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Luttes syndicales
par *** le 21 juin 2016

Action à la CARSAT Marseille

Patrice, un intermittent en attente du traitement de son dossier retraite, s’est immolé devant la CARSAT.
Le 9 juin, le comité de soutient à Patrice a appelé à un rassemblement devant la CARSAT Sud Est, à Marseille.
Le comité est composé de différentes organisations syndicales ou non, actives depuis le début de la mobilisation contre la loi Travail et pas que, avec la fille de Patrice, Coraline.
Nous sommes arrivés à 8h devant la CARSAT et nous avons bloqué l’entrée voiture et piéton, d’autres accès de ce château-fort restaient accessibles par les employé.e.s, aucun d’eux n’ayant eu l’envie ou le courage de rester avec nous.
Une grande banderole avec écrit « ICI ON S’IMMOLE POUR SA RETRAITE. JUSQU’A QUAND ? » a été déployée, et de nombreux tracts distribués. Nous avons pu discuter avec tous les usagers, et noter leurs numéros de dossiers et raison de leur venue en s’engageant à faire pression sur la direction.
La situation est catastrophique, plusieurs usagers témoignent du harcèlement administratif, de retard de dossier, de plusieurs retraites qui ne sont pas versées depuis des mois voir des années ! Les personnes portant un nom étranger sont particulièrement ciblées. N’habitant plus en France, si un membre de la famille n’a pas les moyens de se battre pour eux, et d’être tous les jours devant la CARSAT, leurs retraites sont tout simplement volées, trop facile !
Certains employés ont témoigné de façon anonyme de la catastrophe qu’ils vivent à l’intérieur. Ils n’ont pas vu leur nouveau directeur depuis son arrivée, il y a un an. Ils dénoncent 10 ans d’anomalies, de réductions de moyen et d’employés, de directives de maltraitance des dossiers et de pressions sur les usagers. Les quotas de mission remplie ne se base plus sur le traitement des dossiers mais sur le nombre d’appels téléphoniques décrochés ! Bref, c’est une catastrophe, un truc ignoble fait à la population la plus fragile, des vieux qui viennent toucher le minimum vieillesse (800 balles quand le seuil de pauvreté est à 1000) et qui doivent prouver tous les ans qu’ils sont vivants ou leur retraite est suspendue et le dossier à refaire.
Patrice a été témoin de cela pendant des mois, il était intermittent puis handicapé, le dossier était un enfer. Trois jours avant que ses allocations handicap ne soient coupées, après qu’on lui ait exigé une nouvelle demande, une preuve du service militaire qu’il n’a pas fait, il vient pour voir si le dossier est traité, s’il va pouvoir s’acheter à bouffer, payer son loyer et on lui répond avec le sourire, « la personne qui traite votre dossier est en vacances ». Voilà. C’est le moment de bascule. Il repart chez lui, revient avec de l’essence, se fout le feu.
C’est un cri de rage, de désespoir. Il fait ça pour lui et il fait ça pour tous les autres, pour dénoncer cet enfer, le rendre visible.
Des jeunes se jettent dessus pour éteindre le feu, la CARSAT ne fait rien. Il est immédiatement caché par la sécu de la CARSAT, un nombre de fautes graves sont commises à ce moment là, la sous directrice gueule aux pompiers d’éteindre le feu sur la pelouse, Patrice est dans le coma, sa fille est appelée par la police deux jours plus tard, après que l’appart ait été fouillé. Deux jours pourquoi ? Bizarre mais le jour où Patrice fait ça, le 27 avril, c’est la veille des négociations sur les annexes intermittentes 8 et 10 sur les tables chômage de l’Unedic, et ensuite, c’est une grosse journée de mobilisation, ça aurait été con que ça se sache le jour même, hein ?
Donc, le 9 juin, on réclame un rendez vous avec le boss, qu’il descende, qu’il s’explique avec ses employé.e.s, avec les usagers. Depuis 8h on attend une réponse, rien au téléphone il répond à personne, ni Coraline, ni la sécurité en bas, ni Jean-Marc Coppola (conseillé municipal de Marseille, PCF), personne. On gueule, on gueule dans les mégas, on bloque toute la rue, pas de réponse. A 11h30 on passe par-dessus la barrière, on rentre dans la CARSAT fermée, merci la petite porte de côté, ils bloquent les ascenseurs, on s’en fout, on monte à pied, avec nous des retraités de 70 ans, on cherche le bureau du directeur, on le trouve, 12ème, ce type est bel et bien au sommet de la tour d’ivoire. Là on boit le champagne mais la porte de la direction est fermée et quelqu’un nous apparaît, un sacrifié de la direction, merci la solidarité. « Responsable » de je sais plus quoi, bref, sous-direction, avec un discours en boucle bien appris par cœur. Là, une vingtaine de CRS nous collent aux dos dans le couloir, cocasse. On accepte de descendre avec le « représentant temporaire, là maintenant à 11h30 du matin » s’il nous prend les dossiers d’usagers bloqués par nous et que la CARSAT paye l’intégralité des frais hospitaliers de Patrice ainsi que l’ouverture et le payement d’une mutuelle effective dès maintenant. Bien sûr, pour eux, la mutuelle c’est pas eux, donc ils peuvent rien faire d’autre que de leur demander… Bref, paroles en l’air, l’air de rien on est foutu dehors et là il se prend la foule, il se démerde comme il peut, il signe un papier où il certifie avoir vu Coraline, bel effort, il prend la liste des usagers, il répète qu’ils sont responsables de rien, responsables de rien, responsables de rien.
Fin de l’action. On promet à la direction de revenir, et on tiendra parole, et on sera de plus en plus énervés.
Depuis, une lettre de notre super maire Gaudin à Coraline qui dit que tout est en cours et que la mutuelle est activée. Donc il comprend pas ce qu’elle veut de plus. Jusqu’à peu Patrice et sa fille se faisaient harcelés par experts comptables, infirmières, médecins, pour cette histoire de mutuelle. Là, Coppola a rappelé à Gaudin que suite à sa lettre, il pouvait appelé l’hôpital pour qu’ils arrêtent le harcèlement puisque la mutuelle est payée et les frais aussi. Comme l’hôpital est sous la houlette Gaudin, ça tombe bien.
Tout reste en cours… Ca fait un mois que c’est comme ça, « en cours ». Aucune mutuelle n’est pour le moment contractée. C’est la CPAM qui payera les frais hospitaliers, pour le moment, c’est tout. Patrice part en rééducation le 20 juin.
Les usagers bloqués ce jour là on été appelés, certains ont été contactés par la CARSAT, d’autres non, des problèmes réglés, d’autres non. La merde continue.
On cherche des témoignages, le plus possible, à l’adresse pourpapa13@gmail.com. Il faut appeler les usagers et les employés à dénoncer, à se regrouper, à se battre ensemble. Beaucoup de personnes âgées n’y croient plus et se laissent voler, abandonnent. Là aussi y a besoin d’aide.
C’est la saloperie générale de la casse des services publics, de la sous-traitance au privé. C’est ça la Mafia actuelle, des arrangements entre copains pour détourner notre fric. Et rien à foutre si c’est des personnes aux RSA, au chômage, malades, ou des vieux. Faut défoncer les derniers systèmes mutuels, les derniers « acquis » sociaux, voler au max, et en faire un bon gros business de boites privées, avec des employés bien serviles et précaires. Pour se défendre, il n’y a que nous, et ça peut en faire un paquet. La lutte de Coraline est exemplaire, ça a percuté sa vie, ça a touché son père, et elle a tout fait pour qu’au réveil de son père, son acte n’ait pas servi à rien. Elle continue de tout faire pour dénoncer la CARSAT. Celle du Sud Est n’est pas un cas isolé… Aujourd’hui en France, il y a une immolation tous les 15j devant un service public. Ils sont systématiquement passés sous silence, classés dans les faits divers. Il faut faire exploser l’omerta, l’hypocrisie, le vol. Non, en aucun cas ces immolations ne sont des cas personnels, elles sont un acte politique qui met en évidence un problème systémique. Ces personnes se font violence et témoignent ainsi publiquement d’un désespoir réel et total. Elles viennent dénoncer une société corrompue qui broie nos vies quotidiennement, avec la violence d’une machine implacable.
Il faut créer et s’engouffrer dans les failles de cette machine. Il faut continuer à se rassembler, dénoncer et se battre.
PAR : ***
azerti.averti@gmail.com
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1

