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Cinéma
par Christiane Passevant le 26 juillet 2016

Race (La couleur de la victoire)

Film de Stephen Hopkins

Le film de Stephen Hopkins, basé sur des archives, des documents historiques, des témoignages familiaux, des biographies et des ouvrages sociopolitiques de l’époque, est le premier à être réalisé sur Jesse Owens, athlète noir états-unien qui a battu plusieurs records du monde et remporté quatre médailles d’or aux Jeux olympiques de Berlin, en 1936.

Le titre anglais, Race, semble plus proche du contenu du film que l’adaptation française qui en est faite, la Couleur de la victoire. Car si les Jeux olympiques de 1936 représentent l’apothéose du film, les deux années qui précèdent montrent bien le climat délétère et raciste qui régnait aux Etats-Unis dans les années 1930.

La relation de Jesse Owens avec Larry Snyder, coach de l’université d’État de l’Ohio, est décisive dans sa vie du jeune homme de 19 ans lors de leur première rencontre ; une scène mémorable et finement interprétée par Stephen James et Jason Sudeikis qui marque le début d’une longue collaboration et d’une amitié jusqu’à Berlin et au-delà.





Aux Etats-Unis, la ségrégation dominait les mentalités, les « nègres » étaient encore considérés comme des esclaves, une « sous race ». En Allemagne, l’idéologie nazie triomphait, les familles juives, « non aryennes », les opposants politiques étaient pourchassé.es, assassiné.es, déporté.es dans les camps de concentration. Le régime nazi voyait dans les Jeux olympiques de 1936 — trois ans après l’arrivée au pouvoir de Hitler — un moyen de redorer son blason au plan international.

Dans ce contexte de racisme et de ségrégation, le débat était houleux au sein du comité olympique entre son président, Jeremiah Mahoney (William Hurt), et l’industriel Avery Brundage (Jeremy Irons). C’est finalement ce dernier qui va négocier avec les nazis les conditions de participation des sportifs états-uniens aux Jeux, c’est-à-dire planquer les signes d’une barbarie trop voyante. Cela renvoie évidemment aux méthodes employées depuis à l’occasion d’autres événements sportifs dans des pays totalitaires. Les tractations n’ont pas empêché qu’aux Etats-Unis une campagne de boycott soit lancée et que de fortes pressions sont exercées sur Owens. « Les enjeux terribles auxquels Owens devait faire face l’affectaient énormément sur le plan émotionnel. Le débat enfiévré autour du boycott éventuel des Jeux de Berlin par les États-Unis – en signe de protestation contre la persécution des Juifs et d’autres communautés – avait une incidence directe sur sa vie. »

L’importance de l’image autour de l’événement des Jeux et son exploitation à des fins de propagande à travers les « rapports fluctuants entre la réalisatrice Leni Riefenstahl et le ministre allemand de la Propagande Joseph Goebbels » sont une autre facette du film. « Pour le régime nazi, les Jeux Olympiques représentaient leur entrée sur la scène mondiale. C’est ce qui a conféré aux Jeux de 1936 leur importance majeure. Leni Riefenstahl a convaincu Hitler que filmer les Jeux allait immortaliser le parti nazi d’une manière comparable au Triomphe de la volonté. Mais Goebbels se posait des questions sur ses réelles motivations et sur sa relation avec le Führer. »

Leni Riefenstahl a ainsi réalisé son chef d’œuvre documentaire, Les Dieux du stade, en remontant les images de Jesse Owens d’abord coupées au premier montage. Cet aspect de Race — la Couleur de la victoire — donne à réfléchir sur les enjeux actuels, tant politiques qu’économiques, des Jeux olympiques et autres compétitions sportives.

Le film montre également le retour d’Owens aux Etats-Unis qui, malgré ses victoires, devra endure et lutter contre le racisme au quotidien, il devra aussi attendre des années pour que ses records soient homologués et ses victoires reconnues… « Toute sa vie, il s’est battu contre le racisme. [explique l’un des scénaristes] C’était un phénomène qu’il fallait absolument faire figurer à la fin du scénario, non pas sous forme de cartons, mais dans une scène retraçant un événement réel qui, malheureusement, lui rappelait la ségrégation qui sévissait dans son propre pays. » Race — la Couleur de la victoire — est un film à voir car le racisme multiforme perdure et pour s’y opposer, la lutte n’est pas terminée.


Race — la Couleur de la victoire de Stephen Hopkins sera sur les écrans le 27 juillet.
PAR : Christiane Passevant
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