Religions et autres mythes > un Kiosque SANS DIEU
Religions et autres mythes
par Patricio Salcedo le 15 avril 2015

un Kiosque SANS DIEU

sur le pavé parisien

EXTRAIT DU MONDE LIBERTAIRE HORS SÉRIE N°60 : NI DIEU
J’ai longtemps été un athée impénitent, et même intransigeant ; les religions m’insupportaient et je n’arrivais pas à comprendre comment on pouvait croire à une divinité supérieure qui nous aurait créés de toute pièce et que nous devrions vénérer et prier. Il faut dire que je suis né, athée, puisque mes parents n’ont pas cru bon de me donner une religion et qu’il régnait dans mon entourage une virulence anticléricale, dirigée bien sûr contre la religion dominante de l’époque, la catholique mais sans oublier parfois les autres religions du Livre. Enfant je croyais même que l’on pouvait prier ce  "fameux dieu" dans n’importe quel temple indistinctement, puisque c’était finalement le même. On m’a bien vite dissuadé de mon œcuménisme naïf et ingénu en m’expliquant toutes les nuances de ces contes à dormir debout. Il faut dire que j’avais voulu m’informer auprès des différentes chapelles de ce que c’était vraiment que la religion, intrigué par les confessions de mes petits camarades à l’école qui à cette époque était diablement laïque ! Je me suis fait virer très rapidement du catéchisme catholique pour avoir contesté l’histoire de la Vierge Marie, restée vierge après l’enfantement de Jésus ("le crapaud de Nazareth"). Quant aux Juifs, ils m’avaient expliqué que c’était extrêmement difficile de se convertir et que, ma mère n’étant pas juive, ce serait même un chemin de croix pour y parvenir… Les Protestants avaient été plus avenants et j’avais écouté attentivement le récit de leurs persécutions par les Catholiques. Malheureusement, il y aurait peu d’élus ! Il n’y avait qu’un seul musulman dans mon lycée, mais il était athée et il s’est retrouvé d’ailleurs par la suite fédéré à mon groupe libertaire. Je n’avais pu m’informer sur l’Islam. Toutes ces chapelles m’avaient ennuyé et je suis donc resté sans religion, la foi n’étant pas venue…Très vite je me suis mis à acheter Charlie hebdo et Le Monde libertaire : j’étais perdu pour une quelconque religion. Très radical, je pensais comme les camarades de l’I.S (Internationale situationniste) qu’il fallait détruire tous les édifices religieux de toutes confessions pour les remplacer par des édifices où l’on s’activerait à l’épanouissement de l’être humain par le plaisir, les arts, la poésie, la musique et autres ravissements du corps et de l’esprit. Des "maisons du jouir" poussant aux dérèglements de tous les sens, enfin vivre la vraie vie ! Je refusais les considérations esthétiques sur la beauté des cathédrales puisque ce n’était pas une promesse de bonheur pour l’homme. « Tu veux bâtir des cités idéales, détruis d’abord les monstruosités : gouvernements, casernes, cathédrales qui sont pour nous autant d’absurdités » comme le proclame Le triomphe de l’Anarchie dans la chanson de Charles d’Avray.

Je me suis retrouvé dans un kiosque à journaux pour gagner ma vie et en particulier depuis 19 ans dans un quartier parisien pauvre, le xixe arrondissement, au métro Crimée. Une mosaïque de peuples et de communautés m’entoure. Les religions y sont très apparentes, en particulier la juive et la musulmane, beaucoup de personnes arborent des signes distinctifs religieux comme voiles, kippas, tchadors. Des sectes extrémistes comme les salafistes ou les loubavitchs sont très présentes. Sur mon kiosque, îlot d’athéisme dans ce quartier, j’ai placardé les devises anarchistes : « Ni dieu ni maître » et la célèbre phrase de Bakounine, ce camarade vitamine comme le chantait Léo Ferré, « Si dieu existait vraiment, il faudrait s’en débarrasser ». Plus dernièrement une "couv’" de Charlie hebdo dessinée par Cabu : « Aux chiottes toutes les religions ». Ce qui est fort intéressant ce sont les débats ou les conversations qui naissent autour de ces slogans et qui s’initient dans le kiosque et le dialogue est permanent… Dernièrement la donne a été changée avec les attentats tragiques (Charlie hebdo, épicerie cacher) et les rapports sont plus graves. Le déferlement des nouveaux acheteurs de Charlie hebdo m’a apporté de nouveaux débatteurs. Je ne me prive pas de varier les petites phrases assassines comme celle prononcée par le Marquis de Sade : « Ce que je ne pardonnerai jamais à l’homme c’est d’avoir inventé Dieu ».

