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Les articles du ML papier
par Hélène Hernandez, Groupe Pierre-Besnard de la FA le 25 avril 2018

Les mutilations sexuelles féminines : domination des femmes et marquage de leur sexe

Article extrait du « Monde libertaire » n° 1792 de février 2018
« Ils ont coupé la fleur qui faisait de moi une femme,
Ne coupez pas la fleur qui fait de moi une femme.
Ça me fait si mal ! »

Extrait de Boloko, chantée par Fatoumata Diawara

Environ 200 millions de femmes ont subi une forme de mutilation sexuelle féminine (MSF) dans le monde : en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Les MSF, ou encore appelées excision, sont aussi présentes en Europe, 500 000 femmes. Pour la France, il s’agit de 60 000 femmes excisées vivant dans les diverses diasporas. 30 millions de filles sont menacées d’excision sur la prochaine décennie. L’évolution, depuis que les adolescentes se rebellent contre cette pratique, c’est d’exciser les filles de moins de 5 ans : leur chair intime est atrocement coupée, violence inouïe, sacrifiée au nom du patriarcat et de la Taara (« purification », en arabe), volonté masculine de contrôle des femmes. Même si « excision » est plus employé que « mutilation sexuelle féminine », ce deuxième terme décrit bien ce dont il s’agit : une mutilation du sexe des femmes. En revanche, en Afrique, il est difficile de parler de mutilation, terme trop occidental, car la plupart du temps, l’excision est considérée comme un simple rite de passage, pour préserver l’identité culturelle et l’honneur de la famille. Et pourtant, ce sont des mutilations sexuelles imposées aux filles, visant à les priver du plaisir. Tout simplement parce que le clitoris est le seul organe du corps humain destiné à une seule et unique fonction : le plaisir ! Et que des femmes puissent maîtriser leur plaisir, quel scandale ! Une femme serait par essence impure, la faire vider de son sang la rendrait propre à la consommation d’un homme, donc bonne au mariage… quand elle n’en meure pas.

« Il suffit d’une douleur telle
Que tu n’en as jamais connu
Pour savoir que tu es mortelle
Si tu ne t’en souvenais plus
Mais le pire et ça suffira
La femme qui te guillotine
Vit avec cette douleur-là
Depuis qu’elle est toute gamine
C’est comme ça, c’est la tradition
Mais qui es-tu pour avoir si mal ?
Tu es là tu es des millions
Et on dirait que c’est normal. »

Jeanne Cherhal, paroles et musique d’Albin de la Simone (2006)

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) décrit quatre formes de MSF : la clitoridectomie, ablation partielle ou totale du gland du clitoris ; l’excision, ablation partielle ou totale du gland du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans ablation des grandes lèvres ; l’infibulation, rétrécissement de l’orifice vaginal par ablation et accolement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans ablation du gland du clitoris ; les formes non-classées de MSF : toutes les autres interventions nocives ou potentiellement nocives pratiquées sur les organes sexuels féminins à des fins non thérapeutiques. Selon le droit international, l’excision est qualifiée de traitement inhumain et dégradant, et équivaut à de la torture. En France, l’excision est un crime passible de la cour d’assises pour les exciseuses et les parents des fillettes excisées. En Afrique, le Protocole de Maputo en 2003 demande aux États de prendre des mesures législatives assorties de sanctions pour interdire toutes formes de MSF.

Cette pratique barbare est interdite au Sénégal, Burkina-Faso, Togo et Côte d’Ivoire, mais elle perdure ici ou là en toute impunité. De plus en plus de femmes, surtout en Afrique, se mobilisent, des hommes les rejoignent, pour refuser la pratique de ces mutilations et tortures que les femmes endurent toute leur vie au nom des traditions. Il est possible de mettre fin à ces pratiques mais il faut de fortes volontés citoyennes et politiques pour libérer la parole, briser les tabous, mettre le problème à l’agenda politique, valoriser les initiatives et les associations de terrain et travailler en réseau. En outre, des chirurgien.nes et urologues, à la suite de Pierre Foldes, urologue, ont mis au point une technique de réparation complète du clitoris, permettant de supprimer la douleur latente laissée par la cicatrice et de résoudre les problèmes obstétriques et urologiques. D’autres chirurgien.nes, formé.es pratiquent cette opération en Égypte – près de 97 % des femmes musulmanes comme chrétiennes y sont excisées – et au Sénégal.

Luttes en France


Le Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles féminines, des mariages forcés et autres pratiques néfastes à la santé des femmes et des enfants (GAMS) a été créé en 1982 par des femmes africaines résidant en France et par des femmes françaises. Comme chaque année, le GAMS prévoit des actions dans toute la France, à l’occasion de la prochaine journée internationale du 6 février « Tolérance zéro aux mutilations sexuelles féminines ». Nous pouvons citer quelques initiatives :

– L’émission « Femmes libres » sur Radio libertaire, à Paris, a donné la parole à Isabelle Gillette-Faye, directrice de la Fédération GAMS, présidente de Excision, parlons-en, plateforme fédérant les associations luttant contre l’excision. Elle a présenté l’actualité des MSF, et évoqué les actions pérennes, comme les interventions auprès des jeunes dans les établissements scolaires et les initiatives à venir dans le cadre de la journée internationale du 6 février.

– « Asile et excision : actualité sur le certificat médical », au Palais du Luxembourg à Paris, le 29 janvier 2018, organisé par Excision, parlons-en. L’arrêté du 23 août 2017 a modifié les modalités définissant l’examen médical prévu pour les personnes susceptibles de bénéficier, ou qui bénéficient, d’une protection au regard des risques de MSF qu’elles encourent. Dorénavant ce certificat médical devra être établi par une unité médico-judiciaire et transmis à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) pour l’étude de la demande d’asile.

– L’émission « La Causerie » sur Radio Canut, à Lyon, a accueilli le GAMS régional le 21 janvier 2018 et particulièrement Amina, femme ayant contribué au livre Les Fleurs coupées, fruit du groupe de parole 2015-2016 mené par le GAMS Auvergne-Rhône-Alpes. Elle a partagé son parcours, ses luttes. Amina, Mariam, Kadiatou, Oumalkher et Outya ont souhaité publier un livre qui témoigne de leurs expériences, de leurs souffrances de fillettes, puis de femmes « pour qu’un jour cela cesse ». Dans des témoignages poignants recueillis par l’écrivaine Sylvie Callet, elles dénoncent l’excision.

– A la mairie du 20e arrondissement de Paris, le 3 février 2018 : la situation de l’excision en Guinée avec les diasporas guinéennes d’Europe. Des conférences ouvriront sur des débats, puis suivra la diffusion du film Kolian Toly : l’excision à l’épreuve du temps, réalisé par les journalistes guinéen.nes, Kadiatou Touré, Idrissa Cissé et David Sylla avec l’ONG Association des femmes pour l’avenir des femmes (AFAF).

Le 6 février est l’occasion de faire un focus sur la pratique des MSF. Il n’en reste pas moins que c’est toute l’année et dans le monde entier que des femmes et aussi des hommes ont à lutter pour que les Etats, les politiques et la justice appliquent les lois en la matière. C’est plutôt la loi du tabou et de la lâcheté que les édiles entendent faire régner. Alors la mobilisation, depuis de très nombreuses années se développe pour qu’il n’y ait plus de « fleurs coupées » chez les petites filles et les femmes.



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PAR : Hélène Hernandez, Groupe Pierre-Besnard de la FA
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