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Chroniques du temps réel

par Pierre • le 17 août 2025
De la reconnaissance de l’État de Palestine à la fin d’une culture
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La culture occidentale, qu’elle soit d’origine grecque, latine, arabe, chrétienne ou je ne sais quoi, charrie en plus depuis la fin de guerre de 39-45 l’impensé de la Shoah.
Avec ce qui se passe depuis deux ans en Israël Palestine, entre mer et rivière, la question d’être ou ne pas être antisémite sonne comme un refrain contagieux. Il y avait avant le 7 octobre 2023, il y aura dorénavant après !
La question de savoir s’il y a génocide sur la population gazaouie ou pas devient déterminante. Pour ceux qui rendent compte de la situation sur place, comme l’agence de presse binationale +972 il n’y a pas de doute. Les forces israéliennes et leurs mandants commettent un génocide sur la population de Gaza : après les bombes, la faim, ou les deux simultanément, avec en plus l’effacement par les bulldozers. Il peut être possible de débattre s’il y a seulement crimes de guerre. En effet, juridiquement, la question peut se poser. Pour celles et ceux qui crèvent sur place, ce questionnement est juste une hypocrisie.
De l’antijudaïsme à l’antisémitisme
Mais au fond ce qu’il se passe là-bas a une autre importance que celle meurtrière. Cela a un effet destructeur sur notre pensée même. Il s’agit du rapport avec le fait juif. À l’origine il y a l’antijudaïsme. Il s’agit d’une forme de xénophobie religieuse et ethnique. Le Juif est l’étranger, celui qui vient et déclare « il n’y a plus qu’un seul dieu ». Dans un monde polythéiste, c’est une déclaration de guerre. C’est bien comme cela avant même la naissance du Christ, donc le début de notre ère, que l’arrivée des juifs fut perçue, comme étrangère à la société du moment. Le monothéisme devenant la doxa culturelle, les juifs vont garder cette qualification, celle d’étrangers. Tout en faisant partie intégrante de la société, ils vont être d’une façon ou d’une autre mis à part.
Nombreux sont les rue des juifs, les ghettos ou les mellah dans le monde musulman. Toute société a besoin d’un étranger, d’un bouc émissaire et pendant des siècles, les juifs vont jouer ce rôle. Ils seront de fait le ciment de cette société. Puis advint le développement industriel de notre monde avec l’augmentation de la population. L’idée nationale devint incontournable. Jointe à l’augmentation des capacités productives et aux nécessités économiques elle ouvrit le temps des conquêtes coloniales.
C’est dans ce contexte d’expansion sous toutes ses formes que naquit l’idée qu’il existait un frein à tout cela. Il ne pouvait exister qu’un seul responsable, le juif. Il suffisait de se débarrasser de ce frein, alors tout serait possible. Ce discours prit le nom d’antisémitisme. Bâti sur l’antijudaïsme, il se développa un peu partout en Europe comme en Amérique. Le national-socialisme, le nazisme, en fut la réalisation concrète. Annoncée, réalisée, découverte, assumée, contestée, la Shoah est devenue une part incontournable de notre culture.
Sans la Shoah, Israël n’aurait pas pris la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. La Shoah, quant à elle, est devenue l’incarnation du mal absolu. Ce n’est pas seulement un massacre comme il y en a eu tant dans l’histoire humaine. De Gengis Khan aux plaines de l’Ukraine stalinienne, on peut dire qu’une histoire du monde par les massacres reste encore à écrire. La spécificité de la Shoah ne se limite pas seulement à la liquidation d’une population juive sur un sol conquis, pas plus que par des rafles réalisées partout ailleurs et transportées jusqu’au lieu de leur mise à mort, pas plus que l’industrialisation de ce processus.
Le Mal, en tant que concept, retrouvait alors une certaine actualité. Les bourreaux avaient-ils perdu toute trace de leur humanité ? C’est cette question qui taraude le questionnement occidental depuis lors. Utilisée dans tous les sens, la parole d’Hannah Arendt, « la banalité du mal », devint la tarte à la crème de toutes les discussions sur le sujet. La plupart du temps, elle est utilisée pour sortir de l’impasse que pose la question « qu’aurais-je fait dans la même situation »? Chacun d’entre nous serait potentiellement complice. A cela s’ajoute bien sûr la question du devoir de mémoire, comme si oublier était déjà un négationnisme.