J’ai bien compris depuis longtemps que les hommes fabriquaient des religions comme du caca, c’est-à-dire sans arrêt… C’est une névrose permanente, angoisse existentielle, peur de la mort, de l’inconnu. Dès que les premiers hommes ont organisé des rites pour enterrer leurs morts afin de perpétuer la survie de l’âme après la mort, c’était parti, des croyances superstitieuses se sont transformées en religions qui sont des sectes qui ont réussi. « La crainte fit les dieux, l’espoir les soutint. » Citoyen Sade. Elles sont devenues très vite des outils de domination entre les mains des rois ou de quelconques tyrans. La monarchie absolue était de droit divin et le roi était le représentant de dieu sur terre et il a fallu une révolution pour que le sujet devienne citoyen en France. La religion châtie énormément, la femme en particulier, victime toute désignée de son patriarcat, elle s’acoquine tout naturellement avec l’exploitation ambiante du capital et asservit le prolétariat confiné dans l’ignorance et la misère. « Il y a bien longtemps que la religion a séparé l’homme de son être, en le faisant mouvoir dans un monde irréel de l’image, elle participe du spectacle aliénant. » I.S.

Je considère que pour devenir un individu libre, faisant un travail sur lui-même pour se libérer de l’aliénation et rechercher la vérité ou certaines vérités plutôt, il est insupportable d’avoir au-dessus de soi une puissance qui nous tient en tutelle. Il s’agit de s’émanciper de tout pouvoir d’où qu’il vienne et de toute morale étouffante qui n’est souvent qu’une résurgence de l’esprit religieux. Relire à ce sujet L’Unique et sa propriété de Max Stirner. « Si Dieu est, l’homme est esclave ; or l’homme peut, doit être libre ; donc Dieu n’existe pas. » Bakounine dans Dieu et l’État. Je sais, je cite les grands ancêtres mais sans catéchisme aucun, reconnaissons que c’est bien dit.




