes de violences sexuelles (12 % en France ou en Allemagne) et 30 % de femmes sont concernées en tant que victimes de violences ou d’abus de la part de partenaires sexuels (22 % en moyenne au sein de l’Union européenne). C’est vraiment dès la naissance qu’il faut agir voire même dès la grossesse comme Elena Gianini Belotti l’écrivait en 1974 dans Du côté des petites filles (éditions des Femmes). « Mettons fin tous ensemble à la virilité qui pervertit, qui viole, qui bat, qui tue, qui écrase, la virilité qui ruine. Le coût de la virilité n’est pas une fatalité » conclut Lucile Peytavin.
Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard
Lucile Peytavin, Le coût de la virilité, Ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes, Lafon, 2025.
Elena Gianini Belotti, Du côté des petites filles, Des femmes (1974) 1994 réédition.
Interstats Info rapide, Violences conjugales enregistrées par les services de sécurité : quasi-stabilisation en 2024, SSMSI, n°56, octobre 2025.
PAR : Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard
Groupe Pierre Besnard
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