Israël, de refuge à bourreau
En même temps se pose la question des victimes, de leurs proches, de leur descendance et, bien sûr de cette patrie, née de rien, Israël. Celle-ci est née en 1948. Elle est le fruit de la recherche d’un lieu sécuritaire par les survivants de la Shoah et par ceux qui l’ont échappé. Ce pays, né d’une culpabilité et d’une peur, né de la négation de ceux qui y vivaient avant, né d’une histoire fondatrice d’une culture judéo-chrétienne, ce pays porteur d’espoir, d‘une autre façon de vivre, ce pays militarisé plus qu’aucun autre, ce pays 80 ans après sa naissance, donc, est arrivé à la fin de son parcours.
Quelle que soit la forme qu’Israël prendra dans les années à venir, il devra porter la responsabilité de ce qui se passe actuellement. Comme l’Allemagne après 45, après Nuremberg. Même si tous n’avaient pas participé au crime, tous l’avaient laissé faire. Contrairement à l’Allemagne où les nazis ont tenté de dissimuler leur œuvre, les négationnistes, les suprémacistes sont toujours là et en même temps à l’œuvre, au pouvoir ils assument leur projet.
Mais plus que cela, leurs actes, ces actes, les actes de ce pays juif vont donner la possibilité, vont ouvrir le chemin à tous ceux qui voudront relativiser la Shoah. Il sera possible d’entendre ceci « Au fond, les juifs n’étaient pas si innocents que cela. Ils n’étaient pas vraiment des victimes. Voyez ce que cela donne quand ils sont armés ! Nous l’avons échappé belle ».
Faut-il continuer encore et encore ? Ailleurs, déjà ce discours est à l’œuvre : Il ne faut plus être contre l’antisémitisme ni même être antisémite, il faut être prosémite ! Car eux, contre la menace musulmane, ils montrent le chemin !
Sortir de tout ça, est-ce encore possible ?
Ce qui est en train de se passer en Cisjordanie illustre bien la situation. A Gaza il y a une guerre "traditionnelle" si on peut encore utiliser ce mot, soldats contre soldats, avec des effets collatéraux. Entre Israël et la Jordanie, dans cette partie de la Palestine que les extrémistes juifs appellent Judée-Samarie, c’est la loi du colt qui règne. Il y est possible d’assassiner froidement des gens, Palestiniens évidemment, et de présenter cela comme un geste d’autodéfense. Quand des puissances européennes envisagent enfin de reconnaître un État de Palestine qui, dans les faits n’existe pas, ne peut exister, réduit qu’il serait à l’agglomération de Ramallah de qui se moque-t-on ? Reconnaître sans, en même temps envisager l’expulsion de ces assassins est le comble de l’hypocrisie. Car au fond c’est bien de cela qu’il s’agira une fois les armes tues !
La situation est devenue inextricable. S’il y a un endroit où la solution d’un pays à deux Etats n’est juste pas envisagée c’est bien en Israël, parmi la population juive. Selon les informations récoltées, ici ou là, la libération des otages peut rassembler une majorité de la population. Mais c’est tout. L’irruption meurtrière et terroriste d’octobre 2023 a créé un tel choc, rappel de la Shoah, que des discussions avec des Palestiniens sur la suite à donner à l’arrêt des combats, si cela se fait, prendra du temps. Mais en attendant, pour les chefs des deux côtés la guerre doit continuer. Il s’agit de leur vie même à ces individus.
Sur le terrain, il y a contradiction au sein des deux camps. De chaque côté le pouvoir politique doit faire face aux possibilités des pouvoirs militaires. L’armée israélienne n’est pas en état de faire régner un quelconque ordre dans un Gaza occupé. La branche militaire du Hamas de l’autre côté doit prendre en compte l’état tragique de la population gazaouie. Au fond l’issue passe d’un côté par l’exfiltration des combattants palestiniens et la fin des poursuites, internes comme internationales, contre les dirigeants israéliens.
En Israël même, seule l’armée/institution est en mesure d’imposer un arrêt des combats. Aux risques d’un coup d’Etat et d’une guerre civile face aux suprémacistes de Cisjordanie qui n’accepteront aucun recul.
Massada (le suicide collectif) est encore possible….
Pierre
PAR : Pierre
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1 |
le 17 août 2025 23:27:00 par Vulgate turbatur |
Comment est-il possible d’écrire autant d’inepties, de contre-vérités, de propagande? Il est impossible de répondre à tout ! On est au plus bas. C’est CNews...