Mais revenons à mon kiosque dans lequel je peux débattre avec des croyants qui vont de modérés à extrémistes. Commençons par les Musulmans. Les salafistes m’ont promis de brûler mon kiosque puisque je blasphémais en permanence en affichant Charlie hebdo. Vous aviez compris que je ne voulais plus foutre en l’air les édifices religieux et que je préférais dialoguer avec les pratiquants religieux pour affirmer mon anarchisme et défendre l’athéisme comme moyen de libération. Ce qui est peut-être vain. Une jeune fille musulmane m’a un jour rétorqué : « Tu verras quand tu seras mort et que Satan te tireras par les pieds pour t’emmener en enfer ! » Je lui ai répondu que l’enfer, je le vivais tous les jours dans le monde du travail (étant l’esclave des éditeurs) et qu’après la mort c’était le néant, et surtout que si dieu existait vraiment il ne permettrait pas les horreurs perpétrées par l’homme chaque jour… Reprenant un des arguments des Douze preuves de l’inexistence de Dieu de Sébastien Faure. Il est très difficile d’être athée actuellement, beaucoup de personnes ont du mal à s’imaginer qu’un individu n’ait pas de religion. En effet, en France l’athéisme est très important historiquement, mais en Espagne ou aux USA par exemple c’est beaucoup plus ardu, sans parler des pays arabes. Sans vouloir faire un amalgame douteux je rappelle que le terrorisme islamique n’est pas nouveau et qu’en 1090 existait la Secte des Assassins fondée par Hassan Assabah, appelée hachichines parce que les kamikazes qui exécutaient des attentats politico-religieux prenaient du hachisch à haute dose pour se donner du courage et partaient de la forteresse d’Alamout, nid d’aigle du "vieux de la montagne". Je préfère rappeler la transcendance des Mille et une nuits, ou malgré la litanie constante des formules coraniques, les personnages des contes boivent et forniquent à souhait. Je n’oublie pas de mentionner le sage Averroès (né à Cordoue, première université d’Europe) qui commenta Aristote et influença le moyen-âge avec sa dialectique. Il analysa Le Coran d’une manière philosophique le traitant comme un texte historique ce qui le fit expulser d’Andalousie par le Calife, il dut se réfugier à Marrakech. L’Andalousie où se côtoyèrent pendant des siècles les trois religions du Livre, comme on dit. Cela dépendait du degré d’ouverture du Calife. Les juifs et les chrétiens étaient des dhimmis (un genre de protégés) car ils s’acquittaient d’une taxe envers les autorités arabo-musulmanes de l’époque. Le poète Avicébon et le grand médecin Maïmonide, juifs tous deux y vécurent aussi. Toujours en Espagne, Alphonse X le Sage, roi chrétien conviait à sa cour de Tolède des musiciens et des poètes des trois religions. L’âge d’or de l’Andalousie s’arrêta en 1492 après la prise de Grenade par les armées d’Isabelle la catholique, accompagnée par la "sainte Inquisition" qui allait se charger de dresser des bûchers. Je rappelle aussi la mémoire d’Avicenne, médecin et philosophe musulman persan (980-1037) qui était considéré comme un athée, et bien sûr Omar Khayyâm (1048-1131), poète persan qui écrivit les Rubaiyat, élégies qui célèbrent le vin et la brièveté de la vie – remarquablement traduites par notre camarade Armand Robin. Khayyâm qu’on surnommait l’Astronome qui ne croyait pas au ciel, disait : « Referme ton Coran, pense librement et regarde librement le ciel et la terre. » Voilà sur quoi je préfère polémiquer avec mes clients musulmans qui me conseillent parfois de faire le Ramadan, soi dit en rigolant. Et avec deux comparses maghrébins qui viennent en amis boire le café nous devisons sur le printemps arabe et sur les slogans qui ont fleuri sur les murs tunisiens : « Liberté pour la prière, liberté pour l’apéro » ou bien « Ni Allah ni maître ». J’espère que la pesanteur et l’intransigeance de la religion musulmane fera sauter la chape de plomb d’un livre saint qu’on ne peut même plus critiquer, figé et écrit pour des bédouins qui rêvaient de jardins verdoyants et de rivières d’eau limpide, de lait et de miel… Et de vin qui n’enivrait pas ! Les populations soumises à ces ostracismes s’en débarrasseront forcément un jour fatiguées de tant d’obscurantisme.

