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Cinéma
par Christiane Passevant le 26 juillet 2016

Toni Erdmann

Film de Maren Ade

Le film de Maren Ade, Toni Erdman, part des liens brisés entre une fille et son père. Lui, c’est un farceur invétéré, incapable de se prendre au sérieux, sa fille en revanche est un modèle d’executive woman qui travaille pour un cabinet international de conseil et qui est prête à tout pour décrocher un contrat et mener une affaire selon ses critères. Deux mondes opposés donc, celui du père et de sa fille.

Alors, lorsque ce dernier la rejoint à Bucarest où elle travaille depuis deux ans à faire venir des capitaux et implanter des entreprises étrangères à force de coupes franches dans les budgets et dans la masse salariale, on ne peut pas dire qu’elle se réjouisse de la venue de ce père encombrant, qui ne colle vraiment pas à l’image qu’elle se donne.

Il faut bien avouer que d’une part, la femme froide et déterminée qui ne pense et ne parle que compétition, chiffres, challenge, management et profit, et d’autre part une sorte de vieux baba qui ne pense qu’à déconner, ça fait désordre ! Le père abrège ses vacances et repart finalement en Allemagne, non sans avoir mis quelque peu le souk dans certains pince fesses d’affairistes et commis quelques impairs. Sa fille peut alors respirer et reprendre son train train d’aliénée de la réussite.

Mais voilà qu’il revient grimé, avec postiche, sous une autre identité, Toni Erdman, soi-disant coach et conseiller, dont les dents rayent quelque peu le vernis habituel du milieu de la finance et qui déconcerte tout ce petit monde. On ne sait plus qui est le plus ridicule, du jeu de pouvoir des financiers, des codes de déshumanisation, de la Novlangue employée, de la vacuité des rapports humains, ou de ce clown qui casse l’ambiance, surjoue les tiques adoptés et se moque finalement de ce monde convenu de laquais qui se la pètent.

Toni Erdman est un film à voir pour l’acuité de l’observation de l’ultralibéralisme sur le terrain : la sacro-sainte COM, la manipulation, le léchage de bottes et le pouvoir du fric… Et jusqu’où aller pour « souder » une équipe gérée en fait par des rapports de domination et d’humiliation ?

Toni Erdmann de Maren Ade sera sur les écrans le 17 août.



PAR : Christiane Passevant
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le 26 août 2016 06:52:53 par Pat de Botul

Je sors du ciné. Je viens de voir Toni Erdman de Maren Ade. C’est un régal. Le cinéma allemand dans toute sa splendeur et sa profondeur. Un film le long duquel on se laisse glisser, le long duquel on s’abandonne, réveillé uniquement par des soubressauts de conscience où l’esprit demeuré en réveil ce dit régulièrement : mais c’est exactement ça ! Un film du genre quand on sort de la salle on se dit de lui : rien à rajouter, parfait ! Il faut courrir l’apprécier, avec gourmandise... comme disait Rimbaud ! Pat