le 27 juin 2016 17:57:33 par Nina

Bonjour,
Je suis dans le même cas que l’était Patrice, et j’en suis arrivée à ne plus pouvoir rien manger ! En effet la CARSAT de Marseille m’a harcelée depuis janvier 2016 de révéler qui m’héberge, ou je suis hébergée, ou encore QUI j’héberge !! Avec menaces de me supprimer une allocation de retraite de 238 euros !! Depuis 3 mois, LA CARSAT SUD EST de Marseille fait semblant de ne jamais recevoir mes courriers, donc depuis avril je vis avec RIEN pour survivre !!
J’ai souvent pensé me suicider car en plus je suis handicapée suite à une très mauvaise opération chirurgicale de la colonne vertébrale, mais La CARSAT de Marseille s’en fout. Étant seule, n’ayant personne, pas d’amis, aucune solidarité dans cette ville de Gap, je m’accroche à m’en déchirer la peau parfois !! Je n’ai que 500 euros pour payer le loyer, les assurances, la mutuelle, le gaz menace de coupure, l’eau, l’électricité, le téléphone, je suis locataire, donc charges en plus. Alimentation les assistantes sociales remettent en doute que la CARSAT de Marseille ne me réponde jamais. Le C.C.A.S m’a octroyé 4 bons alimentaires de 6,70 euros !!
C’est honteux; et même au delà de la honte !
Nina

2

le 27 juin 2016 18:04:58 par Nina

Dans mon témoignage, j’ai omis de préciser que par deux fois, j’ai stipuler que j’envoyais la copie de mon courrier à la Ministre des affaires sociales :
Madame Marisol TOURAINE
Ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des Femmes
14, avenue Duquesne
75350 PARIS 07 SP
Bien sûr aucun retour !!!