Les Chrétiens sont moins nombreux et ont surtout plus l’habitude depuis des siècles d’être critiqués, et en premier lieu durant une époque, par la République laïque et anti cléricale. Certains petits fachos se sont quand même réveillés avec virulence lors des manifs contre le mariage pour tous et m’ont menacé, eux aussi de mettre le feu au kiosque, avec ma petite personne, cette fois à l’intérieur ! Comme quoi le fanatisme religieux produit les mêmes effets. Rappelons-nous la bombe mise au cinéma parisien Espace Saint Michel lorsqu’il projetait La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese par des extrémistes catholiques de ST Nicolas du Chardonnet en 1988 et qui fit 14 blessés (dont quatre graves). Ce foyer de réactionnaires est toujours en place. Les Situationnistes avaient supprimé le mot Saint dans les noms de rue, ils disaient nous allons au boulevard Michel ou Germain soit dit en passant. J’évoque parfois les crimes des Catholiques qui pendant longtemps avec l’Inquisition persécutèrent Juifs, Cathares, Protestants et autres hérésies chrétiennes. Ils allèrent empoisonner les Musulmans et les juifs au moyen Orient en prêchant les croisades. Ils pourchassèrent nombre de savants (Galilée, Copernic) qui trouvaient que la terre était ronde et brûlèrent de nombreux livres qui les dérangeaient (ouvrages scientifiques, licencieux ou bien les codex mayas). Pendant la croisade des Albigeois au siège de Béziers en 1209, le légat du pape Arnaud Amaury dédouana les troupes de Simon de Montfort en proclamant : «  Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens. » Ce qui fut fait. La dernière victime de l’Inquisition en France fut le jeune chevalier de la Barre qui refusa de se découvrir devant une procession et blasphéma. Il fut décapité en 1766 après avoir subi la question pour : « Impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables ». Ces tristes sires avaient le sens de la formule ; le corps du jeune homme fut brûlé avec un exemplaire du dictionnaire philosophique de Voltaire cloué sur la poitrine. Je n’omets pas la virulence des mouvements cathos intégristes pour leurs actions contre la pratique de l’avortement, mais ils préfèrent les hôpitaux aux kiosques. Les orthodoxes ne se privent pas d’essayer de me remettre dans le droit chemin, en n’omettant pas au passage de critiquer leurs rivaux croates catholiques. Ils appartiennent à la communauté serbe du quartier. Elles me rappellent (ce sont plutôt de pieuses femmes) que je rôtirai bientôt dans les flammes de l’enfer si je ne m’amende pas rapidement. Ce qui me fait rugir de rire, j’essaye de les faire réagir en leur montrant que leurs espèces de Popes couverts de bijoux ressemblent à des sapins de noël endimanchés et rétrogrades… ce qui leur fait pousser des cris d’orfraies. J’enguirlande aussi les fanatiques Témoins de Jéhovah postés régulièrement face au kiosque qui essayent de récupérer les égarés du métro qui s’y engouffrent pour aller au chagrin. Ils vendent leur journal Réveillez vous, je leur conseille d’aller se coucher, ils m’attaquent à coup de sentences bibliques et me prophétisent très sérieusement que lors du jugement dernier je ne serai pas sauvé. Ce sont de petits soldats fanatisés, des automates à qui on remonte tous les jours le mécanisme d’un hypothétique salut. Seule la salvation compte m’expliquent quelques rares protestants discrets et dotés d’un certain sens critique, avec Jésus Christ plein la bouche et j’aime à leur rappeler qu’il n’était qu’un "simple mage habile" selon la formule De Giordano Bruno, brûlé vif le 17 février 1600 à Rome par l’Inquisition, sur ordre du Pape.

Un détestable cardinal Burke pense que la pédophilie de ses prêtres est causée par le féminisme qui déboussole la curetaille. Hallucinant ! Tout moins se remettre en question et surtout abolir sa litanie réactionnaire.

Je terminerai par ma clientèle juive, avec laquelle j’ai plutôt un dialogue parfois rude mais toujours courtois et nous débattons plutôt sur les textes bibliques. Certains sont rompus au maniement du Pilpoul, à l’étude systématique du Talmud. Ils sont de redoutables polémistes puisqu’ils acceptent de débattre, ils sont persuadés de détenir la vérité. Je leur rétorque que je les trouve aliénés et que finalement ils croupissent dans un ghetto mental… Nous terminons souvent par des blagues juives pour détendre l’atmosphère. Je leur parle aussi de l’Yiddishland libertaire, de nos camarades Voline, Emma Golman, Alexandre Berkman et même de Bernard Lazare qui étaient anars, et de leur action contre l’antisémitisme mais pour une société juste et égalitaire sans dieu. Heureusement de nombreux Ashkénazes apportent de l’eau à mon moulin et j’ai même rencontré un kabbaliste qui m’ouvre certains arcanes de la mystique juive. Démarche qui mena un dénommé Spinoza pratiquement à l’athéisme. Ce marrane fut chassé de sa communauté à cause de ses raisonnements dangereux pour la croyance. Cependant certains juifs très religieux voire intégristes me reprochent de les traiter sur le même plan que les autres religions du livre « Nous avons été les premiers et surtout nous sommes le peuple élu ! » Ce qui est plus grave c’est qu’ils pensent dur comme fer que c’est Dieu lui-même qui leur a donné la terre d’Israël, donc tous les autres peuples sont des intrus. Leur titre de propriété me parait relever d’un délire extrême. Je leur assène qu’ils devraient partager équitablement avec leurs frères sémites. Peine perdue, ils continueront de s’étriper longtemps dans cette contrée soit disant sacrée… en attendant le Messie.

