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Chroniques du temps réel
par Bernard le 14 septembre 2016

le fugitif

«Ad augusta, per angusta!» Une personne anonyme marche anonymement.
Il n’en faut pas plus pour que tout un chacun se retourne sur son passage. On se fait toujours remarquer lorsque l’on souhaite être anonyme… Le visage est dissimulé, la forme semble ne pas toucher le sol. Les quolibets vont bon train… La tenue fait appel à une religion d’un autre temps.
Le spectre bien réel marche du pas rapide qui signe la fuite.
« Contra principia negantem non est disputandum… » La rupture était inévitable. Maintenant il faut trouver un abri. Accélérer le pas sans que cela ne se voit… Un chien se lance à sa suite et tente de s’accrocher à la longue tunique. Le coup de pied qui suit dévoile une chaussure noire de luxe.
Un groupe de touristes japonais, les flashs crépitent. La forme ne risque rien, visage baissé, dissimulé sous cette coiffe conique. Image du temps où… survivances rances.
Il lui avait dit, le Grand Ordonnateur : « Si tu quittes la famille, paria tu deviens, gibier tu seras ! »
La forme fuit et se rappelle. Et plus elle se rappelle, plus elle fuit.
Quitter la famille, c’est la faute impardonnable, la tache indélébile comme l’autre… L’autre, c’est peut être cette forme qui file dans cette ruelle. La même tenue enveloppante, la même coiffe de dissimulation.
Une colère sourde se niche dans les yeux des passants qui ne comprennent pas. Une sœur échappée d’un couvent voisin s’agrippe à son chapelet. La forme passe, semble hésiter, accélère. Les hommes du Grand Ordonnateur ne doivent pas être loin.
Quelque part, au fond d’une ruelle, une autre forme dissimulée sous ce vêtement religieux se fait agresser.
Le temps est à la méfiance, au rejet des formes dissimulées religieusement.

Se méfier de ces vêtements d’appartenance religieuse… Ces derniers mois, pour ne pas avoir respecté les règles imposées par des hommes barbus pour leur habillement, des femmes ont été battues, tuées dans les zones contrôlées par Daesh. Burka ou niqab, le choix était simple.
Il fallait que les femmes soient invisibles, anonymes.
Le temps est à la méfiance, au rejet des formes dissimulées religieusement… Le groupe Etat Islamique vient d’interdire le port de ces burkas et niqabs dans la ville de Mossoul… Tout voile cachant complètement le visage y représentait un danger pour la sécurité. Sans nom et sans visage sous leur burka ou leur niqab, des femmes (ou des hommes) auraient assassinés des commandants de Daesh ces derniers mois. Mais naturellement, les femmes devront continuer à se voiler pour sortir en public…


La forme se retourne. Echapper aux hommes à sa poursuite… Nouveau crime inventé : l’apostasie politique… La forme a trahi, a mordu la main qui l’avait nourri. Des hommes sont lâchés à ses trousses.
« Macte animo, generose puer ! Sic itur ad astra. »
Et cette foutue tunique qui entrave sa course. Et ce maudit tissu qui lui voile la vue.
Sur son passage, les piétons s’écartent. Les insultes partent, on se moque de sa tenue. Mais la forme n’en a cure : elle reste et demeure invisible. Où sont les chasseurs maintenant ? La forme transpire et ce n’est pas à cause de son long vêtement… Elle sait que, dans son palais, le Grand Ordonnateur aura convoqué les médias pour donner la version gouvernementale donc officielle… A travers une vitrine, un écran diffuse son portrait en annonçant sa disparition mystérieuse. Les commentaires de ses proches semblent appris par cœur. Non, personne n’avait envisager la possibilité d’une radicalisation.

Un Monsieur « je sais tout », spécialiste en rien, pérore sur le plateau télé à propos des tenues qui rendent anonyme. On lui coupe alors la parole pour diffuser un entraînement du RAID. La forme peut maintenant donner une silhouette à ses poursuivants. Notre forme anonyme poursuivie par des superflics dissimulés sous leurs cagoules…
Silhouettes noires de black cops, non de black blocks…
Le temps est à la méfiance, au rejet des formes dissimulées policièrement.

