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par Wally Rosell • le 17 octobre 2026
ARTS et ANARCHIE
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A propos de l’exposition « Arts et Anarchie » à Roubaix, Besançon et Martigues
Superbe exposition qui a pour ambition de faire découvrir au grand public les liens entre des artistes (connus ou non) l’action et la pensée des militant.e.s libertaires, de la Commune de Paris à aujourd’hui.
Cette exposition n’est pas une histoire de l’anarchisme (bien que) à travers les tableaux, affiches, tracts, revues, journaux, cinéma, disques, etc. Elle propose découvrir des artistes qui quelquefois ont produit de l’art militant et/ou à l’inverse, comment leurs pratiques et leur interaction avec les idées libertaires ont permis à ces mêmes artistes de s’exprimer librement !

Evidement il y a des manques : les surréalistes (Breton, Prévert,…) absents, une petite salle sur l’Espagne libertaire (même si beaucoup vont découvrir Ramon Acin), une impasse sur les camarades de Hara-Kiri puis Charlie Hebdo, ou les autocollants des années 1990 / 2000, synthèse du graphisme et du slogan anarchiste.
Mais impossible de reprocher aux porteur.e.s de ce projet de faire des choix, il aurait fallu investir au moins le Louvre pour embrasser l’entièreté du sujet.
A en croire Adèle Taillefait (la Commissaire de l’expo), c’est déjà un succès, notamment concernant les visites commentées à destination des scolaires qui sont déjà toutes réservées. Pour terminer, les lieux des musées de Besançon et Martigues, étant forcément différents, l’exposition sera elle aussi quelque peu différente.
Personnellement, j’ai été choqué de me retrouver un peu « muséiffié » notamment lorsque je voyais dans une vitrine un journal que j’ai vendu sur le marché de mon quartier ou face à des affiches que j’ai collées sur les murs de Montmartre « encadrés », comme les tableaux de Courbet, Luce ou Pissaro.
Wally Rosell

Interview d’Adèle Taillefait, cheville ouvrière de l’exposition.
Wally Rosell : Peux-tu nous dire comment est né ce projet ?
Adèle Taillefait : le projet lui-même remonte à deux ans et demi, lorsque je suis arrivée, comme conservatrice, au musée « La Piscine » de Roubaix. Mais, ce projet spécifique je le portais depuis fort longtemps. Exactement depuis une de mes première expérience professionnelle : l’exposition Félix Fénéon au Musée de l’orangerie à Paris (2019 / 2020). A ce moment je me suis dit qu’il y avait un fil rouge (et noir) à « tirer » et comme nous avons à La Piscine (un musée municipal), une grande liberté de programmation et que Arts et politique c’est un peu l’ADN de ce musée, je me suis mise au travail. J’ai déjà re-visité les « caves » de notre musée où j’ai réveillé des documents de Steinlen, Cochet, Vallotton,… Puis rapidement, on a travaillé avec les collègues du musée de Besançon une évidence quand on prépare une exposition qui remonte aux origines de l’anarchisme. Nous avons aussi contacté Tancrède Ramonet qui a accepté de nous épauler sur le projet. Le Musée d’Orsay, les CIRA de Lausanne et Marseille, la BNF ont été des soutiens essentiels pour l’exposition.
C’est vraiment un projet collectif qui s’est aussi construit au fil des rencontres comme le collectionneur Michel Dixmier et beaucoup de militant.e.s qui ont permis la réalisation de cette exposition et aussi du catalogue qui a pris la forme d’un abécédaire de presque 400 pages avec soixante trois contributeur.e.s et plusieurs centaines de documents présentés qui ne sont pas tous dans l’exposition.
W R : quelles ont été les principales difficultés ?
A T : Ce qui a été particulièrement difficile ce fut de présenter quelque chose de cohérent en rapport à l’étendu du sujet et à la place que nous pouvions disposer à la Piscine. Nous étions obligés de faire des choix douloureux afin de nous concentrer sur les moments les plus féconds de la rencontre entre la pensée libertaire et les artistes. Une grande partie de l’exposition est consacrée à la période de la Commune au début du XXème siècle. Ce qui ne nous a pas empêché de présenter un mouvement moins connu comme les « anarchitectes ». Autre exemple, on évoque très rapidement le lien entre anarchisme et bande dessinée, mais c’est aussi parce que nous savions qu’à Angoulême ils préparent un projet sur le sujet.
WR : Au final qu’est-ce qui t’a le plus surpris ?
A T : C’est encore une histoire de rencontres. J’avais une idée de la richesse des liens entre artistes et le mouvement libertaire. Mais j’ai été surprise par la diversité des profils des personnes qui s’intéressent au sujet et qui font vivre cette thématique aujourd’hui. Cette diversité fait émerger une transversalité des disciplines qui s’intéressent à notre problématique et forcément c’est très enrichissant. Par exemple nous avons adoré travailler avec les CIRA, çà nous changeait des rapports avec les archives institutionnelles.
En fait au début du projet nous cherchions des « commissaires » officiels. Avec toute cette galaxie libertaire constituée de passionnés, de spécialistes, de militants, on avait la démonstration d’ un anarchisme relationnel bien vivant. A aucun moment ces personnes n’ont voulu s’emparer du projet à notre place. « Vous » avez apporté votre concours à cette exposition en toute humilité, en étant présent quand nous avions besoin de vous mais jamais en voulant imposer un point de vue. Le Catalogue est le parfait reflet de cette manière de travailler plutôt emblématique.
Catalogue en vente à la librairie Publico
A noter!!!
Besançon : « Les vrais cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait » (les tontons flingueurs).
Comme Joe Dalton, le nouveau maire de Besançon est aussi bête que méchants. Comme il ne pouvait pas supprimer l’exposition, il a décidé d’en changer le nom. Exit « Ni Dieu ni maitre, arts et anarchie » place à : « Arts en Liberté ».
Au-delà de la bêtise de l’argument : « l’art doit être neutre », cet oukase préfigure ce qui risque de nous arriver au printemps 2027. Elle n’est passée pas inaperçue et produit l’effet inverse de ce que le maire voulait : toute la presse, tout le monde en parle. De fait, Ce maire est certainement porte-parole sur le contenu de cette exposition et du coup il y aura beaucoup plus de monde pour aller la voir.
W R
PAR : Wally Rosell
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