En 1777 un Encyclopédiste, le Baron d’Holbach, avait écrit un redoutable pamphlet anticlérical : Le traité des trois imposteurs, Moïse, Jésus-Christ, Mahomet.  Il fustigeait leur nocivité et, ce qui est important les mettait tous les trois sur le même plan de dangerosité pour la liberté de l’esprit.

La communauté asiatique est fort nombreuse dans ce quartier qui reste encore un des moins chers de Paris. Comme ils parlent assez mal le Français, le contact est difficile. Toutefois quelques uns sont nés ici et sont habités d’une furieuse envie d’ "intégration". Ils m’affirment leur haine du communisme, que la religion est secondaire, et que le principal dans la vie est de travailler et de faire de bonnes affaires. Je ne peux m’empêcher de penser que ces fameuses affaires ne sont bonnes que « parce que Dieu les a bénies ! » comme diraient les Protestants.

Il faut remarquer tout de même que la première religion, c’est le Dieu argent, et que la plupart des êtres humains sur la planète communient avec ce  "veau d’or". Nous sommes bien loin des anars espagnols de 1936 en Catalogne qui brûlaient des tas de billets arrachés à la banque vaticanesque "Espiritu Santo".

Des Bouddhistes en tunique safran viennent aussi parfois m’acheter de la presse, mais la compréhension est difficile. Ils sourient béatement à mes questions. Le bouddhisme, très en vogue auprès d’occidentaux déprimés ou en quête de spiritualité, stipule que la pire des situations serait de se réincarner en femme. La gente féminine serait condamnée d’office puisqu’elle perpétuerait "l’erreur à l’infini", sûrement toute seule bien évidemment ! Enfin tout dépend si vous enfourchez "le petit véhicule" ou "le grand véhicule". Seul un Taoïste trouve grâce à mes yeux, vêtu d’un bleu de travail chinois, il conseille plutôt de ne pas s’occuper des dieux. « Essayons d’être en osmose avec la nature, le cosmos, et nous redeviendrons heureux ». Il considère que moins les gouvernants tracassent le peuple et plus il est serein. Il me cite Lao Tseu : « Agir sans rien attendre, guider sans contraindre, produire sans s’approprier. » « C’est un peu libertaire tout de même ! » souligne-t-il. Nous devisons sur la question des croyances et de l’absence de conscience que nos "frères humains" ne veulent pas admettre après la mort, par un besoin de se protéger de la peur du néant. « L’amour de la vie est une illusion, la crainte de la mort une erreur » me glisse-t-il. Mais mes questions sur les inégalités sociales et la lutte de classe l’embarrassent, il me répond par cet aphorisme : « Les grands voleurs sont des princes et les petits voleurs sont en prison. » Je ne peux qu’être d’accord.

Une camarade libertaire m’informe que dans une revue d’histoire produite par le quotidien Le Figaro, un cuistre de journaleux compare sans vergogne les attentats islamistes aux attentats anarchistes de la fin du XIXème siècle (Propagande par le fait commise par Ravachol, Vaillant, Emile Henry). Le pisse copie parfait son amalgame en ventant la fermeté de la IIIème république qui avait voté les lois scélérates et avait maté l’ébullition anarchiste par le bannissement et la répression policière, alors que ce furent les propres camarades qui voyant l’inefficacité de leur tactique changèrent leur propagande : au lieu de tuer les crapules gouvernementales, aussitôt remplacées, préférèrent s’orienter vers l’organisation de la classe ouvrière en structurant le prolétariat et en créant l’anarcho-syndicalisme. La comparaison est crapuleuse mais on ne peut que se demander si les attentats d’aujourd’hui suscitant "une peste émotionnelle" ne manipulent pas l’opinion publique qui appelle de ses vœux à renforcer la sécurité partout. Caméras de surveillance, militaires, policiers nous protégeraient et nous glisserons encore plus vers un ordre totalitaire dirigé par un "big Brother" pour le meilleur des mondes. Allez donc mener une grève dure après tout ceci, la vraie question étant la question sociale et la lutte contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Mais il est vrai que quand on s’agenouille devant un dieu, on est déjà conditionné à le faire devant un roi ou devant un patron.