Samedi 20 juin 2009, publication d’un décret du premier ministre au Journal officiel. L’interdiction de dissimuler volontairement son visage lors d’une manifestation publique a été alors officialisée,. Le texte punit d’une amende maximale de 1 500 euros "le fait pour une personne, au sein ou aux abords immédiats d’une manifestation sur la voie publique, de dissimuler volontairement son visage afin de ne pas être identifiée dans des circonstances faisant craindre des atteintes à l’ordre public".
Ce document, aussi connu sous le nom de "décret anti-cagoule", prévoit une amende de 3 000 euros en cas de récidive.


La forme bouscule un pauvre môme. Le môme regarde, croit voir un fantôme et pleure.
« C’est rien, mon chéri, c’est juste une burka… »

La forme frémit… Ici, il n’est pas question de burka ou de niqab. La forme se dissimule sous une caperutxa. Cette longue toge surmontée de cette coiffe pointue qu’arborent les pénitents du côté de Perpignan. Coiffe pointue comme celle du Klu Klux Lan.




« Credo quia absurdum. »
Chez les cathos, ce sont les hommes qui se cachent et ça tombe bien puisque la forme est un homme. Un homme vêtu de noir. Le noir est la couleur du pénitent. Le rouge, celle du régidor, le condamné à mort que les pénitents accompagnent jusqu’au gibet.
L’homme en fuite mériterait le rouge, laissant le noir aux sbires du Grand Ordonnateur… Apostat politique, félon, renégat, fils indigne… Sous son habit de dissimulation, l’homme se sent condamné.
Il court maintenant.
Le salut est peut-être là, bientôt… Pour l’instant, rue de Grenelle, il court. Au 127, hôtel du Chatelet, on s’est barricadé pour sauver le soldat El Komri et on crie à la trahison en le voyant passer.

37 après JC, Rome, un commandant de la garde prétorienne voulait changer de maître. Il aurait participé à l’assassinat de Tibère avant de filer vendre ses services à Caligula. Un traitre pouvant récidiver, on l’invita quelques mois plus tard à se suicider… Il s’appelait Naevius Sutorius Macro mais on l’appelait Macron.
Deux siècles plus tôt, Un gus est nommé gouverneur de Chypre par le roi d’Egypte. Quelques années plus tard il livra l’île au roi de Syrie… Après la mort de ce dernier, notre homme perdit de sa superbe et de sa crédibilité. Ses ennemis disaient qu’un traitre pouvait récidiver. Il finit par se suicider en buvant du poison. Il s’appelait Ptolémée Macron.


Le fugitif court dans la rue de Grenelle. Il suffoque sous la coiffe qui lui couvre le visage. L’arracher.
Emmanuel Macron se moque maintenant de son anonymat…
Il tourne à gauche, pour une fois… Avenue Bosquet, encore un maréchal, courir… Il est sur le trottoir de gauche mais c’est involontaire. Il entend une cavalcade derrière lui… Vite, au 55, il s’engouffre dans un bâtiment. Les vigiles le reconnaissent et le laisse passer… Il est en terrain ami…
Devant le bâtiment, des hommes en noir bredouilles bafouillent :
« Monsieur, le traître Macron vient de demander l’asile capitalistique au MEDEF… »

« Ad augusta per angusta » : « vers des résultats grandioses par des voies étroites ». Un conjuré prononce ces mots dans l’acte IV d’Hernani (Victor Hugo)
« Contra principia negantem non est disputandum…» : « on ne saurait discuter avec quelqu’un qui conteste les principes ». On trouve cette citation dans « L’art d’avoir toujours raison », 1830, Arthur Schopenhauer.
« Macte animo, generose puer! Sic itur ad astra. » : « Courage noble enfant ! C’est ainsi qu’on s’élève vers les étoiles. » Virgile L’Énéide.
« Credo quia absurdum » : « Je le crois parce que c’est absurde. » Exemple : « La France est un pays de racines judéo-chrétiennes, la France est un pays de race blanche. » Nadine Morano.
PAR : Bernard
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