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Littérature
par Olivier Bouly le 21 mars 2016

Noire de Tania de Montaigne aux éditions Grasset

Les récentes affaires de brutalité policière raciste sont là pour nous le rappeler, tout comme la réception dithyrambique l’été 2015 aux États-Unis, du livre Between the world and me de Ta-Nehisi Coates (titre français, Une colère noire, lettre à mon fils aux éditions Autrement), le sort des noirs américains relève toujours de l’injustice et de la peur.

Si vous étiez noirs aujourd’hui aux États-Unis, vous subiriez le poids de l’histoire, une politique discriminatoire en matière de logement, ou encore, une justice pénale qui incarcère (surtout les noirs) plus que partout au monde !
Si vous étiez noirs aux États-Unis vers 1950, et que vous montiez dans un bus, ce serait : "Debout, assis, assis, debout".
Debout, vous le resteriez s’il n’y a plus de place assise du côté « noir », parce que même s’il reste de la place côté « blanc », vous n’y avez pas droit.
Assis. Assis jusqu’à ce qu’un blanc vous oblige à laisser votre place s’il n’y en a plus pour lui côté « blanc ».
Debout.

Un jour, vous restez assis, et le chauffeur a beau vous hurler dessus "donne-moi ce siège", vous ne bougez pas d’un cil ou d’une fesse.
" Claudette Colvin s’est toujours levée quand il le fallait, s’est toujours assise quand elle le pouvait." Mais le mercredi 2 mars 1955, Claudette Colvin ne bougea pas.

Vous connaissez sans doute l’histoire de la lutte des noirs contre la ségrégation, l’histoire du mouvement des droits civiques, le boycott des bus en Alabama, Martin Luther King et Rosa Parks. Mais Claudette Colvin ? Et Jo Ann Gibson Robinson ?

Tania de Montaigne relate dans Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin. Elle le fait, et ce n’est pas le moindre intérêt de ce livre, avec une écriture brillante.
L’importance de ce livre, n’est pas uniquement de réhabiliter une figure de la lutte des noires, adolescente à l’époque, et qui aurait pu devenir le symbole « Rosa Parks ». Mais, il fallait pour combattre juridiquement les lois ségrégationnistes un cas irréprochable, et pour des raisons de conformisme moral et de respectabilité qu’analyse Tania de Montaigne, ce cas ne sera pas Claudette. C’est injuste mais la victoire était à ce prix...

Son récit rappelle - le E dans le titre noirE a toute son importance – la double peine que subissait les femmes : noire et femme. Mais aussi que ces femmes, qu’elles soient membre du WPC (Women Political Council) ou du NAACP (National Association for Advancement of Colored People) ont tenu un rôle capital dans ce combat, bien que leurs noms n’apparaissent pas dans l’Histoire. Faut-il préciser que les leaders étaient des hommes, et que si "la visibilité revient aux hommes, toute l’organisation" administrative relève du WPC. Bref, "les hommes mènent des tractations de couloir", et "les femmes sont dans la rue".

Tania de Montaigne fait le parallèle avec sa propre histoire et le racisme qu’elle ou d’autres subissent encore et conclut : "Il faudrait être fou pour penser que depuis les années 50 tout a changé".

Noire - La vie méconnue de Claudette Colvin, Tania de Montaigne, éd. Grasset, collection "nos héroïnes", 2015, 176 pages, 14,90 €.
PAR : Olivier Bouly
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