Je voudrais aussi régler leur compte à cette bande d’islamo-gauchistes qui emploient une espèce de novlangue politiquement correcte en avançant le fait qu’il faudrait traiter l’Islam différemment parce que les musulmans en France feraient partie d’une tranche de population exploitée. Ils se transformeront vite en idiots utilisés par les extrémistes et finiront peut-être par se convertir à l’Islam comme Roger Garaudy en son temps (Le PCF de l’époque s’était lancé dans une démarche d’implantation chez les travailleurs émigrés). Belle démagogie, comme d’ailleurs un certain NPA qui présenta une candidate voilée aux élections, il y a peu ! Belle dichotomie aussi de la part de la République qui prêche l’intégration de l’Islam en France, mais par contre dans sa politique étrangère coloniale bombarde des pays musulmans sans état d’âme (Irak, Libye, Afghanistan, Mali).

Les anarchistes seront toujours avec les opprimés de tous poils, mais par contre ils ne cautionneront pas leurs aliénations.

Des peuples (dit primitifs !) pratiquant des croyances panthéistes vivaient en harmonie avec la nature et ne prélevaient que ce dont ils avaient besoin. En particulier les Indiens d’Amérique du nord, ils ne comprenaient pas que l’on puisse vendre la terre… Les religions du Livre ont vite changé la donne, avec leur fameux : «  Croissez et multipliez-vous, remplissez la terre, et assujettissez-la et dominez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui se remuent sur terre. » (Genèse). Ces religions ont foulé aux pieds l’écologie et participent de la dévastation de la planète, s’imaginant que l’être humain est un être supérieur (Dieu nous fit soi-disant à son image !). Je pense que l’être humain est un avatar de l’histoire et que nous ne sommes pas plus importants qu’un animal, un arbre ou un rocher. Ainsi en relativisant notre grandeur "divine" nous pourrions commencer à penser à épargner notre planète. C’est une piste de réflexion pour s’interroger sur notre mégalomanie aveugle.

Quant on demanda à notre compagnon Proudhon qu’elle était sa position envers Dieu il répondit sans hésiter : « La guerre ! La guerre à Dieu c’est la guerre à tout ce qui gêne la liberté et la raison, à toute puissance occulte, à toute fiction politique, industrielle, sociale, gouvernementale. » (Contradictions économiques). Quant à Marx il considérait la religion comme "l’opium du peuple" et il pensait que « la critique de la religion est le fondement de toute critique. » 

Dans ma boite à nouvelles, comme un inévitable "guetteur mélancolique", je continuerai de me comporter en hérétique, en païen, en iconoclaste et surtout en anarchiste anticlérical et athée pourfendant tous ces religieux bénisseurs de canons de toutes ces guerres inspiratrices de croisades exterminatrices, de toutes ces religions conquérantes, prétextes à des enjeux géopolitiques visant à s’emparer de nouveaux territoires, de nouvelles richesses. On substitue un dieu à un autre et le tour est joué. Mourir pour des religions avec la foi inspiratrice de futurs carnages. Croire au lieu de penser ! Il faut douter de tout et surtout devenir des êtres humains libres et indépendants en perpétuelle évolution. L’Anarchiste, en particulier, doit se débarrasser de tout pouvoir qui le rongerait intérieurement. Le pouvoir, s’il doit être repris, doit être immédiatement redistribué. Luttons donc contre toutes les religions, celles qui vénèrent un dieu, mais celles aussi qui adorent l’argent et le capital, le droit d’aubaine et l’usure. De même soyons toujours ouverts au dialogue avec nos "Frères humains". Je me déclare être sans maîtres, sans dieu.

« J’ai toujours été intact de Dieu. » comme l’écrivait Jacques Prévert.
PAR : Patricio Salcedo
Groupe Anartiste
de la Fédération anarchiste
Emission « Entre chiens et loups » sur Radio Libertaire
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